Cf. Simmel. Soziologie, Leipzig, 1908, p
3. Cf. Ratzel. Politische Geographie, $ 9, p. 12 sqq: «Zusammenhang des Staates durch den Boden. »
choses, qui se développe à nouveau, et tend à réidentifier l'individu avec sa chose, n’est que l'affirmation par le droit d’un rapport social de ce genre (1).
II. — Comme les choses conditionnent la morphologie de la société, elles en affectent indirectement l’éfhologie. Les caractères de l'esprit social dépendent de ce qu’elles sont ; et la « psychologie des peuples » ne peut pas ne pas tenir compte, dans ses interprétations, des influences objectives. De même que le moral de l'individu dépend de son physique, le moral de la société varie avec l’état de ses éléments matériels ; il dépend par exemple de l’aspect du milieu physique; il est tout autre selon que la société est nomade ou sédentaire, c’est-à-dire selon le rapport qu’elle soutient avec un certain ordre de choses (2).
IT. — Les choses conditionnent enfin la physiologie sociale. La nature et l'arrangement des fonctions sociales dépendent de la manière d'être des choses que ces fonctions impliquent ; c’est ainsi que la composition du sol influe sur la nature des industries, Mais, de plus,
1. I n’y a pas seulement, entre l’organisation des hommes et celle des choses une étroite solidarité; il existe aussi entre elles une hiérarchie. Les rapports entre choses et entre hommes et choses, dont la forme la plus achevée est le droit réel, sont le prototype des rapports et des droits ; ce sont les seuls qui soient complets et absolus, et qui saisissent le tout de leurs objets ; tandis que les rapports entre personnes et les droits sur les personnes ont dans leur nature même d’être limités et partiels, parce que l'individu ne résigne jamais complètement sa personnalité. Le droit de propriété, le droit de l'Etat sur son territoire, sont pour cette raison les seuls « droits parfaits » et absolus ; et l’esclavage a cessé d’être le jour où l’esclave n’a plus été pensé comme une chose.
2. Par là la société diffère de l'individu, dont la dépendance vis-à-vis de sa matière est relativement invariable.
OBJET DE L'ÉTÜDE Ii
les choses elles-mêmes ont des fonctions, qui sont ou ne sont pas différenciées (1), exactement comme celles des individus et des groupes, et qui dépendent de l’état propre de ces choses ou de celui d’autres choses ; le relief du sol conditionne le système des voies de communications, comme sa composition commande la localisation des industries.
L'objet du présent travail se rattache à cettre troisième catégorie de rapports ; c'est l'étude du rapport entre certaines des choses sociales, dont l’ensemble constitue ce qu on appelle l’espace social, et certaines des fonc-
tions sociales.
Les plus importantes des choses sociales, ainsi définies, sont l’espace et le {emps.
L'espace est un élément de toute société (2). Même
1. L’arc a été longtemps à la fois une arme et un instrument de musique (Cf. Balfour. The natural history of musical bow. Oxford, 1899) ; le même objet sert d’abord de lance et de couteau, etc. On a même pu classer les civilisations préhistoriques d’après le degré de spécialisation de leurs outils (G. et À. de Mortillet. Le préhistorique, 3° éd., 1900;.
2. C’est un fait dont la démonstration et l'étude a fait l’objet de nombre de travaux depuis quelques années. IL faut citer en première ligne ceux de Ratzel : Studien über politische Rœume, dans Geogr. Zeitschrift, 1, 1895, p. 163-182, 286-302 (Cf. Ratzel, Studies in political areas, in American Journal of Sociology, novembre 1897); Der Staat und sein Boden g'eographisch beobachtet, 1896 (Cf. G. von Mayr. Der Staat und sein Boden, in Geographische Zeitschrift, 1897); Il suolo e la popolazione (Riv. italiana di sociolog'ia, H, p. 139-151) : Le sol, la société, l'Etat (Année sociologique, I, p. 1-14) ; Politische Geographie, 1897, 2° éd., 1902. — (Cf. Vidal de la Blache. La géographie politique à propos de M. Ratzel (Annales de géo-
les sociétés les plus grossières que nous connaissions ne sont pas abstraites du sol ; elles ont leur espace défini et limité (1). Et les sociétés ont toujours eu une conscience nette de l’état de dépendance où elles se trouvent vis-à-vis de leur base géographique. Elles ont souvent pensé l’espace comme identique à ellés-mêmes, comme formé de vivants, et constituant un véritable système social où les choses sont groupées et hiérarchisées, soutenant entre elles des rapports de parenté ou de subordination (2). Mais elles se sont pensées aussi comme identiques à lui: c’est ce qu’implique la croyance universelle que les sociétés seraient issues du sol (3).
