‹ La liturgie dominicaineChapitre 50 sur 178 · LE BIENHEUREUX AUGUSTIN DE LUCERA · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX AUGUSTIN DE LUCERA

méritions, par son intercession, d’être placés dans le lieu éternel de votre pâturage ».

C’est un Dalmate, d’illustre naissance. Jeune encore, laissant sa famille et ses biens, il se donna à Dieu dans la famille des Prêcheurs.

Elle était alors dans tout l'éclat primitif de sa fondation. On envoya ce patricien à Paris avec Jacques Orsini pour y étudier les sciences divines. Augustin eut pour maître saint Thomas d'Aquin. À son école, il devint lui-même maître en science et en vertu. Religieux de vie intérieure profonde, Augustin aimait à redire cette belle parole du grand Docteur dont il portait le nom : Celui qui prie bien, vit bien. Ce fut comme la lumière de toute sa vie.

Devenu évêque de Zara, puis de Lucera, au royaume de Naples. Augustin mit en pratique ce principe de vie. Il avait à cœur de purifier son peuple des souillures d'esprit et de conduite que les Sarrasins, longtemps maîtres en cette région lui avaient infligées. Il y parvint par son apostolat et surtout sa prière. Afin de consolider pour toujours ce retour à la vie chrétienne, il donna la sainte Vierge comme patronne à tout son diocèse et spécialement à sa ville épiscopale qu’il. appela Sainte-Marie de Lucera.

Augustin mourut en 1323, le 3 août. Si grande était sa réputation de sainteté que peu d'années après sa mort, Charles, Duc de Calabre, demanda par lettres officielles au Pape Jean XXII de le béatifier.

Retenons de ce grand homme sa maxime favorite : celui qui prie bien, vit bien. Il s’agit ici de la prière totale, celle de l’âme qui contemple et exprime par ses paroles les désirs que la lumière divine excite en elle.

Notre Bienheureux Père Saint Dominique.

LA MESSE

C'est avec le respect le plus filial et l'amour le plus profond que nous devons saluer la mémoire de notre Père. A deux genoux, nous contemplerons son visage radieux et nous lui demanderons de se pencher un peu vers nous, lui qui est si haut près de Dieu, pour nous bénir.

Introït : « Le Seigneur a ouvert sa bouche au milieu de l'Eglise, il l’a rempli de l'esprit de: sagesse et d'intelligence. Il l'a revêtu d’un manteau de gloire. — I] l’a comblé d’un trésor de joie et d’allégresse ».

Né à Calaruega en 1170, d’illustre Eine apparentée aux rois d'Espagne, élevé par une mère, Jeanne d’Aza, qui était une sainte, étudiant à Palencia où il acquit une solide science de la foi, puis prêtre et chanoine régulier de la cathédrale d'Osma, Dominique apparaît dès l’aurore de sa vie, comme un être de lumière. Sur son front l'étoile qui l’illumina au moment de son baptême a laissé l’éclat de sa splendeur.

De sorte que sa voie, celle que, de toute éternité Dieu lui a tracée, sera une voie lumineuse. Cet homme rayonne de tout lui-même.

Ce qu’il sait de Dieu — et il en sait beaucoup, car son étude était soutenue et dirigée par une

pureté d'âme virginale — Dominique ne peut pas le garder pour lui. Il faut qu’il répande la lumière sur tous ceux qui l’approchent. « Le Seigneur lui a ouvert la bouche au milieu de son Eglise ». Aussi, dès qu’il entre en Languedoc, avec son évêque, Dominique parle, il prêche, il enseigne. Les hérétiques sont comme son bien à lui, le champ personnel qu’il doit cultiver. Rien ne l’arrête dans ce ministère : à Carcassonne, à Prouille, à Faujeaux, dans tout ce midi de la France que les Albigeoïis infectent de leur doctrine perverse, Dominique circule, sans peur, sans inquiétude. L'Esprit le pousse et il va, humble, pauvre, pénitent, comme le bon Pasteur, à la recherche de toutes les brebis égarées.

Il était beau, notre Père, dans ces courses apostoliques. Il parlait comme son Maître et il vivait comme son Maître, dévoué, sacrifié, n'ayant pas une pierre à lui pour reposer sa tête.

