‹ La liturgie dominicaineChapitre 79 sur 178 · LE BIENHEUREUX BERTRAND DE GARRIGUE · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX BERTRAND DE GARRIGUE

ples, que nous gagnions aussi sa récompense ».

Bertrand est un des premiers compagnons de Dominique au pays de Toulouse. Il se mit à sa suite et s’efforça d’imiter en tout sa manière de vivre. Dominique était pour lui le modèle parfait. Il le regardait, il l’écoutait, il s’imprégnait de son esprit. Mais quelquefois il avaïit des retours sur lui-même qui le faisaient gémir et pleurer avec trop d’insistance sur ses fautes. Dominique estimait qu’il valait mieux penser aux autres qu’à soi-même et il le reprit en lui disant de pleurer plutôt sur les péchés des autres. Il l’aimait du reste et volontiers il le prenait pour compagnon de route. C’est ainsi que Bertrand fut le témoin de plusieurs miracles accomplis par le bienheureux Père. Il vivait avec lui familièrement. La fondation de l’ordre les sépara. Bertrand fut institué d’abord Prieur du premier couvent de Toülouse; puis, au moment de la dispersion du 15 août 1217, il partit pour Paris, avec le bienheureux Mannès et cinq autres religieux. Au Chapitre général de 1221, peu avant la mort de saint Dominique, Bertrand reçut la charge de Provincial de la province de Provence. II en est donc le fondateur. Sa haute vertu, son esprit apostolique, tout ce qu'il avait reçu de son contact journalier avec Dominique fit de cet homme modeste un religieux de grande sainteté. Il mourut vers 1230.

Avec lui, c’est Dominique que nous voyons, Dominique que nous entendons. Il-fait bon, après sept siècles, de remonter à la source de la vie dominicaine et de voir ce que pensaient, ce que disaient, comment agissaient nos premiers Pères. Sans doute, les milieux diffèrent, mais je crois que le sens évangélique est pour tous les milieux,

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si nous savons le comprendre comme nos premiers Pères le comprirent.

La Nativité de la Sainte Vierge.

MESSE : Gaudeamus, p. 40.

Evangile, p. 127

Oraison : « Dieu très bon, exaucez la supplication de vos serviteurs, afin que, réunis pour célébrer la naissance de la Mère de Dieu, toujours vierge, nous soyons délivrés, par son intercession, des dangers qui nous menacent >».

Jour de naissance, jour de joie ! Si tout ce qui naît à la vie, depuis la plante la plus humble jusqu’à l’être le plus haut, a quelque chose d’aimable, de gracieux, qu'il tient de sa fraîcheur et de sa fragilité même, combien fut aimable et gracieuse la naissance de l’Immaculée, de la Toute- Belle, de celle que de toute éternité, Dieu avait choisie pour devenir sa Mère. Sur ce berceau, dans la maison de Joachim et d'Anne, l’Auguste Trinité se penche avec tendresse. Elle ! Enfin, c’est elle ! Ce-n’est pas la lumière des rayons triomphants du soleil, mais c’est l'éclat doux, baigné de rosée, d’une aurore de mai. Elle annonce le lever splendide du Géant, le soleil de Justice. Et déjà, dans ce berceau, la bonté de Dieu se répand à profusion. Car c’est par cette