Elles se considèrent par là comme une partie intégrante
graphie, 1898) ; enfin divers écrits publiés après sa mort : Lage und Raum et Rœumliche Anordnungen in der Geschichte, tous deux dans ÆÂleine Schriften, 1906, IT, 286-287 et 521-525; et Raum und Zeit in Geographie und Geologie édité par Paul Barth. Leipzig, 1907. — Voir aussi: G. Simmel. Ueber rœumliche projectionen sozialer Formen dans Zeüschrift für Sozialwissenschaft, 1903, Heft, 5) et dans la Soziologie du même auteur, le long chapitre intitulé der Raum und die ræumilichen Ordnung'en der Gesellschaft, p. 614-708. — Vidal dela Blache. Les conditions géographiques des faits sociaux (Annales de géographie, janvier 1902). À un point de vue plus spécialement économique, P. Clerget. Introduction géographique à l’étude de l’économie politique, extrait du Bull. de la Soc. neuchateloise de géographie, XVIII, 1907). Enfin, comme travaux d’un caractère plus philosophique : Geddes. On the influence of Geographical conditions ou social development (Geogr. Journal, 1898). — Ripley. Sociology and Geography (Political science quarterly, vol. X).—Mougeolle. Les problèmes de l’histoire, 1"° partie, livre III. — A. Kirchhoff. Mensch und Erde. Les . Heinemann. The physical basis of civilization. Chicago,
1. Spencer et Gillen. The native tribes of central Australia, Londres, 1899, p. 8.
2. V. Durkheim et Mauss. Des formes primitives de classification, au tome VI del’Année sociologique — Cf. Mannhardt. Antike Wald-und Feldkulte, X, p. 1-4.
3. V. sur luniversalité de cette notion de Terre-Mère : Tylor. Civilisation primitive, 1, p. 374-376: Diederich. Mutter Érde, ein Versuch über Volksreligion, Leipzig, 1905.
de l’espace (1), évoluant parallèlement à lui, et subissant le contre-coup de ses changements d'état (2) ; et de fait l’espace leur est un élément particulièrement essentiel, car c'en est un élément permanent. Les individus passent ; les groupes et les choses restent : et les choses ont à un plus haut degré encore que les groupes, ce caractère de pérennité ; elles sont moins transformables et moins périssables, et ainsi ce sont elles qui assurent
à la vie sociale sa continuité (3).
Mais l’espace, comme élément de la société, est luimême quelque chose de complexe. Toute société occupe une certaine étendue, mais ses éléments n'y sont pas distribués également ; il y a des points de cette étendue où la vie sociale se concentre, et d'autres d’où elle se retire. Il y a ainsi en quelque sorte deux espaces pour la société : l'éfendue ou espace physique, considéré comme quelque chose d’un, d’homogène, de simple ; l’espace social, qui est quelque chose de complexe, de différencié, d'hétérogène, fait de parties douées de qua-
lités spéciales (4). En effet, l'espace social est, en quel-
1. Ratzel dit de même (Anthropogeographie,l, p.23) : « L’humanité est une partie de la terre ».
2. V. Mannhardt. Wald-und Feldkulte, I, p. 32-33 (sort de l'homme lié à celui des plantes, etc.).
3, Voir en particulier sur le rôle du sol comme substrat de la continuité des groupes : Simmel. Comment les formes soctales se maintiennent (Année sociologique, I, p. 76) et Soziologie, p- 497- no .
4. On voit que cette distinction est sensiblement différente de celle que faisait Ratzel entre l’ækoumène et l'anækoumène.
que sorte, la projection de la société dans la partie de l’espace physique qu’elle occupe ; or, il n’y a pas de société connue qui ne soit différenciée, faite de parties, de groupes secondaires, et ainsi la figure que la société trace sur le sol ne peut être quelque chose d'amorphe. Il suffit de considérer la carte géographique d’une société donnée, pour voir que ses éléments humains sont inégalement répartis dans son espace; il y a des points de celui-ci où ils se concentrent et forment des établissements sociaux ; il y en a d’autres d’où la vie est plus ou moins absente.
Il suit de là que le problème des propriétés et des fonctions de l’espace dans la société est double.