Nous connaissons sa belle réponse à ceux qui n'ayant pu se saisir de lui, lui demandaient ce qu'il aurait fait s'il était tombé entre leurs mains : Je vous aurais prié, répondit Dominique, de ne pas me tuer d’un seul coup, mais de me couper les membres un à un et, après en avoir mis les morceaux devant moi, de finir par m’arracher les yeux, en me laissant baigné dans mon sang. Tout le cœur apostolique de Dominique est dans ce cri héroïque, qui rappelle l’ardeur du grand martyr, Ignace, ses désirs violents d’être broyé, dévoré par les bêtes pour la gloire de Jésus-Christ. Mais Dominique s’offrait ainsi comme une victime pour le salut de ceux que sa parole ne pouvait ramener à Dieu.

Oraison : « Dieu, qui avez daigné illuminer

UT il La)

votre Eglise par les mérites et la doctrine du bienheureux Dominique, votre Confesseur, notre Père, accordez que, par son intercession, elle ne soit jamais privée des secours temporels et fasse sans cesse de nouveaux progrès spirituels ».

Epiître de saint Paul à Timothée, II, c. À.

« Très cher, je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, par son avènement et son royaume. Prêche la parole, interviens à temps et à contre-temps, reprends, supplie, exhorte en toute longanimité et doctrine. Car un temps viendra où l’on ne supportera plus la saine doctrine. Au gré des convoitises, on se donnera des maîtres nombreux, avec la démangeaison d’apprendre, On détournera l'oreille de la vérité pour la tourner vers des fables. Toi, veille, travaille pour tous, fais œuvre de prédication de l’évangile, remplis tout ton’ ministère, Sois sobre. Car pour moi, me voici près d’être sacrifié. Le temps de ma mort approche. J'ai comoattu le bon combat. J'ai accompli ma course jusqu’au bout. J'ai gardé la foi. Il me reste maint=nant à attendre la couronne de justice que me donnera le Seigneur, le juste Juge, au grand jour. Et pas à moi seul, mais à tous ceux qui désirent son avènement. »

Dominique pouvait prendre pour lui-même ces avis suprêmes de Paul à Timothée. Prédicateur infatigable, il comprit vite que son œuvre personnelle serait loin de suffire aux nécessités de l'Eglise. Il entendait en son âme la voix de l'Esprit-Saint qui le poussait en avant, comme.il entendit dans la basilique de Saint-Pierre, les apôtres Pierre et Paul qui lui disaient: Va et prêche ! Aussi une idée, idée grandiose, germa vite dans son esprit. L'idée de fonder un ordre de religieux qui, à son exemple, selon ses principes, prêcheraient la foi dans le monde entier. Cette idée de la sainte prédication universelle est bien de Dominique. A Rome, où il alla la

soumettre à Innocent III, il trouva ce Pontife.

inquiet devant le progrès de l’hérésie et le manque de zélés prédicateurs. Il voulait établir dans chaque diocèse des hommes qui, comme Dominique en celui de Toulouse, catéchiseraient Îles peuples. Mais de ces prédicateurs diocésains, à la prédication universelle que rêvait Dominique, il y avait loin. Lui, il voulait fonder un ordre qui, en dehors de la hiérarchie diocésaine, sous l'unique autorité du Pape, prêcherait dans le monde entier la foi catholique. La conception d’Innocent III favorisa l’idée de Dominique, elle ne l’inspira pas. Et c’est pourquoi, quand plus tard, Dominique se présenta en 1216 à Honorius III pour obtenir l’approbation de son ordre, la première bulle de ce Pape, qui approuve les prédicateurs diocésains de Saint- Romain de Toulouse, ne lui:suffit pas. Ce n’est pas son idée. Il sollicite une autre bulle, le même jour, qui enfin et en des termes magnifiques confirme sa fondation apostolique : « Considérant que les Frères de ton Ordre seront les champions de la foi et les vraies lumières du monde, nous confirmons ton Ordre avec toutes ses terres et possessions présentes et futures. Nous prenons sous notre gouvernement et protection l'Ordre lui-même avec tous ses biens et ses droits ». Ë

Ces quelques lignes accordaient du même coup a l’ordre nouveau l’approbation et l’exemption. Cette fois, le saint Fondateur était content. Son œuvre, l'œuvre de ses sueurs et de son sang était solidement établie. Il pouvait ia développer à l'aise. Cet ordre apostolique, le premier dans l'Eglise, saint Dominique le fonda sur les bases évangéliques de la pauvreté, de la pénitence et de la prière publique.

