‹ La liturgie aixiose [microform]: étude bibliographique et historiqueChapitre 69 sur 103 · CHAPITRE I Avant le Concile de Trente · texte numérisé non relu

CHAPITRE I Avant le Concile de Trente

Quelle était la liturgie de l'Eglise d'Aix avant le viii^ siècle ? Poser cette question c'est provoquer l'aveu de notre ignorance. Essayer de la résoudre^ ce serait entrer dans la voie des hypothèses gratuites. C'est un fait bien connu que les invasions des Sarrasins ont tout ruiné chez nous; et que les ravages de Raymond de Turenne à la fin du xiv° siècle, puis l'incendie de Charles-Quint, en 1536, n'ont laissé subsister à Aix que des archives fort incomplètes.

Les documents liturgiques que nous possédons ne nous permettent donc aucune affirmation prouvée, relative à notre rite, avant le xiu° siècle. Le seul antérieur à cette époque, l'Evangéliaire du x' siècle ^ ne nous est, par sa nature même, d'aucun secours. C'est par conséquent le Bréviaire de la fin du xm° siècle, qui nous devient un point de départ certain.

romaine par ses tendances séculaires, Aix avait gardé le rite de Rome, au moins celui de la réforme de Chariemagne. En relisant aies livres choraux,] ai reconnu et je reconnais loyalement que mon style a pu prêter à une interprétation trop large, — ce qui prouve une fois de plus que la précision historique ou scientifique doit se défier du style. J'espère que dans le présent ouvrage ma pensée sera plus claire. (1) Doc. I fdans la P' partie de cet ouvrage).

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Ce Bréviaire et ceux qui le suivent \ manuscrits ou imprimés, jusqu'au Concile de Trente, démontrent une parfaite unité dans la liturgie aixoise du xiii° siècle au xvii°. Dans la succession des copies ou éditions, on constate des améliorations pratiques, des additions d'offices ; mais le fond, les textes essentiels et l'ordonnance de l'office divin restent les mêmes.

Or, voici les principales notes qui rassortent de leur élude :

1° Psautier, selon la disposition et la répartition du Bréviaire de Bome ; — ce qui est, on le sait, une caractéristique.

2° Textes des anciens offices du calendrier général identiques aux textes romains. — Notons ici, pour servir, le cas échéant, à comparer le Bréviaire aixois avec ceux des autres églises, la règle qui y est suivie pour les leçons. Au Tem- ■poral, 6 11. d'Ecrit, ste et 3 de l'homélie sur l'évangile; aux fériés, 3 II. d'Ecrit, sie, ou bien, en carême, 2 11. Ecrit, ste et la 3° de l'homélie ; ou bien encore, aux quaire-temps et vigiles, les 3 leçons de riiomélie. Au Sanctoral, 3 11. de la légende, aux oft". de 3 leçons ; et pour les autres, 6 11. de la légende et 3 de l'homélie.

3° Dispositions générales et rubriques romaines jusques en certains détails spéciaux.- v. g. Ps. commençant par le 2" f quand le 1" y compose l'antienne ; off. de l'Epiphanie sansinvilatoire, etc.

(ï) Doc. II, IV, X, XII, XIV, XVI, XVII.

4° Les leçonis d'Isaïe se clôturant par « Convertimini » au lieu du « Tu auiem ».

0° Un 9° répons avant le « Te Deuin ».

6° La Généalogie avant le « Te Deum » aux matines de Noël.

7° Le verset dit sacerdotal ^ entre matines et laudes.

8^ Les ant. et pss. de la férié aux ^"' vêpres de certaines solennités : v. g. S' Jean-B'% S' Pierre et S' Paul. . .

9° Un répons avant « Magnificat » aux vêpres de certains jours.

A plusieurs de ces détails, les lilurgisles reconnaîtront les traces de la vieille liturgie gallicane, qui furent gardées à l'évolution du vm° siècle. Et nul ne doutera que nous ne soyons en présence de la liturgie dite Romano-Française de Cliarlemagne.

11 serait inutile d'ajouter que le Missel et le Pontifical aixois correspondent au Bréviaire, si nous ne devions noter cependant que le Missel, en certains points de second ordre, s'éloigne un peu plus du Romain; et que le Pontifical, au contraire, lui est presque identique.

Le Missel, en effet, contient des textes particuliers que nous avons reproduits dans la première partie de ce tra--

(1) Je n'ai pas retrouvé ce verset sacerdotal dans le beau Bréviaijede Lescar de 1541, si magnifiquement édité par M. l'abbé Dubarat, bien que ce Brév. ressemble au nôtre presque en tous ses détails — « Bréviaire de Lescar de lôii, avec introduction et notes par M. l'abbé Dubarat, aumônier du Lycée de Pau. Beau vol. illustré in— 1» de ccxxxviii-i72 pages. Paris, A. Picard 1891 ». Il en est dit (p. Ixvi) : « C'est à peu près l'ancien Bréviaire romain d'avant la réformation de Pie V »,

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vail \ Mais nul n'ignore qu'en dehors du canon, certaines formules des missels n'étaient pas toujours exactement les mêmes de verbo ad verbum. Que de formes variées, par exemple, du Confîteor ont été trouvées "-, jusqu'au jour où Pie V en a fixé les termes aujourd'hui connus ! Cette observation explique comment le Missel aixois de 1527 diffère çà et là de celui de 1423, en subissant quelques retouches, dont le plus grand nombre le rapprochaient davantage ^ du Missel Romain.

Quant au Pontifical aixois ■', tout y est presque textuellement romain, sauf de légères divergences, avec quelques additions concernant les cérémonies pontificales ^, les grandes bénédictions après le Pater et des bénédictions spéciales comme celle des raisins à la Transfiguration.

