‹ La Lobite Supérieure Droite TuberculeuseChapitre 6 sur 63 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le terme de lobite a été créé par notre Maître, M. le P' Léon BERNARD pour désigner l'atteinte de tout un lobe pulmonaire par le processus tuberculeux. -

Dès 1921, dans une communication en collaboration avec MM. Risr et MainGor, il exposait sa conception de la lobite supérieure droite, « détermination qui aboutit souvent à la formation d’une caverne, laquelle apparaît

aux rayons comme appendue à la clavicule, et semble.

parfois comme emmurée en bas par une bande de sclérose interlobaire ». (1)

Mais c’est surtout à la suite d’un travail sur « la lobite supérieure droite, localisation de tuberculose pulmonaire » (2) publié, en 1923, avec son interne L. BÉ-

(4) Léon Bernarp, Risr et Maincor. — La localisation initiale de la tuberculose propagée d’un poumon à l’autre (Section d’études scientifiques de l’œuvre de la Tuberculose, séance du 10 décembre 1921).

(2) Léon Bernarp et L. Béraoux. — La lobite supérieure droite, localisation de tuberculose pulmonaire (Revue de la Tuberculose, septembre 1923). ) 2

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THOUX, que ce terme entre définitivement dans la nomenclature médicale. Dans ce mémoire, les auteurs attiraient l'attention sur cette localisation spéciale de la tuberculose, dont le diagnostic n’est possible qu'avec l’aide des rayons X et qui n’atteint qu'un seul lobe mais l’atteint tout entier. Ils se demandaient s’il ne s'agissait pas là d’une forme particulière et concluaient à sa nature scléreuse et à son évolution généralement bénigne.

Déjà, quelques moisauparavant, HEINRICH RENNEBAUM étudiait, en Allemagne, la tuberculose confluente pneumonique exsudative du lobe supérieur droit (1). Il en faisait une forme spéciale, caractérisée au point de vue anatomo-pathologique par la formation d’un tissu de sclérose qui entourerait le lobule pulmonaire à la façon dont est entouré le lobule hépatique dans la cirrhose de Laënnec, d’où le terme de tuberculose cirrhotique (cirrotische Tuberkulose) correspondant cliniquement à une évolution bénigne et à un pronostic généralement favorable. Mais les clichés qui illustrent ce travail montrent que RENNEBAUM a étudié des processus tuberculeux à localisation lobaire, des scissurites ou des périscissurites, mais qu’il n’a pas envisagé l'atteinte totale du lobe : la lobite. |

En novembre suivant, M. le P' SERGENT fait, avec ses élèves H. Duranp et P. CoTTENOT une communication à la section d’études scientifiques de l’œuvre de la Tuber-

(1) ReNNeBauM — Beitrag zur Entwicklung und den Verlang der exsudativ-pneumonischen Lungentuberkulose im rechten Oberlappen (Beitrage zur Klinik der Tuberkulose, mars 1923).

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culose sur « la localisation lobaire supérieure de la tu- berculose pulmonaire ». Il signale qu'avant le mémoire de MM. LÉoN BEerNaRDp et Béraoux, il a, luimême, employé le terme de lobite pour désigner des localisations tuberculeuses lobaires à délimitation scissurale. « Le rapprochement entre les signes cliniques, les images radiologiques et les pièces anatomiques, dit-il, nous avait conduits à employer ce même terme de lobite » ; il se déclare « heureux d’apporter les constatations anatomo-pathologiques qui manquaient au mémoire de MM. L. BerxaRp et L. BÉTHoUx ».

Puis dans le numéro de Paris-Médical de janvier 1924, MM. SERGENT et DurAND, rappelant le travail qu’ils ont déjà publié sur ce sujet (1), étudient les localisations lobaires qui peuvent n’atteindre que la région juxtascissurale ou bien s'étendre à la totalité du lobe en respectant l’intégrité absolue du lobe adjacent. Leur conclusion montre l'intérêt que présentent ces lésions qui peuvent, un certain temps, rester localisées.