A Toulouse, en ce milieu hérétique, il fallut pendant quelque temps garder quelques revenus fixes, car on n’eût pas trouvé de quoi vivre. Mais bientôt, Dominique exige de ses fils la pauvreté mendiante, Quand le 15 août 1217, en la fête de l’Assomption, dans cette chapelle de Notre-Dame de Prouille qu’il avait choisie comme la protectrice de son ordre, il disperse ses fils, il veut que la pauvreté mendiante soit leur unique trésor. Il les envoie sans argent, à la garde de Dieu. Et cette décision suprême il la fait ratifier par ses fils et mettre dans ses Constitutions primitives. Désormais les Prêcheurs n'auront aucuns revenus fixes, aucunes propriétés en dehors de leur couvent. Ils vivront en mendiant leur pain.

A cette pauvreté austère, les fils de Dominique ajouteront les pénitences de la vie canoniale ou monastique : les longs jeûnes, l’abstinence perpétuelle, et au détail nombreux d’observances assujettissantes, ils ajouteront la grande, la solennelle Prière liturgique, qui est essentielle à leur état canonial. De sorte que la nuit et le jour ils se réuniront devant leur Maître pour célébrer ses louanges. Liturgie grave, sobre, de haute valeur contemplative. Ils ajouteront encore ce qui est de l’essence de leur vocation apostolique, l’étude profonde, continuelle des sciences divines. Parce que celui qui a mission d’instruire les autres doit d’abord s’instruire soi-même. Et c’est pourquoi, l'Ordre des Prêcheurs sera, selon la prophétie d'Honorius II, un ordre de lumière, comme son Père fut un homme de lumière. Ces quatre principes constitutifs sont la base de l’ordre de Saint-Dominique. Ils le portent depuis sept siècles.

Graduel : « La bouche du juste annoncera la sagesse, sa langue publiera ce qui est selon la justice et ses pas ne seront pas chancelants.

Alleluia, Alleluia. Dominique, Père très bon, souvenez-vous de votre œuvre. Demeurez devant le Juge suprême pour intercéder en faveur de votre famille de pauvres ».

SÉQUENCE

Que dans la céleste hiérarchie, une nouvelle harmonie résonne sur un nouveau Cantique.

Que sur terre y réponde la mélodie de notrè chœur louant ensemble Dominique.

De l'Egypte, l’Auteur du Monde appelle (nouveau Moïse) lPhomme de sa volonté.

Sur la nacelle de la pauvreté

il passe le fleuve de la vanité

pour le salut des peuples.

Sous la forme d’un chien le Prêcheur du monde est montré à sa mère.

Portant dans sa gueule une torche enflammée, il pousse les peuples à la règle de l'amour.

C'est un nouveau législateur, c'est Elie, ardent de zèle, .

détestant le crime.

Il disperse les renards de Samson, et avec la trompette de Gédéon, il met en fuite les armées ennemies.

Encore vivant sur cette terre il fait sortir d’entre les morts un enfant et le rend vivant à sa mère.

D'un .signe de croix, il chasse la pluie, il nourrit une foule de frères d'un pain envoyé par la 3 bonté de Dieu.

Heureux celui qui remplit de joie toute l'Eglise en la comblant d’allégresse.

Il remplit l’univers de ses enfants et, enfin, il est placé parmi les saints.

Le grain est enfoncé sous terre, l’astre est caché dans l'ombre, Mais le Créateur de toutes choses Fait multiplier les ossements de Joseph, fait briller la lumière pour le salut des peuples.

Oh! Combien prouve la pureté de sa chair, le parfum, plus délicieux que toutes les odeurs, qui sort de son tombeau.

Les malades accourent et sont guéris, les aveugles, les boiteux sont rendus à la santé par la multitude de ses miracles.

Célébrons donc, à pleine voix les louanges du glorieux Dominique.

Crie pour demander son secours, en marchant sur ses traces, peuple indigent.

Et vous, Père miséricordienx, Père bon, Pasteur et Patron de ce troupeau, par une prière incessante, Recommandez, en tout temps à la cour du Souverain-roi la cause du troupeau que vous avez délaissé.

Evangile selon saint Matthieu, c. 5.

