‹ La liturgie dominicaineChapitre 42 sur 178 · SAINT JACQUES LE MAJEUR · texte numérisé non relu

SAINT JACQUES LE MAJEUR

Nous sommes faibles, tandis que vous êtes forts. Vous êtes de noblesse, tandis que nous sommes de caste inférieure, Jusqu'à cette heure nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; nous sommes souffletés et errants ; nous devons travailler de nos mains, Nous sommes maudits et nous bénissons, persécutés et nous le supportons, diflamés et nous prions pour nos diffamateurs. Nous sommes devenus comme la balayure du monde, l’universel rebut jusque maïntenant.

Je n’écris pas ces choses, pour vous humilier mais je vous reprends comme des enfants très chers. Car, quand vous auriez dix mille pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères. C’est moi qui vous ai engeñdrés dans le Christ Jésus par l'Evangile. »

Tableau réaliste et magnifique de ce que furent dans le monde les apôtres de Jésus. Cette poignée de Juifs prétendait tout bouleverser, tout détruire dans la société : les dieux, les mœurs mauvaises, les conditions injustes de la société, et à tout ce qui avait fait le monde païen substituer le culte, les enseignements, les préceptes, la religion d’un Juif Crucifié, qui se disait le Fils de Dieu, Dieu- lui-même. On leur fit bien voir labsurdité d’une telle prétention. Et tous reçurent de la masse un accueil menaçant, Jacques n’échappa point à la révolte païenne, comme à la révolte juive. Le Maître le leur avait prédit : Vous serez haïs, mis à mort à cause de moi. Allez quand même. Aussi ce que raconte l’'évangile qui suit est-il une réplique assez rude aux prétentions très humaines de Jacques et de Jean.

Evangile selon saint Matthieu, c. 20.

« En ce temps-là, la mère des fils de Zébédée s’approchant de Jésus avec ses fils, l’adora pour lui demander quelque chose, Il lui dit : Que voulez-vous ? Elle répondit : Dites, que mes deux fils que voici siègent l’un à votre droite, l’autre à votre gauche dans votre royaume.

La liturgie dominicaine. — VIII. : s

Jésus lui répondit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire moi-même ? Ils dirent : Nous le pouvons. Il leur dit : En

effet, vous boirez mon calice. Quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de vous l’accorder, ces places sont pour ceux auquels mon Père les a préparées. » F

Jacques et Jean n'avaient rien dit, mais il était facile de voir à la manière de les présenter à Jésus, que leur mère parlait pour eux. Aussi, c'est à eux que Jésus répond. Il les regarde, ces innocents qui ne savaient pas ce qu'ils demandaient. Pour eux c'était la place d'honneur qu’ils sollicitaient à la cour du futur roi des Juifs, le Messie de la terre. Jésus élève la question. Son royaume n’est pas de ce monde, au sens humain, il est au-dessus, dans le ciel, et là, toute place dépend de la prédestination éternelle de Dieu. Aussi, Jésus demande aux fils de Zébédée s'ils auront le courage de souffrir avec lui pour gagner une belle place. Naïvement ils répondent : mais oui, pourquoi pas ? Cette simplicité ignorante de l'avenir plaît à Jésus. Oui, leur dit-il, vous boirez mon calice, vous souffrirez avec moi. Jacques et Jean ne durent rien comprendre. Ils comprendront plus tard. Jésus les laisse sur cette parole équivoque. Jean aura sa chaudière d'huile bouillante à la Porte Latine et Jacques sera décapité à Jérusalem. C’est le calice promis. Mais alors tous deux savaient, et ils le burent avec joie, en pensant à leur Maître bien aimé.

Offertoire : « Dieu, vos amis sont en grand honneur ; leur puissance est solidement établie ».

Secrète : « Seigneur, que la passion du bienheureux apôtre Jacques vous rende agréables les offrandes de votre peuple, et que sa prière

vous les fasse accepter favorablement, quoique nos mérites ne les rendent pas dignes de vous ».

Communion : «& Vous qui m'avez suivi, vous serez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d'Israël ».

Postcommunion : « Aidez-nous, Seigneur, par l'intercession de votre bienheureux apôtre Jacques, pour la solennité duquel nous avons participé avec joie à vos sacrements ».

Jacques a tout de même le trône où il demandait d’être assis, mais dans le ciel et non sur terre. Seulement pour l’atteindre il dut boire le calice. La paix soit avec toi, dit-il à celui qui le conduisait au tribunal, et cet homme fut tellement touché par la grâce qu’il confessa immédiatement le Christ et mourut avec lui.

D'’innombrables pèlerins sont allés chercher cette paix suprême de la foi au tombeau de saint Jacques à Compostelle. Ce pèlerinage était autrefois aussi célèbre que celui de saint Pierre à Rome. En ce sens encore, Jacques occupe, même sur terre, un trône de choix.