Quelques mois plus tard, L. BÉraoux expose, dans sa thèse, les résultats des travaux qu’il a poursuivis dans le service de M. le P' Léon BERNARD (2). Il considère la lobite supérieure comme une véritable individualité pathologique. Outre son image radiologique, il lui attribue une symptomatologie partfeulière, des carac: tères-anatomo-pathologiques qui rappellent ceux signa-

(4) SerGenr et Duranp. — Les localisations périscissurales de la tuberculosé pulmonaire (Bulletin Médical, 10 octobre 1923). (2) L. Réraoux. — La lobite supérieure, localisation de tuberculose

pulmonaire (Thèse de Paris, 1924).

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lés par RENNEBAUM, une étiologie et une pathogénie spéciales qui seraient celles d’une tuberculose évoluant à bas bruit depuis l'adolescence, parfois depuis l’enfance, sur un terrain particulièrement disposé à se dé- . fendre par la sclérose, el il conclut que cette tendance fibreuse fait de la lobite supérieure une forme de tuberculose à évolution favorable et à pronostic relativement bénin. |

Dans la même année, paraît la thèse de P. Arts, inspirée par M. SERGENT, où se trouvent confondues les tuberculoses de processus pneumonique, à localisation lobaire, et la lobite telle qu’elle a été individualisée par MM. Léon BEerNaRD et BÉTHoux. ARIS indique, lui aussi, que la localisation lobaire ne peut être diagnostiquée qu'au moyen de l’exploration radiologique et considère son évolution comme voisine de celle des formes ulcérecaséeuses de la phtisie commune.

Ce travail semble le premier terme d’une série d’études que fera, sur les tuberculoses lobaires, M. Ser- GENT, d’abord dans une conférence à l'Hôpital de la Charité, puis, dans des articles publiés en France et en Argentine, soit seul, soit avec P. Arts, et dont les conclusions peuvent se résumer ainsi : la lobite n’est que l’une des variétés des tuberculoses lobaires qui, elles-. mêmes, représentent, presque toujours, une forme pneumonique de la tuberculose. :

Mais dans sa thèse, faite en 1926, dans le service du Pr Léon BERNARD, Mile LAMBERT de Cursay confirme les conclusions de BÉTHoUx.

La célébration, le 16 décembre 1926, du Centenaire

de la Société Anatomique, est l'occasion d’une nouvelle discussion sur les tuberculoses lobaires où MM. See- GENT et Duranp considèrent encore les lobites comme un cas particulier de la localisation lobaire, localisation qui peut affecter toutes les formes anatomopathologiques. M. SERGENT estime que l’existence d’une localisation spéciale de la tuberculose, que MM. LÉoN BerNarp et Bétaoux ont voulu établir uniquement sur des constatations radiologiques, si intéressantes soientelles, n’a pas reçu la confirmation d'examens nécropsiques.

On va d’ailleurs préciser, dans des travaux successifs, que la lobite n’est pas une formation particulière au lobe supérieur droit, mais qu’elle peut aussi se constituer dans les autres lobes pulmonaires.

MM. SERGENT et Oury étudient, en effet, la lobite moyenne à laquelle ils reconnaissent deux formes anatomo-pathologiques, la forme pneumonique et la forme fibro caséeuse et montrent les difficultés très grandes du diagnostic entre les lobites moyennes et les pleurésies interlobaires.

Puis, en août 1928, dans la « Revue de la Tuberculose » MM. SerGenr et Tocrescu font une étude des foyers juxta-scissuraux gauches. Ils pensent que la lobite supérieure gauche est presque aussi fréquente que la lobite supérieure droite et que, si les auteurs antérieurs n’ont pas été de cet avis, c’est qu’ils n’ont pas cherché, avec suffisamment de soins, la délimitation scissurale à gauche, beaucoup plus difficile à mettre en évidence de ce côté qu’à droite, en raison de la disposition ana:

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fomique des lobes, sensiblement antérieur et posté: rieur.