« En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa force, avec quoi salera-t-on ? Il ne sert plus à rien, il est bon à être jeté dehors et foulé aux pieds.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville placée sur - une montagne ne peut pas être cachée. On n’allume pas davantage une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la place sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu’ils voient vos

bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Ne croyez pas que je sois venu pour supprimer la loi ou les prophètes, je suis venu pour en réaliser la perfection. Je vous le dis en vérité : Jusqu'à ce que le ciel et la terre disparaissent, rien, pas même un iota ou un accent ne sera détruit dans la loi, tant que tout ne soit accompli. Donc celui qui violera le moindre des commandements et l’enseignera ainsi aux hommes, sera le plus petit dans le royaume des cieux. Mais celui qui accomplira et enseignera tout, sera grand dans le royaume des cieux. ÿ

Cette page qui, d'ordinaire, se lit pour les Docteurs, convient admirablement à saint Dominique personnellement, et à son ordre. Lumière du monde ïl le fut et son ordre le demeure.

Car, pour mettre sa signature au bas de la bulle d’'Honorius III, prédisant que les fils de Dominique seraient les vraies lumières du monde, Dieu a suscité parmi la foule de ses docteurs, le Docteur par excellence, saint Thomas d'Aquin. Il incarne en sa personne toute la Iumière dominicaine qui, par lui, est devenue la lumière de l'Eglise. De. telle sorte que Dominique sera maître de doctrine, dans le'monde entier, jusqu’à la fin des temps. C’est sa prédestination.

Offertoire : « Seigneur, vous avez réalisé les désirs de son cœur, vous avez exaucé la prière de ses lèvres : vous avez posé sur sa tête une couronne de pierres précieuses ».

Secrète : « Sanctifiez, Seigneur, les offrandes que nous vous consacrons, afin que, par les mérites du bienheureux Dominique, votre Confesseur, notre Père, elles soient utiles à notre guérison (spirituelle) ».

Communion : « Il fut le serviteur fidèle et sage, que le Seigneur mit à la tête de sa famille, pour lui donner en temps voulu tout le froment nécessaire ».

Positcommunion : « Accordez-nous, Dieu toutpuissant, que, défaillant sous le poids de nos fautes, nous soyons relevés par la protection du bienheureux Ponique, votre Confesseur, notre Père».

Quand le bienheureux Père allait mourir, il dit à ses fils, effondrés de douleur : « Ne pleurez pas, mes fils bien-aimés, que ma mort ne vous trouble pas. Au lieu où je vais, je vous serai plus utile que je ne le fus ici. Père, lui dit le Prieur de Bologne, souvenez-vous de nous devant le Seigneur ! Et lui, déjà absorbé en Dieu, levant les maïns, dit: Père Saint, vous savez que j'ai accompli joyeusement votre volonté et ceux que vous m'avez donnés, je les ai conservés. Je vous les recommande. Conser-’ vez-les, gardez-les ; pour moi, je viens à vous Pèrecéleste:>.

L’instant suprême approchait : « Commencez la recommandation de l’âme », dit Dominique au Prieur, et, à genoux autour de leur Père expirant, les Frères invoquaient les Anges et les Saints dont il allait partager la gloire : « Venez au devant de lui, Anges du Seigneur, prenez son âme et portez-la en présence du Très-Haut ».

À ces mots, les mains toujours levées au ciel, comme les tendant à son Père, Dominique rendit le dernier soupir. C'était le sixième d’aoûf 1221. Il avait cinquante et un ans.

Douze ans après, Grégoire IX, son ami, canonisait solennellement le Fondateur des Prêcheurs

glorifié devant les hommes par d’éclatants et nombreux miracles. Ses restes vénérés, retirés de l’humble sépulcre où ils avaient été déposés, reposent depuis lors dans un tombeau en marbre ‘blanc dont la pureté et la gracieuse harmonie des lignes redisent l'innocence sereine et la tendresse de cœur de celui qu’il honore.

Les Frères tremblaient, en voyant mourir leur Père, car la famille dominicaine était encore jeune, fragile, et ils se demandaient ce qu’allait devenir cette œuvre si belle. Dominique leur montre Dieu et les rassure. Où il va il gouvernera toujours son Ordre. Il en est le Maître- Général perpétuel. Et c’est pourquoi, confiant dans sa promesse, nous lui redisons depuis sept siècles cette belle et filiale prière: « O merveilleux espoir, que vous avez donné à l'heure de votre mort à ceux qui vous pleuraient ! En leur disant qu'après votre mort vous seriez utile aux Frères — accomplissez, Père, ce que vous avez dit, en nous secourant par vos prières. — Vous qui vous êtes tant illustré par des prodiges : en guérissant les malades, donnez-nous le secours du Christ et guérissez nos cœurs endoloris ». Dominique le fait depuis sept siècles, il dirige son ordre, il le soutient dans ses faiblesses, il l’excite dans ses élans, il l’illumine par sa doctrine, il vit en lui et toujours rayonne par lui, Il demeure dans l'Eglise l’homme de lumière et la force de sa voix résonne encore jusqu'aux extrémités de la terre. Il avait, dit sœur Cécile, une voix forte et sonnant bien. On l'entend toujours.