enfant, devenue mère de Jésus, le Fils de Dieu fait homme, que toute grâce se déversera sur le monde. Elle la donnera en la personne de son Fils, dans sa totalité, l'ayant reçue elle-même de lui, puis sur chacun de ses enfants, mère universelle, elle répandra ses bienfaits. C’est pourquoi ce jour est jour de liesse pour la terre entière, jour de liesse pour l’éternité. Maintenant que l'enfant est née qui doit donner Jésus au mondé, nous sommes sûrs de posséder enfin le Messie promis, le Sauveur du monde. Nous avons la Mère, nous aurons l'Enfant. Avec lui et par lui la mère, sa mère et la nôtre, nous assurera la joie éternelle. Mais il faut comprendre à fond que ce titre et cette fonction de mère en la sainte Vierge ne sont pas des choses d’imagination pieuse ou d’éloquence verbeuse. Titre et fonction sont des réalités :absolues, tellement absolues, par la libre volonté de Dieu, que nous ne pouvons même pas en pénétrer tout le sens profond. Marie, mère de Jésus, est réellement, à la lettre, plus que nous ne pouvons l’entendre, notre mère à nous, pauvres pécheurs. Et par conséquent, elle nous aime tous et chacun avec un cœur de mère. Et par conséquent encore nous pouvons et nous devons recourir à elle avec un cœur d'enfant, c’est-à-dire lui exposer tous nos besoins d'âme et de corps, comme un enfant le fait à sa mère. Ainsi, la dévotion à la sainte Vierge est profonde, convaincue, grave comme ce que nous appelons humainement /a piété filiale. Donc, en ce jour, fêtons notre vraie mère de tout notre cœur. Disons-lui notre joie de sa naissance, offrons-lui nos félicitations pour tout ce que Dieu lui a donné, unissons notre cœur à son cœur pour dire à Dieu avec elle : Merci !

La liturgi: dominicaine. — VIII. 12

Saint Nicolas de Tolentino, Confesseur.

LA MESSE

Introït « Le Seigneur a glorifié son serviteur, -il l'a exalté par une parole d'honneur. Car il a loué le Seigneur, de tout son cœur, et il a aimé le Dieu qui l’a créé. — Il est bon de glorifier le Seigneur, de chanter votre Nom, o Très- Haut ».

Oraison : « Accordez, Dieu tout-puissant, qué votre Eglise, glorifiée par les vertus et les miracles du bienheureux Nicolas, votre Confesseur, jouisse, par son intercession et ses mérites, d’une paix et d’une unité perpétuelles ».

Epître Spectaculum, p. 17 et ce qui suit.

Nicolas de Tolentino appartient à l'Ordre des Augustins. C’est un contemplatif, âme de vie intérieure, pour laquelle le monde avec ses misères paraissait ne pas exister. Il n’y pensait que pour prier le Seigneur de se souvenir de sa miséricorde pour les pécheurs. Mais lui, absorbé par la pensée de Dieu, dédaignait même les nécessités les plus urgentes de la nature humaine. Son jeûne était rude, continuel, son abstinence perpétuelle. Il paraissait vivre, sous l'influence

de l'Esprit-Saint, au-dessus de toutes les choses terrestres. Faveurs très privilégiées dont Dieu est le dispensateur, selon son bon plaisir. C’est lui qui forme les âmes à sa façon et se fait par ses propres dons, la louange qu’il désire.

Ce saint homme, peu connu du monde qu’il connaissait peu lui-même, mourut d'amour de Dieu. Souvent il répétait ces paroles de saint Paul : je désire mourir et aller au Christ |

Bien peu ont ce désir du Christ; bien peu aspirent à mourir pour le voir et le posséder. Notre foi chancelante ne va pas jusque-là, encore moins notre amour chétif. Laissons Dieu se choisir ses amis, et si nous n'avons pas le courage de les imiter, ayons au moins celui de reconnaître et d’avouer que ce sont eux qui sont dans la vérité.

LVIN 12 SEPTEMBRE

Le saint Nom de Marie.

Introït : «4 Les puissants de la terre imploreront vos regards. Des vierges seront amenées au roi pour marcher à sa suite. Les plus proches de lui vous seront présentées dans la joie et l’allégresse. — Mon cœur a besoin de chanter : au roi je consacre mes chants ».

Oraison : « Dieu qui avez voulu que vôtre Mère s’appelât Marie, faites, nous vous en prions,

que ceux qui implorent ce doux nom de Marie reçoivent le secours perpétuel de sa bénédiction ».

