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CHAPITRE VI L'office en la première moitié du XIX° siècle

Tandis que l'office de Benoît Roux était récité par ses adhérent!', les prêtres restés fidèles à }i\^' de Boisgelin gardaient soigneusement la tradition romaine et aixoise, guidés par un Ordo anonyme dont un exemplaire * au moins a échappé à la destruction.

(1) Doc. r.xxxiv. — 11 est évident que, sans nom d'évêque ni d'imprimeur, cet Ordo était édité sous l'autorité de Mgr de Boisgelin. — Homme de réelle valeur, littérateur distingué et orateur de talent, Mgr Jean de Dieu Raimond de Boisgelin de Cucé (1771-1801) a largement marqué sa place en Provence, non seulement comme sage administrateur du diocèse,

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M«' de Cicé ^ aurait donc pu, au début de ce siècle, conserver à son. clergé le Bréviaire romain intégral : c'eût été ne rien changer aux usages de l'Eglise d'Aix et suivre la trace de son légitime prédécesseur. Il aima mieux, pour des motifs qui nous échappent, entrer dans la brèche faite par Benoît Roux ; et nous allons voir qu'il continua jusqu'au bout la mutilation du Bréviaire de Pie V. Mais il faut dire qu'il y mit le temps, procédant graduellement coms'il eût craint qu'une mesure trop radicale n'éprouvât quelque difficulté.

Son Ordo de 1803 - prescrit seulement l'unité de nocturne de Pâques à la Pentecôte, avec le système admis par

mais encore comme premier procureur du pays. Son nom est attaché à l'histoire de notre agriculture, de nos routes et de nos canaux. Il fut de plus mêlé à toutes les affaires du clergé de France ; et nul n'ignore le rôle qu'il joua aux Etats Généraux de 1789. Il passa ses dix ans d'exil en Angleterre, devint archevêque de Tours en 1802, et fut créé cardinal en 1803. II mourut en 1804, âgé de 72 ans. II était depuis le 29 février 1776 membre de l'Académie française.

(1) Mgr Jérôme Marie Champion de Cicé (1802-1810), était archevêque de Bordeaux avant la Révolution. Tout en regrettant sa réforme liturgique qui a momentanément brisé les vraies traditions de notre Eglise d'Aix, je ne puis lui en faire un reproche trop amer, car il a cédé aux idées de son époque ; c'est plutôt à son temps qu'à lui-même qu'il faudrait faire le procès. Mais, par le même principe, je serais plus intraitable s'il fallait juger la destruction de la Sainte-Chapelle à St-Saureur, dont il a chargé son passif; car en cela il a fait prévaloir sur la tradition constante et l'unanime vénération du pays son idée personnelle, entretenue peut-être et encouragée par quelques flatteurs, comme il arrive trop souvent. — Il est juste d'ajouter que Mgr de Cicé fut un administrateur hors ligne, qui accomplit dans ce vaste diocèse (comprenant les anciens diocèses d'Aix, d'Arles, de Marseille, de Toulon, de Fréjus, de Grasse, de Vence avec une partie d'Avignon), une tâche admirable dont aucun détail ne lui échappait. On peut s'en convaincre en parcourant son journal de correspondmce, qui est à la Méjanes, ms. r,xxxv.

(2) Doc. LXXXY.

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Benoit Roux, Il introduit au Missel la Préface des morts, îl règle qu'aux fêtes dont la solennité est renvoyée au dimanche, tout l'office avec son octave subit ce renvoi ; et alors les fêtes déplacées par cette translation sont anticipées: c'est ainsi que, en 1803, FEpiphanie se célébrant le dimanche 9 et l'octave se prolongeant jusqu'au 16, S' Hilaire est fixé au 6 janvier et S' Marcel au 7. — Ajoutons que ce même Ordo laisse au clergé de l'ancien diocèse de Fréjus l'usage de son Bréviaire fréjusien du xviW siècle.

L'Ordo de 1805 * fait un pas de plus. Il statue que désormais, (in posterum) le dimanche est double-majeur; que l'on y dira seulement 9 ps. à Matines (au l" noct, les 3 premiers du Brév,), sous une seule antienne (la première) pour chaque nocturne. A Prime, plus de Confitemini; mais on y maintient le Quicumque. C'est cette même année que l'on introduit les préfaces nouvelles ^.

