CHAPITRE IX Propre de
Une revision du Propre diocésain devait se produire encore. Avec le temps on avait remarqué dans le travail de i833 certains traits erronés ou douteux. On se plaignait aussi de quelques lacunes fâcheuses, laissant dans l'ombre de grandes figures qui étaient nôtres et que d'autres diocèses honoraient, alors que liturgiquement nous les ignorions.
Les regrets et les vœux, qui se produisaient à cet égard, se formulèrent en 1877 d'abord au sein des conférences ecclésiastiques, puis au Synode annuel -.
C'est donc ce Synode de 1877 qui décida une nouvelle réformation du Propre.
La commission qui en fut chargée se mit aussitôt à l'œu-
(1) Doc. sxxiii. — Pour les dates des fêtes, voir le tableau infra.
(2) Doc. LU. Syn. 1877.'
vre et y travailla consciencieusement pendant trois ans. Elle prit pour bases ces principes :
1° Corriger le Propre de 1853 dans ses parties douteuses, mais sans y introduire un seul changement qui ne fût appuyé d'une justification certaine. Corriger n'était point supprimer. — Et de ce chef, on ne retrancha rien au calendrier de 1853.
2° Refaire deux ou trois offices d'une conception trop générale pour les localiser davantage, — comme celui de tous les saints du diocèse.
3° Introduire les saints qui étaient nés ou qui s'étaient sanctifiés soit sur le territoire ancien des diocèses d'Aix et d'Arles, soit dans les limites du diocèse actuel. — On ouvrit ainsi les portes à S. Paul, év. de Trois-Châteaux, S. Theudère, S. Ileklrad, S. .Ser, Sles Consorce et Tulle, S. Gyprien, S. Louis d'Anjou, S. EhéarethB. Delphine, B. Louis Aleman, Ste Roseline,S. Eucher, S. Véran, Ste Marcelle et S. Alexandre de Brescia '. — Au principe qui admettait ceux-là on fit une brèche, fort légitime d'ailleurs, en l'honneur de S. Marcellin, d'Embrun : son titre épiscopal, désormais uni à celui d'Aix et Arles, lui donnait bien droit d'entrée chez nous. On ne balança point à en agir de môme pour S. Remy, le baptiseur de la France, auquel nous attache le précieux souvenir de son patrimoine ^ près de l'antique Glanum.
(1) On verra plus loin que la S. Congrég. des Rites n'a pas laissé passer les deux derniers.
(2) D'anciens historiens rapportent (voir Dom. Bouquet) que Clovis fut •
2i8 LA LITURGIE
Les fêtes du supplément général, déjà accordées précédemment, complétaient le Propre,
Conçu sur ces bases, le travail semblait répondre aux désirs et à l'attente du clergé qui en prit connaissance dans une congrégation particulière du Synode de 1880 et l'accepta en congrégation générale.
Le Propre partit pour Rome dès qu'on en eut achevé les copies uécessaires.
Il en revint avec une approbation du 26 avril 1883. Mais dans quel lamentable état 1 — Nous étions moins heureux que nos diocèses voisins, qui à peu près à la même époque,
accompagné de St Remy, quand il assiégea Avignon, dans la guerre contre Gondebaud, roi de Bourgogne. Le quartier général fut établi à Glanum. C'est là que l'évêque de Reims opéra cette résurrection d'une jeune fille dont parie le Brév. romain ; et le père de la miraculée lui donna alors des terres complantées de vignes et d'oliviers près de Glanum. Là, ajoute-t-on, Remv fit bâtir une chapelle en l'honneur de St Martin, laquelle devint plus tard l'église de la cité (l'égl. paroiss. est toujours sous le vocable de St-Martin), lorsque les habitants abandonnèrent Glanum pour s'établir plus bas, près de ladite chapelle. Le Patrimonium Remigii donna dès lors son nom à Saint-Remy de F'rovence. — Cette tradition, cher lecteur, vous paraît-elle sujette à caution ? Alors voici des faits certains qui, sans elle, ne seront pas facilement expliqués. 11 est écrit (ce n'est pas simplement une tradition orale) que St Remy lègue à son église de Reims : Ms etiam
quas et eus quas in Provincia Benedictus quidam, cujus jiliam mihi
ab Âlarieo missam gratia Sancti Spiritus per impositionem manus meœ peccatricis non solum a diabolicœ fraudis vinculo sed ab infero revocavit, ad usum luminis tui et loci ubi corpus meum jacuerit. (Flodoard, Test. S. Rémi, réédition Pardessus : « Diplomata, charfœ, etc. . . », 1 vol., p 85). — Et il est encore absolument certain que le prieuré de Saint- Remy, l'ancien Glanum, payait bien avant le xiri« siècle une redevance à la cathédrale de Reims , et que Jean XXII, en 1318, fondant la collégiale de Saint-Remy de Provence, comprit dans sa dotation les terres en question, l'exemptant de toute redevance à la cathédrale de Reims, qui reçut en échange d'autres propriétés (Stat, des B.-du-R. ii).
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faisaient avec succès des instances semblables aux nôtres.
Toute revision du Propre de '1853, ou peu s'en faut, était écartée. On accordait bien l'introduction de toutes les fêtes demandées, moins trois ; mais avec les offices déjà approuvés pour d'autres églises, sans addition d'un seul mot justifiant le culte de ces saints à Aix.
Le rapport suivant ^ adressé à M^' l'Archevêque, rendit compte de la situation par la plume autorisée du secrétaire de la commission.