I. — En premier lieu, l'éfendue occupée par une société présente, considérée globalement et comme un tout, abstraction faite de la distribution des éléments sociaux à son intérieur, des caractères généraux qui affectent profondément la morphologie, l'éthologie, la physiologie de la société. Le plus important de ces caractères paraît bien être ce qu’on peut appeler son volume ou sa dimension. Celle-ci influe d’abord sur la morphoiogie du groupe ; on a pu observer par exemple comment la différenciation interne d'une société est, sous certaines conditions, d’autant plus déveioppée que cette société a une base géographique plus
vaste (1). La dimension du groupe en affecte aussi l’é
1. Voy. sur cette loi bien connue : Ratzel. Anthropogeographie, L, p. 191, 196 sqq., 229 sqq et Politische Geographie?,
thologie ; c’est ainsi qu'on a noté un parallélisme entre l'étendue de l’espace social et la capacité d’abstraction des individus (1). Elle en commande enfin le fonctionnement ; la nature et l’arrangement interne des fonctions sont autres dans une petite et dans une grande société. D'un point de vue plus général et plus vague, c'est l'ensemble des institutions, ou ce qu'on appelle « la civilisation », dont l'état dépend de l'étendue des sociétés. Il y a longtemps qu’on a remarqué que le progrès des sociétés était parallèle à leur extension spa-
tiale 2). L'étendue de l’espace d’une société peut en
p- 106-114, 387, 416. — Durkheïm : Division du travail social’, liv. 1, chap. II. — L’étendue de l’espace social agit aussi sur la morphologie par l'intermédiaire du nombre des individus, qu’elle conditionne. — V. Simmel. /nfluence du nombre des unités sociales sur les caractères des sociétés (Annales de l Institut international de Sociologie, 1, p. 373-385) ; id. The number of members as determining the sociological form of the group (American Journal of Sociology, VIN, n° 1 et2); enfin Soziologie, chap. IL, p. 47-133.
1. Durkheiïm. Division du travail social’, p. 272, et Simmel. Soziologie, p. 628 et sq., 641 et sq. — F. Ratzel. Studien über politische Rœume (Geogr. Zeitschrift, 1895, 1, p. 174-196 ; der Raum im geist der Vœælker).
2. Cette tendance des sociétés à s’agrandir à mesure qu’elles s’élèvent est une de ces « lois » auxquelles les sociologues font le plus allusion. Voy. déjà Ratzel. Anthropogeographie, FD 333-237 sqq., 248-250 ; aussi dans der Staat und sein Boden, 1896 (cf. Ratzel in Année Sociologique, I, p. 8, 14) dans Das Meer als Quelle der Vælkergrosse. Leipzig et Munich, 1900, et dans Politische Geographie?, 1"° partie, chap. XII. — V.surtout de Ratzel un travail spécial sur ce sujet : Die Gesetze der ræumlichen Wachstums der Staaten, in Petermanns Mitteilungen, XLIH, 1898, p. 97-107). Parmi les sociologues proprement dits : G. De Greef. Le transformisme social, 1895, p. 364. — Coste. Principes d’une sociologie objective, 1899, ie XI, et surtout Tarde. Lois de l’imitation’, p. 337 et sqq., 376-381 et passim ; Criminalité comparée?,p .186- 199 ; Transformations du droit‘, p. 18-21. Dans sa Psy cholog'ie économique (I, p. 13-22) il remplace le mot « loi d’élargisment » par celui d’ « amplification historique » ; M. Van Houtte dit « ampliation » (Une loi d’ampliation, in Mouvement
16 OBJET DE L'ÉTUDÉ
quelque manière servir à marquer le degré qu'elle a atteint sur l'échelle des types sociaux (1) ; et l’évolution sociale elle-même pourrait ainsi se définir comme un agrandissement et un déplacement des sociétés.
IT, — En second lieu, à côté de ces propriétés générales, il y a des parties de l’espace social qui présentent des caractères spéciaux. Ce sont les points où se concentre la vie collective, où se rassemblent les hommes et les choses, et que nous avons désignés du nom d’établissements sociaux. Il en est notamment de deux
sortes ; les centres (2) et les limites (3) des groupes
sociologique international, 8 année, mars-avril 1907 . V.encore Gumplowicz. Sociologie et politique, p. 143 sqq. — Bouglé. Les idées ég'alitaires?, p. 96 sqq. ; et, au point de vue spécial de la société économique : Bücher. Etudes d'histoire et d’économie politique, étude II.— Schmoller. Principes d'économie politique, t. Il, $ 103-106. — Van Houtte, op. cit.
1. Comme le dit tres bien Ratzel (Anthropogeographie, F, p. 238): « Grœssenstufen sind im Vœælkerleben Altersstufen. »
2. Cette notion sociologique de centre d’un groupe, sur laquelle nous reviendrons, diffère de celle de centre d’une population qui est une notion géographique. (V. sur celle-ci : John F. Hayford, What is the center of an area or the center of a population, in Pub. ofthe Amer. statistical Assoc., VIII,. 1902-1903, n° 53, et Meuriot. Du centre mathématique d'une population, in Journal de la Soc. de statistique de Paris, août 1902.)