Sainte Anne, Mère de la Sainte Vierge.

MESSE : Gaudeamus, p. [25].

Oraison : « Dieu, qui avez élevé jusqu'aux joies de la vie céleste la bienheureuse Anne,

Mère de votre Mère, faites-nous arriver à l’éterternelle béatitude par ses mérites glorieux, vous qui, pour notre salut, avez pris dans le sein de sa fille la nature humaine ».

De cette femme, nous savons seulement qu’elle fut la mère de la Très Sainte Vierge, la grand mère, par conséquent, du Fils de Dieu fait homme. C’est son titre de gloire devant Dieu, son titre d'amour pour nous. Anne est aussi notre grand'mère, puisque nous sommes, par la grâce de Dieu, les Frères de Jésus. Et nous savons tous combien les « bonnes mamans » ont de tendresse pour leurs petits-enfants. Il est doux de penser que, auprès de Jésus, nous avons notre « bonne maman ». Elle l’est de tout ce qu’elle est, car sa raison d’être à elle est d’être la Grand’mère, la « bonne maman » de Jésus.

C'est sa prédestination éternelle. Et il n'est pas douteux que, devant donner le jour à la.

Mère de Dieu, devant recevoir dans son sein, l'unique créature qui, dès le premier instant de sa Conception, fut immaculée, préservée de la tache originelle, Anne ait reçu également une grâce de sainteté en rapport avec une pareille dignité. Anne, Marie, Jésus : trois lumières dont l'éclat va grandissant, comme l’aube, l’aurore et le plein midi. On suit cette merveilleuse splendeur, splendeur de lumière, splendeur d'amour aussi. Car dès l'aube, c’est déjà l’amour de Dieu qui est en marche et arrive près de son terme.

Saluons donc avec une joie d'enfant la mémoire de notre « bonne maman » et prions-la comme les petits enfants demandent, sûrs d’être bien accueillis, les faveurs, les privilèges, les gâteries, les pardons quelquefois de leur « bonne maman » de la terre.

Le bienheureux Antoine Della Chiesa ou de l'Eglise,

Confesseur, de notre Ordre.

MESSE : Os justi, p. [18].

Oraison : « Dieu, qui avez embrasé de l'amour . divin le bienheureux Antoine, votre Confesseur, allumez dans nos cœurs, par son intercession,, le feu de votre charité afin que, vous aimant sur la terre, nous jouissions dans le ciel des joies éternelles ».

Antoine est né à San Germano, près de Verceil, d’une noble famille. Benoît XV portait le même nom et descendait de cette même famille Della Chiesa ou de l'Eglise.

Dès son adolescence ïil eut le goût le plus . prononcé pour la prière et l'étude. Malgré l’opposition de son père, il entra chez les Frères Prêcheurs, où il trouvait précisément, merveilleusement unies cette prière et cette étude. Il n'eut qu'à développer ses premières inclinations: Aussi, devint-il rapidement un religieux parfait, portant en lui tout l'esprit de saint Dominique. Homme de doctrine, d’observance, homme aimable, d'accueil gracieux, Antoine exerça avec le plus grand succès le ministère apostolique. Quiconque l’approchaïit, même les plus pervers, le quittait meilleur ou tout au moins attristé de sa

De En Fous

propre misère. Souvent supérieur, il fut un des grands réformateurs de l'Ordre en Italie.

Antoine mourut à Novi l’an du Seigneur 1459, à l’âge de soixante-cinq ans.

Tout prêtre, tout religieux doit avoir cette influence sur les âmes. S'il porte Dieu en lui, Dieu rayonnera par lui et fera sentir sa présence. Aux âmes déjà sanctifiées par la grâce, il donnera plus d'amour ; aux âmes qui hésitent à briser ce qui ies attache au mal, il donnera cette tristesse salutaire qui est déjà l’appel discret de l'Esprit- Saint. Mais un prêtre qui ne communiquerait rien de Dieu par sa présence et sa parole, serait comme un arbre stérile, de ceux dont le Maître qui passe pour les visiter dit : à quoi bon cet arbre occupe-t-il ce coin de terre ! :

Sainte Marthe, Hôtesse de Notre-Seigheur, Vierge.

MESSE : Gaudeamus, p. [25], sauf ce qui suit :

+ Oraison : « Exaucez-nous, Dieu, notre Sauveur, afin que, de même que nous nous réjouissons de la solennité de la bienheureuse Marthe, votre Vierge, ainsi nous ayons le désir d’une pieuse dévotion ».