Sainte Marie-aux-Neiges.

MESSE : Gaudeamus, p. [25].

C'est la Dédicace de Sainte-Marie-Majeure, à Rome.

Qui connaît Rome, a admiré la merveilleuse basilique : sa colonnade majestueuse, son plafond à caissons doré avec le premier or venu d'Amérique, sa richesse de marbres, ses chapelles somptueuses. Elle est la principale église de Rome dédiée à la très sainte Vierge, d’où son nom de Sainte-Marie-Majeure ou la plus digne.

Son origine est miraculeuse. Elle date du pontificat du Pape Libère, au IV® siècle. À cette époque vivaient à Rome un’patricien, nommé

. Jean, et sa femme, qui privés d’enfants, eurent l’idée très pieuse de constituer la Mère de Dieu leur héritière. Mais comment savoir si elle acceptait l'héritage ? La bonne Mère, sensible à ce sentiment filial, leur apparut et leur dit: Vous me bâtirez une église sur la colline de Rome qui demain sera couverte de neige. C'était la nuit du 4 au 5 août qui jamais, à Rome, ne voit de neige. De son côté, le Pape Libère fut averti également par la sainte Vierge. Le 5 août, dès le matin, l’Esquilin était couvert de neige. Aucun doute n’était possible. La Mère de Dieu acceptait l'héritage. La basilique fut bâtie. Le Pape Libère la consacra en 352. Et c’est cette dédicace que l’on fête aujourd’hui. Elle s’appela d’abord la basilique Libérienne. Mais un précieux

La liturgie dominicaine. — VIII. 7

dépôt, celui de quelques morceaux de bois de la crèche où reposa Jésus, dans l’étable de Bethléem, lui fit donner le nom de Basilique Ad Presepe, ou à la crèche. Ces morceaux de bois sont placés dans une urne somptueuse de cristal, enchâssée dans des bas-reliefs en argent et surmontée d’un ravissant Enfant, les bras étendus. Le jour de Noël, cette urne est portée en procession et placée sur le Maïître-Autel.

En cette basilique repose le corps du saint Pontife Pie V. Il occupe une place d'honneur. dans la magnifique chapelle du Saint-Sacrement que. fit bâtir Sixte-Quint. Son tombeau y est également, mais Sixte-Quint a voulu être à genoux devant son saint Prédécesseur. En face, de l’autre côté, se trouve la chapelle Borghèse, riche de marbres précieux, où l’on vénère une image de la Vierge, sous le titre de Salus Populi Romani, Salut du peuple romain.

Tant de souvenirs se pressent dans cette basilique qu’on ne peut les redire tous. La Vierge Marie y est Souveraine, mais souveraine maternelle, douce à tous ceux qui l’implorent.

La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

MESSE

Introït : « Dieu, ils ont vu ton entrée, l’entrée de mon Dieu, de mon roi dans sa ville sainte. —

Vos éclairs ont illuminé la terre, la terre en fut ébranlée ».

Ce texte a rapport à la splendeur de la Transfiguration de Jésus. Son visage était resplendissant comme le soleil, ses vêtements blancs comme la neige. Tout est lumineux dans cette manifestation de la plaire de Jésus, Fils de Dieu fait homme.

Oraison : « Dieu qui avez confirmé les mystères de la foi, dans la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique par le témoignage des Prophètes et qui, par une voix tombée d’une nuée éclatante, avez merveilleusement annoncé ladoption parfaite de vos enfants, accordez avec bonté de nous faire les cohéritiers de ce Roi de gloire et de nous rendre participants de sa propre gloire ».

Epître du bienheureux Apôtre Pierre, II, c. 1.