« Monseigneur, la commission que Votre Grandeur avait bien voulu nommer, en suite du vœu synodal de 1877, pour procéder à la revision du Propre diocésain, a l'honneur, etc. . .
« Notre premier travail, après réception du manuscrit (venant de Rome), consistait naturellement à collationner avec le plus grand soin cet exemplaire et le double de l'œuvre primitive conservé dans nos archives. Si le résultat de ce contrôle n'a rien offert de bien encourageant pour les efforts auxquels nous nous sommes livrés pendant trois ans, la commission, Monseigneur, y aura du moins trouvé l'occasion d'acquérir un mérite auquel elle ne songeait peutêtre point, celui de faire un acte d'abnégation parfaite.
« Voici d'ailleurs, en résumé, le résultat de la collation faite entre les deux manuscrits :
« Sur sept déplacements de saints opérés par la commission, un seul a été accordé par la Congrégation : c'est la
(1) Doc, xsxvii. Rapport de M. le chanoine Mille.
fête des saintes Maries que l'on célébrera désormais, suivant la teneur de la demande, à la date du 25 mai, jour traditionnel du pèlerinage de la région.
(( Sur sept demandes d'élévation de rite, deux ont été accordées entièrement : S' Genès et S' Denys, demandés, le ■1" de 2° cl., le second sous le rile double ; — deux ont été refusées, les fêtes étant laissées à leur ancien rite : S'° Magdeleine et S" Marthe, demandées ^toutes les deux de 1'° cl, avec octave ; — trois n'ont été accordées qu'à demi : ce sont les fêtes des saintes Maries, des SS'' Evêques du diocèse et de S' Lazare; demandées sous le rit double de 2° cl, et concédées sous le rit double majeur.
« Sur treize saints nouvellement introduits dans le Propre, trois ont été éliminés : S' Véran, év. de Cavaillon, S' Alexandre de Brescia, martyr, et S'° Marcelle, désignée par le Bréviaire romain sous le titre de pedissequa Marthœ.
« Enfin, sur le total d'environ quarante-cinq changements opérés dans le texte du Propre (Bréviaire et Missel) et provenant soit de l'adoption d'offices empruntés à nos anciennes liturgies, soit de la composition personnelle des membres de la commission, il n'a été fait que sept concessions : deux homélies de S' Gésaire, une pour la fête de sa sœur S'° Césarie, et une autre pour la sienne propre ; — deux oraisons empruntées à un ancien Bréviaire d'Arles, celle de S'" Rusticule et celle de S' Eon ; — la mémoire de S'Ser; — l'office du supplément à la place de celui du commun pour la fête du Tr.-S. Cœur de Marie ; — et,
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comme unique vestige du travail personnel de la commission, une phrase ajoutée par nous à la 6'' leçon de l'office de S'° Consorce et relative au culte de cette sainte à Jouques.
« Il serait oiseux d'ajouter. Monseigneur, que la commission s'incline avec le plus profond respect devant le jugement pratique que la S. Congrégation des Rites a porté sur son œuvre et qu'elle adopte sans aucune velléité d'instance le Propre diocésain tel qu'il lui revient de Rome. »
Ce rapport ajoutait pourtant que la commission désirait que M^' l'Archevêque demandât par induit l'ofTice de S. Véran déjà approuvé pour Avignon et l'élévation de la fête de Ste Marthe au moins au rit de 2" cl. avec la messe Qui mihi ministrat concédée en 1853.
Deux induits répondirent à cette instance le 21 et le 27 juin suivants. L'office avignonnais de S. Véran fut accordé. Ste Marthe fut élevée au rit double de 2° classe, mais sans la messe que l'on sollicitait.
Nous avons voulu reproduire ce rapport parce qu'il donne une idée suffisante de la composition du Propre de 1883, en complétant ce que nous en disions plus haut ; mais nous le faisons aussi parce qu'il témoigne de la respectueuse soumission qui anima le clergé uni ^ à son Archevêque.
(1) a Le Propre de 1883 n'est pas tout à fait celui que Mgr Forcade avait désiré. Mais cet insuccès servit admirablement à mettre en relief la sincérité de son obéissance au St Siège. Les témoins de son désappointement eussent voulu qu'il lit de nouvelles instances près de la Congrégation, il répondit simplement : « Non, Rome a jugé, c'est fini, s — (Slarbot, Vie de MgrForcade. Aix, Makaire, 1886, p. -195.)
Sans rien diminuer de ce sentiment qui est bien et restera toujours le nôtre, nous croyons pouvoir et même devoir ajouter que cet insuccès fut surtout le fruit d'un malentendu. Le détail concernant S'° Marthe le prouve * . Comment expliquer autrement qu'on refusât au diocèse qui possède les reliques et le tombeau de la sainte Hôtesse de Jésus, ce qu'on accordait à d'autres ? Aussi bien notre conviction est que si l'on reprend un jour cette œuvre, en l'améliorant au besoin, on obtiendra non seulement la correction des fautes et le redressement des anomalies que renfermait le Propre de 1853, et que nous répétons encore en récitant l'office divin^ mais encore plus d'un perfectionnement que le clergé désirait et qu'avait tenté la Commission.
(1) D'autres détails le prouveraient également. Mais je ne puis les faire connaître. J'étais à cette époque vicaire général ; et pour ne l'être plus, Je ne m'en crois pas moins tenu, aujourd'hui comme alors, au secret professionnel.