Marthe ! douce vision de Béthanie. Jésus aimait Marthe, Madeleine et Lazare. Affection tendre de part et d'autre. A Béthanie, dans la

maison de Marthe, Jésus était chez lui. Il y venait pendant ses séjours à Jérusalem pour y trouver le calme de l’amitié. Quelle joie dans la maison quand on disait : Jésus est arrivé, il vient, le voici. Tout était à sa disposition. Il entrait et son bon regard se reposait avec tendresse sur Marthe, la maîtresse de maison, sur Madeleine et sur Lazare. Ce regard mettait en fête tous les cœurs.

Et l’évangile nous raconte une de ces arrivées de Jésus.

Evangile selon saint Luc, c. 10.

« En ce temps-là, Jésus entra dans un village et une femme, appelée Marthe, le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, ncmmée Marie, qui assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole. Marthe, au contraire, s’empressait pour faire le service. Elle s'arrêta tout à coup et dit : Maître, cela ne vous fait donc rien que ma sœur’ me laisse ainsi faire toute seule le, service ? Dites-lui donc de m'aider. Et le Maître lui répondant, dit : Marthe, Marthe, tu es bien empressée et tu t’embarrasses du soin de bien des choses. Or, une seule chose est nécessaire. Marie. a choisi une très bonne part qui ne lui sera point enlevée. »

Bonne Marthe ! Son cœur était tout entier dans les soins qui l’absorbaient et le Maître ne le lui reproche pas, tant s’en faut ! Il distingue simplement ce qui est l'absolu nécessaire :

lunion de l’âme avec Dieu. Mais cette union Marthe pouvait la posséder tout en faisant son service. Alors, elle y mettait un peu trop d’empressement humain. Quand elle comprendra mieux le service de Jésus, elle sera aussi unie à lui dans ses diverses fonctions que Marie qui, sans bouger, boit avidement les paroles du Maître. Et c’est pourquoi l’union de la contemplation et de l’action est supérieure, en soi,

à la simple contemplation. Le Maître n’a pas dit : Marie a choisi la meilleure part, mais bien la très bonne part: optimam partem. Il y a celle de Marthe et de Marie intimement unie, celle-ci la meilleure de toutes.

Mais comme on aime cet nb de Marthe ! Comme Jésus devait l’aimer lui-même et comme il récompensait de son bon regard l'activité affectueuse de Marthe. Servons-le comme elle le servait, avec dévouement, avec tendresse ; ne croyons jamais avoir assez fait pour lui. Mais, en le servant, que notre pensée demeure fixée sur lui, notre cœur pénétré de lui. Le bon service ! Partout, nous pouvons faire de notre âme une maison de Béthanie où Jésus aimera à se reposer. Faisons-lui toujours bon accueil S'il vient dans la joie, que l’accueil soit joyeux. S'il vient dans les jours de tristesse, que l'accueil soit encore plus joyeux. Car c’est toujours lui, et c’est pour lui-même qu’il faut l'aimer et le servir.

Le bienheureux Mannès, Confesseur, de notre Ordre.

MESSE : Os justi, p. [18].

Oraison : « Dieu, qui, par une disposition

admirable, avez conduit le bienheureux Mannès, votre Confesseur, dans la voie de la perfection,

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dirigez nos actes par cette même grâce de miséricorde, afin que nous puissions rechercher ce que vous commandez et obtenir ce que vous promettez ».

La famille de notre bienheureux Père est une famille de saints. Sa mère est une sainte, son frère Mannès un saint. Prêtre, il était, par tempérament surnaturel, un contemplatif. Il aimait vivre dans la solitude, en la présence de Dieu, se préparant ainsi, sans le savoir, à la vie contemplative unie à l’action apostolique qu’il devait trouver chez les Prêcheurs. Préparation fondamentale, qui est la vie essentielle de l'Ordre. Quand Mannès apprit l’œuvre apostolique que son frère Dominique faisait dans le midi de la France, il alla le rejoindre et se fit le compagnon de ses luttes contre les Albigeois.

L'idée de son frère, qui était de fonder un nouvel Ordre religieux exclusivement destiné à la prédication de la foi, l’enthousiasma. Il fut un des premiers qui reçut l’habit de ses mains. Ce dut être pour saint Dominique une joie très douce.

Dominique l’envoya à Paris avec six autres Frères pour y « publier l'Ordre ». Il se dévoua avec tant de zèle au salut des âmes qu’il attira à l’ordre de nombreuses sympathies et devint comme le fondateur du couvent de Saint-Jacques.

Cette œuvre accomplie, Mannès fut envoyé à Madrid. Il y dirigea dans les voies de la perfection les premières Sœurs Prêcheresses établies dans cette ville. De sorte que pour les Sœurs à Madrid comme pour les Frères à Paris, Mannès fut un Père. Il mourut en 1230, chargé de mérites.

Avec lui, nous revivons ces premières années, les années héroïques de l’Ordre qui gardent, à

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