« Très chers, ce n’est point en acceptant des fables ingénieuses que nous vous avons annoncé la puissance et la présence de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais bien après avoir contemplé sa Majesté. Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque, du milieu d’une nuée magnifique de gloire, est descendue cette voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais, écoutez-le. Cette voix, nous l’avons entendue nous-même, venant du ciel, quand nous étions avec lui sur la sainte Montagne. Nous avons d’ailleurs le témoignage plus ferme des prophètes, auquel vous devez vous appuyer, car il brille comme une lumière dans une nuit ténébreuse, jusqu’à ce que la lumière du jour éclate et que le soleil se lève dans vos cœurs. »

Nous sommes les témoins de Jésus, dit saint Pierre. Et notre témoignage concorde avec le témoignage des Prophètes, de ceux qui, inspirés de Dieu, ont annoncé la Passion et la gloire

du Messie. La gloire, nous l’avons vue à la Transfiguration, nous l’avons vue depuis la Résurrection, sa douloureuse Passion, hélas ! je ne l’ai que trop vue. Tout chrétien doit être par sa foi, par sa conduite un témoin de Jésus. C’est le poids du baptême. Un baptisé n’a pas le droit de vivre comme un païen. On doit voir en lui le Christ Jésus.

LE

Graduel : « Chantez le Seigneur, bénissez son Nom, publiez son salut. — Annoncez sa gloire parmi les peuples, ses merveilles dans toutes les nations.

Alleluia, Alleluia. I est la splendeur de la lumière éternelle, le miroir sans tache, l’image de la bonté de Dieu ».

Jésus est le visage lumineux de Dieu. On voit Dieu en lui, par lui. Si l’on veut connaître la beauté de Dieu, que l’on regarde Jésus. II dit tout de Dieu, qui rayonne par tout son être. Et par Jésus ce rayonnement de Dieu arrive jusqu’à nous, illumine notre intelligence, réchauffe notre. cœur.

Evangile selon saint Matthieu, €. 17.

« En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre et Jacques, et Jean, son frère ; il les conduisit à l'écart sur une montagne élevée, et il fut transfiguré devant eux. Son visage resplendissait comme le soleil, ses vêtements étaient blancs comme la neige. Et subitement Moïse et Elie leur apparurent, qui parlaient avec lui. Pierre dit à Jésus : Seigneur, il fait bon ici pour nous. Si vous le voulez nous ferons trois tentes : une pour vous, une pour Moïse ét une pour Elie. Il parlait encore quand une nuée lumineuse les ombragea. Et de la nuée sortit une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me complais, écoutez-le. En entendant cette voix, les disciples grandement effrayés, tombèrent la face contre terre. Jésus

s’approcha. d’eux, les toucha et leur dit: Levez-vous, ne craignez tien. Ouvrant les yeux, ils ne virent plus personne, sauf Jésus seul. En descendant de la montagne,

Jésus leur donna cet ordre : Ne révélez à personne cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. »

Pierre est toujours le même. Il va droit devant lui, sans trop réfléchir. Son cœur l’emporte. Il se sent bien sur la montagne. C’est beau ! Il contemple son Maître avec ravissement. Il reconnaît Moïse et Elie, tels que la tradition juive les dépeignait. Puisque l’on est si bien, il faut rester là. Raisonnement simpliste d’un bon cœur. Et après, quand Jésus dit de ne pas parler de cette vision, avant sa Résurrection, Pierre dut être dérouté et ne plus rien comprendre. Il comprit plus tard. Et avec lui nous comprenons que nous devons nous transfigurer avec Jésus. C'est la profonde doctrine de saint Paul. Un chrétien, enseveli avec le Christ par le baptême, doit ressusciter transfiguré comme lui et ne plus mourir jamais de la mort du péché. Notre transfiguration est lente, souvent douloureuse. Mais elle doit se faire quand même selon les décrets divins. Et nous n’entrerons dans le ciel qu'après notre transfiguration complète. Dans le ciel il n’y a que des transfigurés, c’est-à-dire des êtres en ressemblance parfaite avec Jésus, c’est là l'unique but final de notre vie. Et plus nous entrons dans cette vie, plus nous sommes dans la vérité visà-vis de Dieu et vis-à-vis de nous-mêmes.

Offertoire : « La gloire et la richesse sont dans sa maison. Sa sainteté demeure éternelle- - ment, Alleluia ».

Secrète : « Sanctifiez, Seigneur, par la glo-

rieuse Transfiguration de votre Fils les offrandes que nous vous présentons, et, par les splendeurs de sa lumière, purifiez en nous toutes les taches du péché ».