D'ailleurs, quelques mois après, dans la « Presse Mé:dicale », TociLEscu reprend, au sujet de la lobite tuberculeuse gauche, les observations qu'il a déjà formulées avec M. SERGENT. Il expose que la lobite gauche revêt, le plus souvent, une forme pneumonique survenant en pleine santé, tandis que, plus rarement, elle affecte un début lént et insidieux. Pathogéniquement, Tocilescu pense que la lobite n’est, en général, que l'extension, à la faveur de poussées pneumoniques, d’une lésion tuberculeuse primitivement juxta-scissurale. Toutefois, la lobite prendrait, peu souvent, le type aigu, rapidement mortel ; elle pourrait rester longtemps cantonnée à un seul lobe et évoluer vers la guérison par sclérose ; mais, plus fréquemment, elle s’étendrait au lobe adijacent et au côté opposé.

Cependant, au Congrès des Médecins de langue française à Québec, en 1929, M. Risr, à son tour, montre, en étlayant son opinion d'observations typiques, comment la tuberculose pulmonaire de l'adulte débute souvent sous la forme d’une pneumonie tuberculeuse pouvant atteindre, d'emblée, la totalité d’un lobe. Il rappelle, à ce propos, ses travaux de 1916 et ceux, plus récents, de 1922, dans lesquels il a déjà montré, en collaboration avec M. P. Ameuice, le début lobaire, pneumonique de la tuberculose pulmonaire de l’adulte, Il considère donc les lobites, totales ou partielles, comme des tuberculoses pneumoniques typiques qu’il oppose aux tuberculoses nodulaires discrètes du sommet...

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Tandis qu'il représente ces tuberculoses nodulaireé comme des formes torpides, tendant à la cicatrisation Spontanée, ou n'évoluant vers l’excavation qu'avec une extrême lenteur, il voit, au contraire, dans les lobites, l'entrée en matière de la phtisie commune progressive qui, si elle n’est pas jugulée au plus vite par la collapsothérapie, aboutit rapidement à la mort.

Mais dans un nouveau mémoire (1), M. LÉON BERNARD s'élève avec force contre l’abus du terme de lobite appliqué aux localisations ‘lobaires les plus banales et qui fait perdre de vue les faits auxquels il s’appliquait primitivement. Reprenant alors l’étude de cette formation, il confirme les résultats déjà publiés avec L. Bé- THOUX : plus grande fréquence de la lobite supérieure droite que de la lobite supérieure gauche, début le plus souvent insidieux, bénignité fréquente du pronostic.

Enfin, dans son livre sur « Les débuts et les arrêts de la tuberculose pulmonaire » (2) M. Léon BERNARD consacre un chapitre aux « débuts par lobite » où il main-

tient ses conclusions antérieures, et précise, une fois

encore, que pour se pénétrer de l'intérêt de la lobite, il ne faut pas appliquer ce terme à toutes les localisations lobaires, mais le réserver aux faits pour lesquels il a été créé.

(1) Léon Bernarp. — La lobite supérieure droite et les lobites tubetculeuses (Sud Médical et Chirurgical, 15 septembre 1929).

2) LÉoN Bernarp. — Les débuts et les arrêts de la tuberculose pulmonaire. Masson, édit 1931.

Nous apportons, à notre tour, une contribution à l'étude de cette localisation tuberculeuse, en la limitant, toutefois, à la lobite supérieure droite parce qu’elle constitue le type même de l'affection, celle dont l’image particulière s'impose, sur l'écran, à l'esprit le moins

averti.

Aux observations qui appartiennent au service de notre Maître, M. le P' LÉON BERNARD, et qui représentent des cassuivis, pour la plupart, par nous-même à l'Hôpital Laënnec et au Dispensaire Léon Bourgeois, nous en avons joint dix-neuf qui concernent des malades que nous avons examinés aux sanatoriums de Villiers-sur- Marne grâce à la bienveillance de M. le D' CHapuis, médecin-directeur, et des médecins-adjoints et quatre qui nous ont été aimablement communiquées par le D' EscaBacx, de Bourges. à

Ce sont les résultats de cette étude que nous nous proposons d'exposer.

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