L'Ordo de 1809 ^ inaugure les canons de Prime *,

L'Ordo de 1810 ^ enfin achève la modernisation : Deinceps, tous les jours et quelle que soit la fête (sauf celles de 1" cl,, celles de N.-S. de 2° cl., celles de la Ste V. et les oct, privilégiées), on dira à Matines et à Vêpres les pss. de la férié occurrente,

La refonte de l'office romain était donc achevée par ce

(1) Doc. nxxxvi. {•}) Doc. xxvrr. A.

(3) Doc. r.xxxvir.

[i] Doc. XXV.

!ô) Doc. Lxxxvn.

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dernier Ordo, — toujours juxta ritum Breviarii ac Missalis romani.

Résumons-en les grandes lignes.

1° Temps pascal à un seul noet. jusqu'à la Trinité.

2° Tous les dimanches, double-majeur, trois pss. au 1" nocl.; Prime sans Confitemini mais doté d'un canon.

3° Tous les jours, sauf à certaines fêtes, pss. de la férié à Matines et à Vêpres.

On le voit, c'était complet.

M^' de Cicé étant mort en cette même année 1810, les vicaires capitulaires, puis l'administrateur, M^' Jauffrel, év. de Metz, ne modifièrent en rien les derniers ordres du prélat défunt, — Sede vacante nil innovetur.

Mais il faut croire que dans le clergé tous n'en prenaient pas facilement leur parti ; car après le départ de M^' Jauffrel ' , les grands vicaires mirent en belle page

(1) Mgr Jauffret, en quittant Aix, écrivit au Chapitre une lettre (que je crois inédite) dont les ex ti ai ts suivants indiquent suffisamment son état d'âme et la situation difiîcile que tranchaient les événements. « Messieurs, depuis que vous m'avez confié l'administration du diocèse, l'espoir toujours prochain d'un arrangement définitif avec le Pape nous avait soutenu. Cependant nous portions plus d'une fois nos regards vers l'église pour

laquelle nous avons été institué évêque Mais ce que nous ne pouvions

faire sous le gouvernement qui n'est plus, nous le pouvons sous celui-ci. Veuillez donc agréer, Messieurs, qu'usant de cette liberté dès le premier jour qu'elle nous est donnée, nous gouvernions dès ce moment par nous-' même le diocèse de Metz et nous laissions à Messieurs les Vicaires généraux capitulaires le soin, dont ils s'acquittent d'ailleurs si dignement, de

gouverner le diocèse d'Aix jusqu'à la fin de la vacance de ce siège » —

Cette lettre est au Rég. Capitulaire en copie authentique. Elle porte une date indécise : on lit bien 14 avril 1814, mais ce 14 est une surcharge sur

de rOrdo de 1816 ^ ce « Mandalum » révélateur : Cum ^ nobis expositum fuerit a pluribus et non paucis presbyteris multa oriri incommoda in recitatione officii ex mutationibus quœ a paucis annis facta fuerant, statuimus : offlcium deinceps recitabitur pure et intègre juxta rubricas Breviarii romani, omissis mutationibus quœ a paucis annis factœ fuerunt.

Il semble à ce texte, et on a pu le croire et l'écrire, que Ton revienne à l'office romain intégral. Mais ne nous en flattons pas. On ne rapporte que les prescriptions de 1810 ; le Temps pascal continuera à avoir un seul nocturne jusqu'à la Trinité; le dimanche, baissant d'un degré il est vrai, restera double et n'aura que 3 pss. au 1" noct., suivant un roulement noté dans le corps de l'Ordo, faisant passer à tour de rôle, en trios successifs, les douze pss. du Bré\'iaire romain.

Il faut avouer qu'on aurait pu, dès lors, sans trop se

le chiffre 21 qui semble pourtant être de la même main, mais d'une encre différente. — Il est à remarquer que cette copie fait suite à la délibération capitulaire du 21 avril qui révoquait tous les pouvoirs de Mgr Jauffret. II est probable que cette circonstance aura fait écrire 21 au secrétaire, lequel se ravisant ensuite aura mis 14, qui serait la vraie date de la lettre.

(1) Doc. xc.

(2) A l'usage de quelques lecteurs, je traduis : « Comme plusieurs et non des moindres du clergé nous ont exposé que dans la récitation de l'ofTice, beaucoup d'inconvénients se produisaient par suite des changements faits en ces dernières années, nous ordonnons qu'à l'avenir on récite l'office purement et intégralement d'après les rubriques du Brév. romain, sans plus tenir compte des récents changements. »

— Dans la suite de ce travail je traduirai ainsi ce qui n'est point une simple indication et qui est de nature à intéresser le lecteur peu familiarisé avec le latin.

