‹ La Lizardière [microforme]Chapitre 37 sur 40 · DS · texte numérisé non relu

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tête, prétexte banal à s’esquiver. De son côté, Pierre, le cœur très gros, n’éprouvait pas le moindre appétit. 11 toucha à peine du bout des dents aux plats que lui présenta Mariette. La servante comprit que quelque chose d’insolite était survenu. Mais elle était discrète et réservée. Elle se donna donc bien de gar’ > d’envenimer par d’importunes questions la piaie qu’elle devinait au cœur des deux amoureux. A part elle et grâce à l’expérience, la bonne femme se disait :

— Bah ! ce n’est là qu’un nuage. (Ça fera les yeux de Vénie plus clairs et le rire de Pierre plus “éclatant, quand la petite aura pleuré un peu et que le garçon aura soupiré à son &ise.

En la circonstance, pourtant, il :ui sembla que ce nuage était de trop longue durée, surtout quand elle vit que la jeune fille ne sortait point de sa chambre, et que, loin de s’en mettre en peine, l’enseigne gardait son attitude lasse et son front assombri.

Sans doute la solitude dut peser à celui-ci, Car, au bout de quelques minutes de ce mutisme, il entra dans la chambre de sa mère.

Ne lui devait-il pas le récit de son entrevue avec Vénie et du résultat qu’il avait obtenu ?

Elle l’attendait, impatiente,

— Eh bien ! questionna-t-elle avidement.

— Eh bien ! c’est fait, mère, je lui ai parlé.

— Alors, elle sait... tout !

— Elle sait. tout.

La malade se couvrit le visage.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! Que doit-elle penser de moi ? “

Pierre fit sa voix aussi douce qu’il le put.

— Mère, Vénie sait tout. ce qu’elle devait savoir. Elle sait que cette maison est à elle, que tu as trouvé sur elle d’autre argent que celui

dont tu t'es servie pour l’élever, mais que cet argent, tu l’avais réservé pour lui en faire la surprise le jour où elle aurait à choisir un mari.

La vieille femme jeta un cri de joie.

— Merci, Pierre ; merci, mon fils. Tu as fait de ma faute presque une bonne action. Tu m’as épargné d’avoir honte devant elle, Que le bon Dieu te bénisse, puisque ta pauvre mère ne peut te rendre ce bienfait.

Il s’agenouilla az chevet sous cette bénédiction.

— Je n’ai fait que mon devoir, maman. Tu ne me dois rien, et puisque cela te rend heureuse, j'ecquitte en partie la dette de mon amour envers toi.

Alors la malade posa d’autres questions.

— Et elle, Vénie, commert a-t-elle pris la chose ?

— Comme elle pouvait la prendre, pauvre chère enfant ! Elle à pleuré, elle m’a reproché de la méconnaître, elle m’a répété que tout ce qui est à elle est à nous, et que je n’avais pas besoin de lui apprendre tout cela. |

— Chère petite ! Et qu’as-tu répondu ?

— Ce que je devais répondre, ma mère ; que lorsque, ce matin, j'avais accepté son amour, j'ignorais tout cela moi-même ; mais que, maintenant, je ne pouvais m’en tenir à une promesge de cette nature, et qu’en conséquence je la priais de réfléchir, sans se croire engagée un seul moment par sa parole ou par la reconnaissance.

— Et, à présent, que fait-elle, où est-elle ?

— Elle s’est plainte de souffrir de la tête ; elle est rentrée dans sa chambre.

— Quoi ! sans m’embrasser, sans me dire bonsoir ?

Pierre voulut atténuer la chose.

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