En possession de la tradition romaine, l'Eglise d'Aix

(1) Doc. VIII.

(2) On croit qu'avant le w'^ siècle rien n'était écrit du Confiteor. A partir de cette date les missels Axèrent des formules nécessairement variées.

(3,1 Doc. XV. — Dans ce Missel il 5' a bien quelques innovations comme le J\'imc dimittis de l'ablution et le Gloria farci. Notons qu'en fait ce Gloria chargé de tropes n'avait rien d'anti-romain. On croit, d'après un ms. découvert par l'abbé Lebeuf, que le Pape Adrien II ordonna de chanter « non seulement 9u a Gloria ». mais encore à l'introit ces hymnes inter- « calées que les Romains appellent festive laudes et les Français tropes. » (D. Guéranger, Inst. lit. i, ch. i.) - Remarquons encore que si ce Missel indique le Te Deum au célébrant pour l'action de grâces, plus tard le Liber ordinarius de 1577 indique le Trium puerorum et le Benedicite : ce qui était un simple retour à la pratique du xiv^ siècle, car le Pontifical aixois contient cette dernière prescription.

(4) Doc. vil.

(5'; Cela devait exister à peu près partout, car dans le Rescrit Ex quo in Ecclesia (10 fév. l.'jilii). Clément viii, corrigeant le Pontifical, dit qu'on en a retranché tout ce qui sera mieux à sa [ilace dans un Cérémonial.

avait donc peu cédé à l'attrait des additions qui constituèrent des divergences entre les liturgies diocésaines de France. 11 nous semble ■* qu'elle était demeurée, déjà en cette première période du vdi" siècle au xvi°, plus romaine que beaucoup d'autres.

Elle résista aussi bien au mouvement que créa au xvi" siècle la tentative du cardinal de Sainte Croix.

On sait que, poursuivant une pensée de Léon X, le pape Clément VII chargea, en 4529, Guignonez, card. de Sainte Croix, de composer un nouveau bréviaire. Edité une première fois en 1535, sous Paul III, ce travail fut publié en sa forme définitive trois ans plus tard. Plus bref et plus littéraire que l'ancien, il eut du succès en Italie, en Allemagne, en France -, oîi la Sorbonne le laissa passer dans sa

(1) 11 me faudrait une compétence et une érudition que je n'ai pas, pour dire plus que « il semble ». Ce que je sais de la liturgie des autres diocèses est trop superficiel pour autoriser un jugement ferme à cet égard. Cependant j'ai pu suivre d'assez près une étude de la Liturgie Nivernaise qui a paru dans la « Semaine Religieuse » de Nevers (3 premiers vol. de 18(!5 à 1867). C'est un travail substantiel, malheureusement diffus et peu méthodique, tombé de la plume très autorisée de Mgr Crosniftr, alors vicaire général de Nevers, archéologue de valeur. Or, il en ressort qu'à Nevers on s'était assez éloigné, beaucoup plus qu'à Ait en tous cas, de l'identité avec lé rite de Rome. De plus, il est à croire que des modifications plus profondes y avaient quelque peu adultéré l'oeuvre du vin» siècle, car l'évêque de Nevers Arnaud Sorbin, dans son approbation du Brév. de Neveis de 1600 ad formam Brev. Romani redaetum,- parle de retrancher ce qui n'est point « authentique ». (S. Rel. Nevers, iir, p. 112. — Cf. aussi p. 315) Il est plus que probable que Nevers n'était pas seul dans ce cas.

Puisque je viens de rappeler l'étude de Mgr Crosnier, je crois devoir ajouter qu'elle renferme une abondante matière, qui mieux appuyée de l'indication des sources et mieux mise en forme, fournirait un beau travail sur la Liturgie Nivernaise. 11 y a là de quoi tenter quelqu'un du clergé de Nevers, où bien nombreux sont les hommes intelligents et laborieux.

(2) Hist. du Brév Romain, par M. l'abbé Batifol. ln-12. Paris, A. Picard, 189i.

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nouvelle édition, alors qu'à sa première apparition, l'Université de Paris l'avait censuré, à la demande du Parlement ^

Entraînés par ce courant, des évêques crurent pouvoir, de leur autorité ordinaire, faire une réforme de l'office divin dans leur propre diocèse ^.

A Aix, rien de semblable ne se produisit. Au moment même où Clément VII reprenait (1523-1529) l'idée de Léon X, Aix éditait son Bréviaire de 1526, semblable à celui de 1499 ; puis, son Diurnal de 1533 ^. Et tandis que l'Eglise d'Arles, sa noble et antique voisine, la « Gallula Roma », se donnait en 1549 un bréviaire ^ à la façon de celui de Guignonez, Aix ne changeait rien à son rite et écrivait, conforme à ses vieux bréviaires, son livre de l'Hebdomadaire ^ en 1554,

(1) Dom Guéranger. Instit. lit.

(2) Pie V le constate dans la Constitution Quod a noMs.

(3) Doc. XIV et XVI.

(4) « Breviarium recens ad usum Aielatensis Eccl... per Joannem Ferreiium archiep. .. » In-12 de 542 fol. Aquis. Vas Cavallis 1549. — Un ex. de ce Brév. est à la B. Méjanes, coté F. 598. —Vas Cavallis d'Aix en est l'éditeur. L'imprimeur, dont le nom n'est pas donné, au moins sur l'ex. précité, serait Thibaud Payen, de Lyon, autorisé le 18 juillet 1547, par l'Archevêque et le Chapitre d'Arles ; acte d'Antoine Surian, notaire à St-Chamds.(Henricy, Méra. de l'Académie d'Aix, 1827, 3" vol. p. 3.)

(5) Doc. XVII.

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