Marie ! C’est-à-dire la Souveraine. En effet, lhumble vierge Marie est souveraine. Après Dieu, le souverain absolu, aucune créature ne partage la haute et incommunicable dignité de Marie. Elle est la Mère de Dieu et nul ne peut aspirer à pareil titre. Souveraine de gloire, Souveraine de puissance, oui, mais avant tout, audessus de tout, Souveraine d'amour. On l’a appelée la Toute-Puissance suppliante. Et c’est bien là sa souveraineté ! Placée au plus près de ja souveraineté absolue de Dieu, Marie, elle, inférieure comme créature, a précisément dans sa faiblesse même toute puissance sur Dieu.

L'Amour est le grand vainqueur. Elle ie sait et c’est par l’amour qu’elle obtient tout de Dieu. C’est l'amour pour Dieu, c’est l'amour pour nous, pauvres créatures, qui met en ses mains toute la puissance de Dieu. Et c’est pourquoi, tous, puissants de la terre ou chétifs serviteurs, nous implorons les regards de notre mère. Quand Marie abaisse son doux, son bon regard sur nous, nous sommes sauvés.

Lecture du Livre de la Sagesse, Eccl., 24.

« Comme la vigne je répands la suavité de mon parfum Mes fleurs produisent l’honneur et la pureté, Je suis la mère de l’amour pur, de la crainte, de la lumière et de la sainte espérance.

En moi se trouve toute grâce de vérité et toute grâce pour l’atteindre ; en moi, toute espérance de vie et de force.

Vous tous, qui me désirez, venez à moi, je vous remplirai de mes fruits Mon esprit est plus doux que le miel, et ma possession au-dessus du miel et de ses rayons. La mémoire de mon nom durera pendant tous les siècles.

Ceux qui se nourrissent de moi ont encore faim, et ceux qui me boivent ont encore soif, Celui qui m’écoute

n'a point à craindre de confusion ; celui qui travaille avec moi, ne péchera point. Ceux qui me font connaître, posséderont la vie éternelle, »

Ce texte s'applique d’abord à la divine sagesse, mais chaque mot a un sens propre à la Mère de Dieu. Elle est la vigne qui répand la suavité de son parfum. Elle est la mère de l'amour chaste qui conduit à Dieu, qui le fait révérer, même en l’aimant, avec crainte, qui donne la grande espérance, l'espérance de la joie éternelle de Dieu lui-même. C’est la Mère de Dieu qui nous montre la route pour arriver à la vérité, qui nous donne la force pour briser les obstacles. Elle est plus douce que le miel, l’humble vierge Marie ; qui la prie sent en, son cœur la suavité de cette douceur. Avec elle, on n’est jamais rassasié de connaître et d’aimer Dieu, car avec elle on comprerid que ce que l’on connaît est peu de chose vis-à-vis de ce qui reste à connaître, peu de chose l’amour que l’on a, devant la profondeur infinie de l’amour de Dieu. Et sous sa maternelle direction, l’âme éclairée, illuminée, embrasée, marche pour avoir une lumière plus grande, un amour plus ardent.

Graduel : « Vous êtes bénie, vous êtes vénérable, Vierge Marie, vous qui, en gardant intacte votre virginité, êtes devenue la mère du Sauveur. — Vierge, Mère de Dieu, celui que le monde entier ne peut contenir, s’est enfermé, devenu homme, dans votre sein.

Alleluia, Alleluia. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, vous êtes l’honneur de notre peuple ».

