I. LE TYPE INDIFFERENCIÉ
tue ainsi un embryon de ville. Chez les Eskimos le rythme de concentration et de dispersion est régulier ; l'été la société vit dispersée; l'hiver elle est concentrée et iorme alors des agglomérations parfois considérables (1). Dans des sociétés plus fixées, de véritables villes, désertes en temps de paix, servent de refuges périodiques en temps de guerre ; les nomades eux-mêmes s'y concentrent avec leurs troupeaux ; la plupart de ces refuges, donnant asile à des tribus entières (2), c'est-à-dire à des sociétés complexes, formées de clans, constituent nécessairement des villes, à l’intérieur desquelles se reforme une sorte de réduction de la vie nomade du dehors. Le resserrement temporaire de la société laisse intacts son organisation (3) et son fonctionnement, et le nomadisme se perpélue à l’intérieur même de la ville (4).
Mais c'est dans des sociétés sédentaires et agricoles que ce phénomène se développe. Ou bien c’est un rythme saisonnier de dispersion et de concentration (5), ou bien
surtout la population se concentre en temps de guerre
1. Mauss, Essai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos (Année sociologique, IX, p. 65, 78, surtout 83-8/).
2. Durrieux et Fauvelle. Samarkand, p. 47-48, (l'enceinte fortifiée de Gheok-Tepé pouvait contenir même plusieurs tribus).
3. Souvent même on rétablit simplement les tentes à l’intérieur comme au dehors, (1bid, p. 48), l'enceinte fortifiée comprenant seulement, en temps ordinaire, un terrain nu.
4. Durrieux et Fauvelle. Samarkand. p. 149: ces vastes agglomérations appelées Xala contiennent un grand nombre de maisons vides, et les indigènes émigrent des unes aux autres avec une grande facilité.
5. V. Ratzel. Vœlkerkunde, I, 200 (Afrique). — Flach. L'origine historique de l'habitation (Enquête sur l'habitation), NH,
dans des refuges temporaires, vides ou à peu près en ‘temps de paix, qui constituent de véritables villes périodiques 1.
II. — La seconde formation est une transition directe entre le phénomène des villes périodiques et l’agglomération permanente. La concentration est maintenant plus continue, mais l'établissement se déplace périodiquement ; ily a un village d'été et un village d’hiver (2), et ce déplacement n'est pas seulement horizontal mais aussi vertical ; le premier est une agglomération de plaine, le second une agglomération de montagne (3). On a ici en quelque sorte une ville dont les parties sont successives au lieu de coexister, et dont l’une joue vis-à-vis de l’autre le rôle de refuge périodi-
que. C'est là un phénomène qui sera constant dans les
p- 36 : les Gaulois habitaient en été de petits ædificia ruraux. et se retiraient l’hiver dans les villages et les villes).
1. Ainsi chez les nègres de l'Afrique (Dapper. Description de l'Afrique, Amsterdam, 1686, p.259) chez les Indiens Pueblos (Krause, die Pueblo Indianer in Abhandlungen der Kaiserl. Leopold. Deutschen Akademie der Naturforscher, t. LXXXVH, Halle, 1907, p. 53) : aux îles Hawaï: Westermarck, Origin and development of the moral ideas, XI, 629, id. 630,631 (Hébreux) chezles anciens Romains (Mommsen. Histoire romaine, 1, 51-52); dans l’Afrique romaine (Diehl. L'Afrique byzantine, 1806, p. 143, 144, 215) ; en Grèce (Haussoullier. La vie municipale en Attique, p. 193-194) ; en Gaule (jullian. Histoire de la Gaule, 1908, I, 194-175, I, 38-39 et Flach. L'Origine de l’habitation, p. 26). Voy. aussi pe le haut moyen âge : Caggese, Classi e comuni rurali nel medio evo italiano, 1, 1907, p. 176- 177; Hegel. Geschichte der Stædteverfassung in Italien, 1, 480 ; Ballard. 7he Domesday Boroughs,p. 109 ; Meitren. Siedelung und Agrarwesen, etc.,H, p. 239 (les vieilles villes slaves étaient complètement vides en temps de paix): Reinhardt, Volksdichte und Siedlungsverhæltnisse Oberschwabens. Stuttgart, 1908, p. 67.
. 2. : Ratzel. Anthropogeographie, 1, 1791 (Alaska, Balans). |