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DÉPLAGEMENT DE L'INDUSTRIE

accélérer ; il plonge ses racines dans un passé lointain et c’est par là qu'il appartient à notre étude. On le voit apparaître à l'origine même des villes ; puis il disparat presque complètement pour reparaitre ensuite à nouveau sous une forme et avec des caractères tout différents. La formation des industries périphériques apparait alors comme un retour apparent à l’état premier de la ville ; mais on va voir que c’est en réalité quelque chose de tout autre.

En effet, tandis que l'établissement industriel primitif s'était constitué directement et globalement comme organe périphérique, et par suite possédait toujours ce caractère d’une facon en quelque sorte absolue, le déplacement d’une industrie du centre de la ville vers sa périphérie peut passer par des états différents, et présenter des degrés assez nombreux. Les statistiques modernes nous permettraient, si notre étude s’adressait aux faits présents, de déterminer avec quelque précision ces divers états, à l’aide de signes indirects ou «indices». Le rapport entre le nombre des établissements d’une industrie dans la ville et dans sa banlieue est le plus simple de ces indices statistiques (1) ; le degré atteint par le mouvement centrifuge s’y exprime avec une suffisante certitude. Le rapport entre la population industrielle de la ville et de sa banlieue, ou des quartiers cen-

1. On le trouve employé par exemple dans les Recherches statistiques sur la ville de Paris de Joseph Fourier; v. surtout année 1826, tableaux 98 et suivants. On y voit qu'il y avait 35 verreries à Paris contre 10 dans le département de la Seine). Dans celles de 1829 (tableau 118) les éventails occupent 1000 élablissements à Paris contre 1200 dans le département de l'Oise, effectuant seulement certaines opérations,

traux et des quartiers périphériques, est déjà un indice beaucoup plus imparfait (1) ;la proportion des maisons servant à une utilisation industrielle au nombre total des maisons dans chaque quartier et dans les faubourgs est peut-être encore le signe le plus sûr (2).

Mais les documents historiques nous permettent de percevoir directement les divers états par où passe le phénomène. C’est d’abord le simple transport des industries aux limites de la ville (3), mais à l’intérieur même de celle-ci ; puis leur émigration vers les faubourgs (4) ; enfin, à un stade plus élevé, la fonction industrielle est sortie complètement de la ville qui en reste

seulement le centre commercial (5). Dans ce dernier

1. C’est le critère employé à Berlin. (Statistisches Jahrbuch der Stadt Berlin, pour 1904, p. 24-25).

2. On trouvera une bonne étude de ce dernier fait dans Die Wohnungsenquete in der Stadt Bernd, 1900, pour trois zones concentriques. Il en ressort ce fait qne la proportion des maisons d'habitation aux locaux industriels diminue régulièrement du centre à la périphérie ; elle est dans les trois zones de 85, 68 et 61 0/0 (p. 18-19).

3. V. Martoux. La Révolution industrielle, p. 369 : anciennes villes de fabrique en Angleterre, entourées d’une ceinture d'habitations de plaisance.

4. À Athènes déjà l’activité industrielle des faubourgs était considérable. — V. Wachsmuth. Die Stadt Athen im Altertum, H, 258 (dème externe de Kerameïkos). Nous avons déjà noté pour Paris l'ancienneté des industries (tanneries,"etc.) du faubourg Saint-Marceau, qui au xvrn* siècle prirent un grand développement (Savary. Dictionnaire du commerce, I, 2 : manufactures de draps. de bas à l'aiguille, de couvertures, de cuirs). Dès 1527 on y trouve une puissante communauté d'ouvriers en tricot. — (G. Martin. La grande industrie sous le règne de Louis XIV, p. 170). Au xvn° siècle aussi le faubourg Saint-Antoine devint un centre industriel très important: — V. Sauvai. Antiquités de Paris, I, 505 (verreries). — De Boislisle. Mémoire de la généralité de Paris, p. 337, 614, 619, 654 (draps, chapeaux, porcelaines, faïences, cuirs, etc.). — Expilly. Dictionnaire géogr. des Gaules, V, 413, 4x4.

9. C’est ce qui fut réalisé à Manchester dès le dernier tiers du xix siècle. Schulze-Gævernitz, La grande industrie, P- 109.

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