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compromettre, retrancher du « Mandatiim » capilulaire le pure et intègre juxta rubricas Brev. rom.!

W' de Bausset ' trouva les choses ainsi réglées et les maintint telles dans ses ordos ^ de 1820 à 1829, sauf quelques détails secondaires, parmi lesquels nous remarquons la réintégration du Confiteniini, le dimanche, à Prime, qui gardait d'ailleurs les canons de M^' de Gicé ^,

Chose singulière ! Malgré tant de mutilations que l'on fait subir à l'office romain, on affirme toujours que l'on s'y conforme; Juxta rubricas Brev. rom. Il y a mieux : l'Ordo, rédigé en français, de 1823 en particulier, est tout émaillé de citations de décrets de la S. Congrégation des Rites, sur des points de moindre importance. Quelle meilleure preuve de bonne foi !

Cette situation devait durer jusqu'en 1854, Plus de modifications dans l'Ordo annuel. Celui de 1833 ^ contient pourtant un détail à noter. On y spécifie clairement, que le

(1) Pierre François Gabriel Raimond Ignace Ferdinand de Bausset-Roquefort, 181T-1829. Pair de France. Il avait été chanoine d'Aix avant la Révolution. Réintégré dans sa stalle au Concordat, il fut sacré évêque de Vannes à St-Sauveur par Mgr de Cicé le 29 mai 1808. Nommé archevêque d'Aix en 1817, il ne put, par suite des incidents que l'on sait, prendre possession que le 13 nov. 1819. Il mourut le 29 janvier 1829, à l'âge de 72 ans. — Il était neveu de l'ancien évéque de Fréjus,

(2) Doc, xcià xciv.

(3) Son successeur, Mgr de Richery, en fera une nouvelle édition en 1830. Doc. XXX.

(4) Doc. xcvii.

dimanche, chaque nocturne n'a qu'une seule antienne, la première du Romain. Cela avait déjà été dit dans l'Ordo de 180o. Mais à 22 ans de distance, plusieurs pouvaient avoir besoin qu'on le leur rappelât ! Et qui sait tout ce qu'on ne leur rappelait pas !

Le lecteur, qui aura eu la constance de nous suivre jusqu'ici, se demandera sans doute ce que devenait l'unité de la prière liturgique. Et nous disons unité, non par rapport à l'Eglise latine tout entière, mais unité dans le diocèse d'Aix ! Si, en effet, de ce dernier trait, rappelant qu'il ne faut qu'une anlienn"e à chaque nocturne, on rapproche les plaintes enregistrées dans l'Ordo de 1816, on conclura facilement que tout le monde ne récitait probablement pas l'office de la môme manière. Souvenons-nous aussi que l'ancien diocèse de Fréjus avait gardé sou Bréviaire du xvui" siècle. Et dès lors sera-t-il téméraire de penser que jusqu'en 1823, à chaque mouvement du personnel, les Fréjusiens d'origine emportaient leur bréviaire en devenant Aixois, Marseillais ou Artésiens, sans compter l'usage qu'en faisaient un peu partout les Fréjusieus d'adoption ?

On voit par là en quelles discordances se produisait chaque jour l'harmonie de l'hymne liturgique. Et l'on conçoit . les hésitations, les incohérences même parfois des prescriptions de l'Ordo diocésain, cherchant à accommoder toutes choses et n'y réussissant guère, pendant cette période d'un demi-siècle.

N'accusons certes personne. Mais reconnaissons ici une

nouvelle démonstration de ce principe qu'une fois sorti des règles authentiques et légitimes, on entre et l'on ne s'arrête plus dans le domaine de la fantaisie : chacun alors va à sa guise ; personne n'y voit clair et ne sait à quoi s'en tenir : c'est l'image de la terre enténébrée de Job; Ubi umbra mortis et nullus Ordo ^

Le mouvement liturgique qui marqua le milieu de ce xix° siècle vint heureusement mettre fin à ces procédés chaotiques.

Le Concile d'Aix ^ décréta le retour pur et simple, intégral cette fois, à la liturgie Romaine. Le Synode diocésain ^ de 1852 y pourvut ; et l'Ordo de 1854 s'ouvrit par l'ordonnance archiépiscopale conforme à ces dispositions.

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