DÉPLACEMENT DE L'INDUSTRIE
la ville semble être une propriété générale des limites sociales ; c'est la moindre valeur du sol à la périphérie.
Ce semble être là un caractère qu'on retrouve dans toute société et en particulier dans nos grandes nations contemporaines. Et ainsi ce sont des propriétés très générales de la périphérie urbaine qui. y appellent les fonctions industrielles. La limite de la ville tend en quelque sorte d'elle-même, comme toute limite, à une plé-
nitude de vie (1).
Les caractères des industries elles-mêmes, dans leur action sur le mouvement de celles-ci vers la périphérie ne feront l'objet, comme il a été dit, que d’une étude extrêmement incomplète ; car la plupart d’entre eux ne sont pas saisissables par une étude globale. Seuls apparaîtront certains de ces caractères qui ont une généralité certaine, et dont l'action se manifeste à l’origine mème du phénomène.
I. — Ce sont en premier lieu des caractères techniques ; ceux-ci sont spéciaux à certaines fonctions industrielles. Certaines activités ont besoin d’un emplacement présentant des qualités spéciales, qu'elles ne
trouvent qu’à la périphérie ; c’est ainsi qu'au moyen
1. Cf. en général sur cette attraction de la vie sociale par les limites Ratzel. Politische Geographie, p. 123-124, 554-555, 605-610, 766-769.
âge les moulins étaient souvent silués sur les murs de la ville (1), où ils recevaient librement le vent ; et de mème on trouve toujours les cordiers le long des murs (2). D’autres opéralions nécessitent l'usage fréquent de l’eau, qu'on trouve anciennement surtout dans les fossés de la ville ; c'est ce qui fait que les tanneries sont souvent périphériques (3). Enfin, la qualité des matières premières employées peut nécessiter l’é-
loignement de l'industrie par mesure d'hygiène (4) ; et
1. V. Chastillon. Cartes des villes de France, p. 166-167 (Reims'. — Guichardin. Description du Pays-Bas, plan de Bruges, après p.360.— Reinhard. Seehandelsstædte, p. 65, qui dit spirituellement que c’est là que les moulins avaient le vent « de première main ».
2. Berty. Topographie historique du Vieux-Paris. Région centrale de l'Université, p. 114-115 (rue des Cordiers, le long et en dedans de l'enceinte de Philippe-Auguste). — Cf. ibid. Région occidentale de l'Université, p. 300. (allée des murs habitée par cordiers, archers, arbalétriers, etc.). — Boissonnade. Org'.du travail en Poitou, 1, 144.— Sée. Les classes rurales en Bretagne du X VI° siècle à la Révolution. Annales de Bretagne, nOV. 1908, P. 119-116 (note aussi un curieux mépris à l'endroit des cordiers, qui sont confondus avec les caquins ou descendanis des lépreux ; cela a pu contribuer à leur éloignement).
3. À Strasbourg le Fossé des tanneurs. (Hermann. Notices historiques sur Sirasbourg,1, 208).De même le long des ruisseaux:7ipa cerdonum et carnificum, ripa laniorum à Worms (Monumenta Wormatiensa, p.64, 166° année, 1298). A Paris teinturiers sur la Bièvre dès le xnr° siècle (Poète. Enfance de Paris. p. 247).
4. C’est là la cause la plus importante parmi cette catégorie. On trouve à Amiens dès 1272, l'interdiction aux bouchers de tuer chez eux le gros bétail (Thierry. Monuments, 1, 242, 243). — Arrêt du Parlement de Paris (1299) obligeant ies foulons à portier leurs étoiles aux nouvelles poulies sises hors la ville (Berty, Topog. hist., Ï, 85). — Mesures semblables à Naples au xiv° siècle (Yver.Le “ommerce et les marchands, p. 196) ; à Florence en 1347 ; (Doren, Studien, IE, 583-585 : boucheries, etc. — À Paris ies boucheries sont mises à l’écart dès le xrv° siècle : sous Charles V la description de Raoul de Presles (dans Leroux de Lincy. Paris el ses historiens, p.110) s'exprime ainsi : « l'en faisoit et Les boucheries et les cimentieres tout hors des cités, pouries punaisies etles corrrupeions eschiever »). Cf. De la Mare. Traité de la Police, 11, 617-617 (Arrêt de 1366 obligeant les bouchers à tuer sur la rivière ; un règlement géné-
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c'est ce qui fait aussi qu'on trouve souvent les tanneries dans les faubourgs.
