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LE SAINT ROSAIRE

Fête dominicaine par excellence. Dominicaine, parce que de nombreux témoignages, d’origine et de forme diverses, que je ne puis étudier ici, font remonter authentiquement l'institution du Rosaire à saint Dominique, comme son développement à ses fils, dans l’ordre et en dehors de l'ordre dès le XIII° siècle.

Dominicaine, parce que, au XV® siècle, sous l'inspiration du bienheureux Alain de la Roche et d’autres Frères Prêcheurs, le Rosaire se propagea merveilleusement dans l'Eglise, établit des confréries sans nombre et devint la dévotion la - plus populaire et la plus fructueuse à la sainte Vierge.

Pour ce double motif, le Rosaire est officiellement le patrimoine de l’ordre. C’est l’ordre qui en a la suprême direction.

Qu'est-ce donc le Rosaire ? Le Rosaire est une manière particulière de prier la sainte Vierge. Elle consiste à réciter dix Ave Maria, que l’on fait précéder d’un Pater et suivre d’un Gloria Patri. Mais le nombre des dizaines d’Ave Maria, pour que le Rosaire soit complet, est de quinze, de manière à ce que l’on récite en tout cent cinquante Ave Maria. Ce nombre est celui des Psaumes, et c’est pourquoi le nom primitif du Rosaire était le Psautier de Marie. Le nom plus

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poétique de Rosaire lui vint de ce que, en récitant ainsi à la sainte Vierge cent cinquante Ave Maria, on les compara à cent cinquante roses effeuillées à ses pieds. [1 prévalut dans la dévotion des fidèles, par la gracieuseté aimable de son symbole, qui répond si délicieusement au sourire, le plus beau de tous les sourires, de la Mère de Dieu.

Mais à cette prière vocale, le Rosaire joint, de façon nécessaire, le rappel et la méditation des mystères les plus grands de la foi. Il suit la bonté de Dieu, s’inclinant vers l’humanité, depuis la joie de la descente du Fils de Dieu : son incarnation, Sa naissance, sa vie à Nazareth, jusqu’à sa douloureuse Passion qu’il vénère à chaque pas, de l’agonie à la mort du Sauveur sur la Croix, pour ressusciter glorieusement avec lui et terminer sa course au couronnement de la Mère de Dieu dans le ciel.

De sorte que, par le rappel et la pensée de ces mystères de la foi, le Rosaire est un catéchisme vivant. Il enseigne, il prêche, il instruit. C’est bien le rôle de l’ordre de Saint-Dominique. Et l’on comprend que la sainte Vierge lui ait confié l'institution et la direction de cet apostolat de tous les instants. Apostolat pour les savants comme pour les ignorants. Car en récitant son Rosaire, chacun se rappelle toute la bonté de Dieu pour nous, tous les détails de cette bonté, tous les faits principaux de la vie, de la mort et de la résurrection du Sauveur. Le Rosaire est ainsi une prédication incessante qui éclaire l'esprit et réchauffe le cœur.

Il est de plus, par l'établissement des confréries, une société universelle de secours mutuel pour la sanctification de tous les membres

des confréries. Car, chaque associé du Rosaire participe, par le fait même de son inscription, à toutes les prières des confréries répandues dans le monde entier. C’est un lien de divine charité qui relie entre eux tous les confrères. On n’est pas isolé dans sa récitation du Rosaire. On effeuille ses roses avec tous les confrères aux pieds de la sainte Vierge. Et certainement ce sens de charité fraternelle incline avec plus de bonté la Mère de Dieu sur nos pauvre misères.

A tous ces points de vue, le Rosaire occupe dans l'Eglise une place unique, la première, comme dévotion à la sainte Vierge. Sa vitalité même est une preuve qu’il possède en lui la force de Dieu.

De nos jours la sainte Vierge a voulu consacrer elle-même, signer. de ses propres mains cette dévotion. Quand elle apparut à Lourdes aux yeux émerveillés de Bernadette, la Vierge Immaculée portait un rosaire à sa ceinture. Elle ne dédaigna point d'apprendre à Bernadette la manière de bien dire le Rosaire. C'était rappeler au peuple chrétien que le Rosaire lui demeurait cher et l’inviter à en continuer la pratique bienfaisante.

La fête du saint Rosaire nous rappelle précisément un des plus grands bienfaits de la Sainte Vierge. Chacun sait que les Turcs, rendus insolents par leurs victoires sur Îles chrétiens, tentèrent un suprême éffort en 1571, pour établir leur domination sur les chrétientés d’occident, La menace s’annonçait terrifiante. Mais, sur le siège de saint Pierre il y avait un homme qui n'avait jamais reculé devant aucun ennemi. C'était saint Pie V, de l'Ordre de Saint-Domi-

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nique. Il rassembla une flotte considérable mais bien inférieure à celle des Turcs et, confiant dans le secours de la sainte Vierge, il les attaqua. La rencontre eut lieu, en cette année 1571, le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. C'était le premier dimanche d'octobre. Or tous les premiers dimanches du mois, les confréries du Rosaire font une procession solennelle. La coïncidence était merveilleuse. Pie V se trouvait à Rome, au palais du Vatican, pendant la bataille. Il priaîit de toute son âme, comme prient les saints. Subitement il se lève, ouvre la fenêtre, regarde dans le lointain comme s'il voyait quelque chose d’extraordinaire, puis, joyeux, il se retourne vers ses familiers et leur dit: Nous sommes vainqueurs, les Turcs sont anéantis. C'était vrai, l'armée chrétienne avait abattu pour toujours l’orgueil des Turcs.

En souvenir de cet événement, qui parut à tous un prodige, Pie V institua, pour le 7 octobre, la fête de Notre-Dame de la Victoire. Puis, Grégoire XIII établit la fête solennelle du Rosaire, le premier dimanche du mois. Aujourd’hui le Rosaire se solennise le 7 octobre, jour anniver-. saire de la victoire de Lépante. Mais pour faciliter aux fidèles le moyen de célébrer ce glorieux souvenir et de remercier Notre-Dame du saint Rosaire, la solennité extérieure a lieu comme toujours le premier dimanche d'octobre.

LA MESSE

Introït : « Réjouissons-nous dans le Seigneur, en célébrant ce jour de fête à l’honneur de !a bienheureuse Vierge Marie dont la solennité réjouit les anges et leur fait louer ensemble

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