LA PROCESSION
En ce jour, après la messe, on fait dans tous les couvents une procession solennelle qui se rend au cimetière des Frères ou des Sœurs, s’il y en a un dans l’enclos. Sinon elle se fait dans le cloître. 1
Les stations sont nombreuses, selon la dis- ‘ tance. Pour que l’on puisse chanter à chacune d'elles un répons et un évangile, la liturgie en contient neuf, Mais, on ne chante que ce qui est nécessaire, pour chaque couvent, sauf que le répons et l’évangile de la deuxième station sont toujours réservés, quel que soit le nombre des stations, pour celle qui se fait dans le cimetière même.
La procession se déroule selon le rite ordinaire. En tête marche un Frère portant l’eau bénite dont il asperge les lieux où l’on passe, les acolytes et la croix, puis les Frères par ordre de dignité, les convers et les plus jeunes les
premiers. Le Prieur en chape de soie noire avec ses diacre et sous-diacre ferme la marche. Un frère porte un pupitre léger qu’il place en temps voulu pour recevoir le livre des évangiles que le diacre chante à chaque station.
En allant à la première station, soit dans le cloître, soit dans le jardin, on chante ce répons :
« Je crois que mon Rédempteur est vivant, je crois qu’au dernier jour je me lèverai de la terre, et que dans ma chair je verrai Dieu, mon Sauveur — je le verrai moi-même, et non un autre, et mes yeux contempleront mon Sauveur ».
La terre est un cimetière immense, et sur ce cimetière immense éclate ce cri de triomphe : je me lèverai de la poussière ! Je reprendrai ma chair et dans ma chair ressuscitée, glorieuse, béatifiée, je contemplerai mon Sauveur.
Grande, unique espérance pour nos cœurs endoloris. Mais espérance qui vient de là bonté, uniquement de la bonté de Dieu.
Au lieu de la station, les Frères étant rangés sur deux lignes, au milieu, le diacre chante cet évangile selon saint Jean, c. 6:
« En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : Je vous le dis en vérité : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et
qui boit mon sang a la vie éternelle, Et je le ressusciterai au dernier jour. »
La pensée du Maître est très claire: pour avoir en soi, dans son âme et dans son corps, un principe de vie éternelle, il faut manger sa chair et boire son sang. À ceux qui font la sainte Communion, l’Eucharistie est source de vie, Elle met en notre propre chair un principe vital de résurrection, car elle nous unit vitale-
ment, à la chair même du Christ ressuscité. Le principe divin de l'Humanité ressuscitée de Jésus passe par l'Eucharistie dans notre chair à nous.
Le prêtre officiant chante l’Oraison : « Dieu, dispensateur de tout pardon et auteur du salut des hommes, nous demandons à votre clémence, d'accorder aux Frères, Sœurs, familiers et bienfaiteurs de notre Congrégation, qui sont sortis de ce monde, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours vierge et de tous les saints, la grâce de participer à l’éternelle béatitude ».
On se remet en marche pour la deuxième station, souvent la dernière, celle du cimetière, en chantant ce répons : « Vous qui avez ressucité du tombeau Lazare déjà corrompu, Seigneur, donnez-leur le repos et le lieu du pardon. — Vous qui devez venir juger les vivants et les morts, le monde entier, par le feu, donnez-leur, Seigneur, le repos et le lieu du pardon ».
On rappelle le souvenir de Lazare, ressuscité par Jésus. Il sent déjà mauvais! lui disait Marthe. Qu'importe au Créateur! A sa voix Lazare sort du tombeau. Sur l'immense cimetière de la terre plane l’imménse odeur de corruption. Jam fæœtet! Ce n’est plus seulement Lazare qui sent mauvais, c’est l'humanité entière, corrompue, en cendre. Qu'importe au Créateur ! Il a créé l’homme de rien, il le ressuscite de rien, À sa voix, rien ne résistera, Pas un mort ne restera dans le tombeau, où qu’il soit et quoi qu’il soit devenu. Tous se lèveront et diront : me voici |!
Si l’on est dans le cimetière, on chante l’évangile selon saint Jean, c. 11 :
« En ce temps-là, Marthe dit à Jésus : Maître, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais je le
La liturgie dominicaine -- VIII 21
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sais maintenant, tout ce que vous demandez à Dieu. Dieu vous le donne. Jésus lui dit: ton frère ressuscitera. Marthe lui dit : Je le sais, il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Jésus lui dit : c’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il est mort, vivra. Quiconque vit et croit en moi ne mourra pas pour toujours. Le crois-tu ? Elle répondit : Oui, Maître, je crois que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. »
Dialogue émouvant sur la tombe des Frères entre Jésus et Marthe. Jésus affirme Sa puissance. Ton frère, lui dit-il, ressuscitera. Ces Frères ensevelis dans ces tombeaux ressusciteront. Je suis moi-même principe de cette résurrection, car je suis la vie, la vie absolue, source de toute vie. Sur nos Frères défunts, on chante cette divine affirmation qui fut toute leur espérance. Ils l’ont cru, ils ont vécu de cette parole, ils ont confessé que Jésus est le Fils du Dieu
vivant, alors, qu’ils attendent en paix, dans la
divine certitude, l’heure de la résurrection.
Et le prêtre chante cette belle oraison, qui fait appel à l’intercession de tous les saints de l'Ordre, de toute la famille dominicaine du ciel,
en faveur de la famille dominicaine du Purga- .
toire :
« Seigneur, notre Dieu, agréez comme expiation, pour les âmes de vos serviteurs et de vos servantes, nos Frères et nos Sœurs, la prière de la sainte Mère de Dieu, Marie, toujours Vierge, et du bienheureux Dominique, votre Confesseur, notre Père, et des bienheureux Pierre, Jean, Pie, Antonin, Thomas, Vincent, Hyacinthe, Raymond, Louis, Catherine, Rose, Agnès, Catherine et de tous vos saints, avec la supplication humble et pieuse de votre famille ici présente, afin qu'ils obtiennent, comme nous le
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