L’humble vierge Marie est la plus noble créature humaine. Elle est le chef-d'œuvre de l’humanité. C’est elle qui est la plus proche de Dieu. De sorte que, en elle, la création atteint sa suprême perfection. Dieu aurait pu réaliser dans les êtres supérieurs, dans les anges, cette perfection suprème, la réaliser par en haut. II ne l’a pas fait. Il la réalise par en bas. Et tous les êtres créés, matériels, vivants, spirituels, comme concrétisés en l’humble vierge Marie, sont, en elle, la plus grande louange à la bonté divine. Au-dessus d’elle, qui n’est que simple créature, il n’y a que le Fils de Dieu. Son fils aussi à elle, fait homme, par qui elle-même, et en elle toutes les créatures font passer cette suprême louange. Car c’est lui le chef, le chef unique auquel Marie, et toutes les créatures sont rattachées comme ses membres. Ainsi l'unité de louange à Dieu dans tous les êtres est parfaite.

Evangile selon saint Luc, €. 1.

«.En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une vierge, fiancée à un homme, dont le. nom était Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie. En entrant auprès d’elle, l’Ange dit : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, En entendant ces paroles, elle fut troublée et elle se demandait ce que signifiait ce salut. Et l’Ange lui dit: Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un Fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Et il régnera dans la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin.

Marie dit alors à l’Ange : Comment cette chose pourra-t-elle se faire, puisque je ne connais point d'homme ?.

Et l’'Ange lui répondit : L’Esprit-Saint descendra en vous et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre, C’est pourquoi ce qui naîtra saint de vous, sera appelé le Fils de Dieu. Voici, du reste, qu’Elisabeth, votre parente, a conçu elle-même un fils dans sa vieillesse. Elle est à son sixième mois, elle que l’on disait stérile ; car

rien n’est impossible à Dieu. Et Marie dit: Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. »

Offertoire : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de votre sein est béni ».

Un Ange prononce, le premier, pour nous, le nom de Marie, comme le premier, il prononce le nom de Jésus. C’est que, si Jésus est notre Sauveur, il est aussi le Seigneur des anges et même, pour certains, leur Sauveur éga'ement, en ce sens que la grâce qui préserva Michel et ses anges de la chute, aurait été méritée, elle aussi, par la Croix de Jésus. Et Marie de son côté, par sa dignité de Mère de Dieu, est souveraine des Anges. Il convenait donc que les Esprits angéliques fussent les premiers à saluer Marie comme Jésus. Tous, au ciel, les anges et les hommes ont la même Souveraine.

Secrète : « Par votre miséricorde, et par l’intercession de la bienheureuse Marie, toujours vierge, faites que l’offrande de ce sacrifice produise en nous la prospérité et la paix, pour le présent et pour l'éternité ».

Communion : « Heureux le sein de la Vierge Marie, qui a porté le Fils du Père éternel ».

Postcommunion : « Seigneur, après avoir participé aux sacrements, sources de notre salut,

Mia,

nous vous demandons d’être protégés partout et toujours par le secours de la bienheureuse Vierge Marie, en l’honneur de laquelle nous avons offert ce sacrifice à votre majesté ».

Cette fête du saint Nom de Marie célébrée déjà en certains endroits, fut imposée à toute l'Eglise par le Pape Innocent XI, pour remercier la très sainte Vierge Marie de la victoire remportée par les armées chrétiennes sur les Turcs, sous les murs de Vienne, en 1683.

C'est donc une fête d'action de grâces à la bonté protectrice de la Mère de Dieu. Ne cessons pas de la remercier, pour qu’elle ne cesse pas de nous protéger.

L’Exaltation de la Sainte Croix.

Cette fête a un double sens. Elle solennise d'abord l’Exaltation de la croix quand Jésus cloué atrocement sur ce gibet par les pieds et les mains fut élevé, exalté, entre la terre et ie ciel. Moment unique dans l’histoire du monde, dans l’œuvre surtout du salut des âmes. Tout le ciel était présent et regardait. Le Crucifié apparaissait pour la première fois dans l’horreur de son supplice et la majesté de son amour.

C’est lui! Regardons-le bien. Il est entre la terre et le ciel, pour relier les deux, faire l’éternelle union. Il étend ses bras comme à l'infini, pour embrasser le monde entier. « Quand je

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