Le péché nous rend ténébreux. Il nous éloigne de la lumière divine et quiconque n’a plus sur soi la lumière divine devient ténébreux. Il entre dans l’ombre de la mort. S'il y reste, c’est fini, éternellement il sera ténébreux, sans lumière, sans espérance. La lumière, même au sens naturel, est principe de vie. La nuit sans jamais de retour à la lumière, est principe de mort.

C’est pourquoi il est dit de Dieu qu’il est lumière, car il est vie.

Communion : « Toutes les extrémités de la terre verront le salut de notre Dieu, Alleluia ».

Jésus se transfigure sur une haute montagne, comme pour se montrer à l'univers entier. De ce sommet, il rayonne sur toute la terre. Qui veut le voir, le peut. À tous il offre ce qu'il est, sa vérité et son amour.

Postcommunion : « Accordez-nous, Dieu toutpuissant, de comprendre par l'intelligence de notre esprit purifié les saints mystères de la Transfiguration de votre Fils, que nous célébrons avec solennité ».

Jésus se montre à tous, mais pour le voir, le comprendre et l’aimer, il faut d’abord purifier son cœur. Heureux jies cœurs purs, car ils verront Dieu ! Et si souvent nous ne comprenons pas, c’est que notre cœur n’est pas dégagé de la terre, de ses jouissances, de ses attaches, Plus on se dégage d’en bas, plus on voit en haut. N'oublions pas que, en ce jour, c’est également

la fête de saint Sixte, ce bienheureux martyr, titulaire du premier couvent établi à Rome par saint Dominique.

Là-bas, sur la Voie Appienne, avec sa tour élevée, vieillote, non loin de la porte Capène, se dresse encore le monastère de Dominique, qu’il confia à ses premières filles de Rome. Il aimait Sainte-Sixte et quand les Frères eurent pris possession de Sainte-Sabine, le bienheureux Père descendait souvent à Saint-Sixte par le sentier qui passe devant Sainte-Prisque et dévale jusqu’à la Voie Appienne. Il aimait tendrement ses filles. Il les instruisait, les formait à la vie nouvelle de son ordre, leur faisait ses confidences sur la sainte Prédication, sur le rôle réservé à ses filles dans ce ministère : rôle de prière, de pénitence, de sacrifice. Mais il voulait qu’elles fussent vraiment Prêcheresses, en participant à la lumière de l’ordre. Et c’est pourquoi, il leur faisait des conférences. Tous les membres d’un Ordre doivent vivre du même esprit. Esprit de lumière pour l’ordre de Saint Dominique, si précieuse pour nourrir la contemplation. Si on ne sait pas, on contemple le vide. Il faut savoir par l'étude et la lumière de l’Esprit-Saint. Alors la vie contemplative atteint son idéal. Je sais que lEsprit-Saint peut se passer de l'étude, mais ce n’est pas la voie moyenne des âmes, même les meilleures.

Saint-Sixte ! Doux et cher souvenir, avec tes vieux murs, ta vaste église dénudée, tes reliques saintes et ce parfum de vie qu'y a laissé saint Dominique, notre Père! —

Saint Gaétan,

Confesseur.

MESSE : Os justi, p. [18].

Oraison : « Dieu, qui avez accordé au bienheureux Gaétan, votre Confesseur, la grâce d’imiter la manière de vivre de vos apôtres, accordez-nous, par son intercession et son exemple, d’avoir toujours confiance en vous et de désirer seulement les biens célestes ».

Evangile selon saint Matthieu, c. 6.

« En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Personne ne peut servir deux maîtres, où bien il prendra l’un en haine et aimera l’autre, ou bien il obéira à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir Dieu et l'argent. Aussi, je vous dis : Ne soyez pas inquiets pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le couvrirez. L'âme ne vaut-elle pas mieux que la nourriture et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel, ‘ils ne Sèment ni ne moissonnent, ils n’entassent pas leurs récoltes dans des greniers et votre Père céleste les nourrit. Qui d'entre vous, ef y pensant, pourrait ajouter une coudée à sa taille ? Pourquoi être inquiet du vêtement ? Regardez les lis des champs, voyez comment ils poussent. Ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Et je vous assure que Salomon, dans toute sa magnificence, n'était pas vêtu comme l’un d’eux. Si donc l'herbe des champs qui vit aujourd’hui et demain est jetée au feu, est ainsi vêtue par Dieu, combien plus vous autres, hommes de peu de foi ? N'ayez donc aucune inquiétude, ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? Avec quoi nous vêtirons-

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