I. — Les caractères économiques sont aussi spéciaux, quoiqu'en un autre sens ; ce sont des propriétés qui définissent certaines formes de l'industrie qui sont à un degré élevé sur l'échelle des Betricbsformen.C'est d’abord ce qu'on appelle la « concentration », c’est-à-dire — selon la définition courante —un caractère morphologique, le fait pour une industrie d'être exercée en de grandes exploitations (1) ; ce fait ayant pour résultat que cette fonction a en quelque sorte soif de grandsespaces et que le centre de la ville y est particulièrement mal adapté. C’est ensuite ce que nous avons désigné
déjà du nom d’étendue de la fonction. Quand la fonc-
ral de 1567 obligera d'établir les tueries hors de toutes les villes) et Sauval. Antiquités de Paris, 1, 663. — En 1377, on permet exceptionnellement aux bouchers de Carcassonne de tuer chez eux (Ordonnances. VI, 323-324). Cf. pour le xvr° siècle : De la Mare, II, 624-626, qui note l’inexécution relative de ces ordonnances sur les boucheries. A Saint-Omer les potiers et tuiliers devaient faire sécher leurs produits hors la ville (Giry. Histoire de Saint-Omer, p. 365). — V encore de la Mare. Traité de la Police, 1, 573-575 (potiers, chiffonniers (V. 258-259, etc.). — Jaillot. Recherches critiques sur Paris, Il, 42 (arrêt de 1673 obligeant des tanneurs et teinturiers à aller s'établir au Faubourg Saint-Marcel).— A Fez au Maroc, interdiction de tuer les animaux dans la ville (Jackson. An account of Morocco, p. 132.) —De nos jours la législation des établissements insalubres a des effets encore assez sensibles ; en 1904 on compte 1.092 de ces établissements à Paris dans les 10 premiers arrondissements, contre 4.401 dans les 10 arrondissements extérieurs (Annuaire statistique de la ville de Paris pour 1904; p. 1.010-I.011). — On retrouve ces influences dans les premières villes américaines, où quelquefois les brasseurs, tanneurs, teinturiers, « whose business might annoy or disquiet » (Laws of Maryland, 1696) vivaient en un faubourg à part de la ville(Wilhelm. Local institutions of Mary- Tan DES TAUIL D 414). !
1. Nous serions plus disposé à définir la grande industrie ar l'étendue de ia fonction ou du «marché » que par le voume des organes,
tion d’une industrie s'étend, elle cesse d'avoir dans la ville même la fin de son activité : ses intérêts sont au dehors la vie de la ville influe moins directement sur sa vie propre. Autrement dit, le lien qui la tenait à la ville se relâche , et ainsi il suffira que l’industrie ait, pour d’autres raisons, avantage à sortir de la ville, pour pouvoir le faire sans obstacle.
IT. — Enfin des caractères Juridiques et religieux de l’industrie entrent parfois aussi en œuvre. C’est tantôt l’activité elle-même qui — pour des raisons qui sont en dehors de notre examen — est l’objet d'une certaine attitude de la conscience collective qui détermine sa relégation au dehors ; le mépris intense qui l’atteint, ou le caractère sacré qui, aux yeux de la société, s’en dégage, suffit à l'isoler (1). D’autres fois la classe sociale qui se trouve en possession d’une certaine activité est l’objet du mépris public en raison de son origine, de ses mœurs
ou de tels autres de ses caractères ; et alors l’activité
1. À Rome les carnifex, et plus généralement les industries ayant affaire avec le bétail étaient reléguées hors la ville (Karlowa. Jntra pomærium und extra pomærium, 1806, p. 22 et n. 3. — G. Lafaye. V° Coriarius, in Dict. des antiquités de Daremberg et Saglio, I (2), p. 1507). — Karlowa pense que cela vient de leur impureté, et que c’est une règle analogue à celle de l'application des peines hors la ville et à l’obligation d’enterrer hors la ville en raison du caractère sacré de celle-ci. V. sur cette dernière obligation : Jordan. Topographie du Stadt Rom, 11, 549. — Merlin. L'Aventin, p. 64 (interdiction dès la loi des XII tables) : The book of ser Marco Polo, éd. Yule, I, 414 (Pékin). — De Groot. The religious system of China, WI, 842 (c'est un honneur très rare fait à un cadavre
e de l’admettre dans l'enceinte d’une ville) : Van Gennep.
abou et tolémisme à Madagascar, p.65. Cf. plus particulière-