I. LE TYPE INDIFFÉRENCIÉ
une « économie complexe » ; c'est là un fait dont la démonstration sera faite plus loin. Le second caractère a trait à l'importance relalive de ces fonctions coexistantes ; c'est la prépondéranre de la fonction agricole par rapport à la fonction industrielle et commerciale. Comme les villes sont souvent considérées comme étant par essence même le siège de celle dernière fonction, il nous faut démontrer cette proposition avec quelque détail.
C’est un fait déjà bien connu que l'élevage était très pratiqué dans nombre d'anciennes villes ; à vrai dire, c'est là un caractère de tout un {ype urbain, qui se manifeste sous divers aspecis, et qui laisse après lui des survivances nombreuses.
Tout d'abord on trouve des terres communes de pàturage dans les villes antiques (1), et surtout dans beau-
coup d'anciennes villes médiévales en France (2) el en
1. Liebenam, Siædteverivaltung in rœmischen Kaiserreiche, P- 14-15, 28-29 (Palmyre) ; Magoffin, Topography of Praeneste, (Johns Hopkins U. S., XXVI, 1908, p. 22-23) ; Trapenard, L'Ager scripturarius, 1908, D. 10 sqq.
2. G. Espinas, «Les origines de la commune de Douai »,Nouv. Rev. hist. de droit, XXV, 1901, p. 184 ; Giry, Hist. de Saint- Omer, 232 sq. ; Thierry, Monuments, IV, p. 104, 105, 205, 208 (Abbeville) 622 (Doullens, 1202; I, p. 90, 193, 351 (Amiens, 1166, 1218, 1312) Il, 318, 436 (Amiens encore en 17992) ; Vigié, Les Bastides du Périgord, 1907, p. 27 ; surtout Trapenard, Le pâturage communalen Haute-Auvergne, 1904, p. 34 (Mauriac, 1983; 172-173, 32 (Aurillac, 1768) et nombreux autres faits ; Stouff, Cartulaire d’Arbois, p. 27 sqq.; Hanauer, Etudes économiques sur l'Alsace, I, 167 (Colmar) ; Tuetey, Ætude sur le droit municipal en Franche-Comté, p. 200 (Dôle). — Les coutumes font fréquemment mention des droits de pâturage ou d'usage des villes et les réglementent à la fois pour Les habitants des villes et villages. Exemple: Coutumes générales de la ville de Mets, 1677, tit. XIV, art 1 : « Habitans des villes et villages... peuvent mener leurs bestes grosses et menues, l’un sur l’autre en vaines pâtures.. » ; et beaucoup d’autres coutu-
Angleterre (1), en Allemagne (2), en Italie (3) ; le fait
mes que nous pourrions citer ; v. Coutumes générales de la ville de Verdun, 1762, tit. XV.
- 1. V. Gomme, The Village community, p. 273 (Nottingham) ; Vinogradoff, English society in the Eleventh century, p. 25
(divers). — V. Domesday Book, 1, 154 : Omnes burgenses Oxenford, habent comunit. extra muru pastura... Cf. Ellis, An introduction to Domesdar, 1, 206 (Colchester). Ballard. The Domesday Boroughs, p. 106. — V. Rotuli Hundredorum /13°s.), IE, 35, colonne 2 (commune pâture des bourgeois d’Oxford in suburbio ; extra muru, lisaït-on dans le Domesday) ; Scrutton, Commons and common fields, p. 141 (Londres ; v. aussi pour Londres Gomme, The Village community, p. 213- 214) ; Tait, Mediaeval Manchester, p. 102-105 (x siècle, droit d'usage commun). Les villes anglaises ont conservé très tard ces propriétés et droits d'usage : V. Green, Town life in the . fifteenth century, 1, 136-137 (xv° siècle) ; Scrutton, Commons and common fields, 87-89 (Cambridge, 1549, Norwich, 1739) ; Maitland, Township and Borough, p. 47 (Cambridge, 1833 ; grande importance encore des droits de pâture). Cf. Maitlanté « T'he survival of archaic communities », Law Quarterly Review, IX, 1893, p. 36, 40, 41, 43 (droits de pâture commune à Nottingham, Malmesbury, Aston, etc., en 1835). — Les villes écossaises avaient des possessions et droits semblables : V. Ancient laws and customs of the burghs of Scotland (1868), IT, p. 98, cf. Summer Maine, Lectures on village communities, p. 95. — V. en général sur ces propriétés rurales des villes : Ashley. Histoire et doctrines économiques de l’ Angleterre, WE, 53-60.
2. Voir en général Karl Hegel, Entstehung des deutschen Siædtewesens, p. 102 sqq. — Boehmer, Urkundenbuch der Stadt Frankfurt, 1, n° 50, p. 26 (mention de la pascua communi, 1219). — Strasbourg : Von Below, Æntstehung der deutschen Stadtsemeinde, p. 35 ; Urkundenbuch der Stadt Strassburg (nombreux textes, v. l'index, V° Almende) ; Eheberg, Verfassungs- Verwaltungs und Wirischaftsgeschichte der Stadt Strasburg. X, 1899, p. 2 (1387), p. 799, 162, 224, etc. — Worms : Urkendenbuch der Stadt Worms, 1, p. 244 (Burgelwelde — Burgereide ultra Renum, 1276), et Monumenta Wormatiensa, pe 416. — Gothein, Wirtschaftsgeschichte des Schwarzwaldes,
, 85-87 (Villingen ; cette ville avaitau xx siècle un territoire agricole énorme, qu’elle cherchait sans cesse à accroître). — Keuigen, Urkunden zur stædtischen Verfassungsgeschichte. 11, p. 289 ; Otto, die Bevælkerung der Stadt Butzbach, p. 56 (tendance des bourgeois à accroître l'allmend); Kohl, Die Allmende der Stadt Oldenbourg, 1903. — Cf. en général : Imama-Sternegg, Deutsche Wirtschajtsgeschichte, TX, 186sqq., (v. p. 189, note 1 la mention d’un almend à l’intérieur même de la ville, a/nendas in civitate); Maurer, Geschichte Stædteverfassung', IE, 161-180, 191-221. — V, pour la Flandre Des Marez, Etude sur la propriété foncière dans les villes flamandes, P- 120-121 : existence d’un allmend même à Gand et à Ypres, qui ne disparut qu'au xvnr° siècle (p. 135).