3. L'étude des frontières ou des limites comme faits sociaux s’est développée seulement dans ces dernières années. (V. surtout Ratzel. Politische Geographie?, VI° partie, p. 535-620 ; c’est de beaucoup le travail le plus important) — Cf. F. Ratzel, Uber allg'em. Eigenschaften der geogr. Grenzen und über die politische Grenze (Bericht uber die Verhandl der Kœn. sæch. Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig, philol-histor. Klasse, vol. XLIV, 1892.) — Cf. le livre récent de M. De Greef, Sociologie, la structure générale des sociétés (t. I, La loi de limitation, t. Il, Théorie des frontières et des classes, Paris, 1908) et notre compte rendu de ce livre, Revue d'Economie politique, février 1909. M. De Greef avait d’ailleurs émis dès 1895 quelques idées sur ce sujet. (V. Transformisme social, p. 348). — Cf. aussi Simmel. Excurs über die soziale Begrenzung dans Soziologie, p. 624-628.
sociaux. Dans toute unité sociale et géographique, c’est là que sont attirées les fonctions sociales, et que la vie est le plus intense. Commes les autres fonctions, les fonctions économiques tendent vers des centres et des limites ; c’est ce qui sera démontré au cours même de ce travail.
L'étude qui va suivre veut être une contribution aux deux catégories de problèmes qui viennent d’être distinguées ; mais ces problèmes n'y seront traités que sous un aspect spécial. D'abord il ne s’agira que du rapport entre l’espace social et l’arrangement interne des fonc- tions sociales, et, parmi celles-ci, seulement des fonctions économiques, ou « industries ». De plus l'étude aura pour objet, non pasles formes abstraites et générales de cet arrangement dans les divers types sociaux ni même les aspects concrets qu'il présente dans une société d’un certain type, mais seulement les formes et les causes de cet arrangement dans certains groupes secondaires, présentant certaines propriétés qui vont être définies, et qui sont, comme les sociétés dont ils ont partie, des unités géographiques ; nous voulons dire les villes. Mais, dans ces espaces restreints, la duplicité du problème va se retrouver ; la question qui se posera d’abord à nous est celle des types et des causes de la distribution locale des industries dans l’espace urbain, considéré globalement ; puis se posera celle du rapport entre les fonctions industrielles et certains points de cet espace, doués de propriétés spéciales ; le centre de la ville, et la imite où périphérie de la ville ; nous aurons
Maunier 2
alors à dire comment les fonctions économiques tendent vers le centre et vers les limites de la ville, à classer les formes de cette tendance, et à en marquer les causes.
Nous sommes ainsi en état de donner de l'objet de ce travail, par une seconde approximation, une définition plus précise : c'est l'étude générale des formes et des causes de l'arrangement local des industries dans les
groupements urbains (1). On reconnaît maintenant que
1. I ne s’agit donc pas ici d’un traitement général de la localisation des industries, mais seulement de l'explication d’une dés formes de ce phénomène. Jusqu'ici les économistes ne l’ont guère étudié qu’à un point de vue général. V. Palgrave, Dictionary of political economy, V° Localisation of industries (t. II, 1896, p. 628-631), et l’appendice bibliographique au livre de M. Alfred Weber, cité plus bas, Ueber den Standort der Industrien (t. 1, p. 214-223). Comme ces deux bibliographies sont très incomplètes — elles ne contiennent l’une et l’autre
’une dizaine de mentions — nous allons tâcher de dresser une bibliographie à la fois plus complète et plus systématique de la question.
I. — ETUDES DOGMATIQUES. — a) Localisation des industries proprement dites. — Les anciens économistes se sont fort peu occupés de la question. Pourtant Turgot (Réflexions sur la Jormation des richesses, Œuvres, t. I, p. 8) voyait dans la localisation des cultures selon les qualités des sols, la forme primitive de la division du travail. Steuart (Recherche des principes de l’économie politique, trad. fr., 1789, t. I, ch. IX, Quels sont les principes qui règlent la distribution des habitants dans des fermes, des villages, des hameaux et des villes) a étudié brièvement les conditions qui déterminent la résidence des cultivateurs et des artisans : il montre déjà que la résidence des consommateurs détermine celle des artisans, mais non celle des manufactures, qui dépend des matières premières, du bas prix des transports, etc. (t. I, p. 86-88). Adam Smith (Richesse des Nations, liv. II, chap, I, p. 453-456 de la trad. Garnier) ne fait que présenter quelques remarques sur la division du travail entre la ville et la campagne. Dans la première moitié du xix° siècle, peu de chose sur la localisation des industries proprement dite : la Filosofia della Statistica de Melchiore Gioja (Milan, 1826) contient, dans sa IV® partie, un article intitulé Influenza degli elementi topografici sulle arti e sui mestieri (p. 163-173), mais qui ne fournit rien d’intéressant ni d'original. Stuart Mill, comme Smith, fait quelques
cette étude comprend deux parties : étude globale de l'espace urbain et de son organisation économique
interne, considérée dans ses types généraux ; et étude
allusions à la division du travail entre la ville et la campagne (Principes d'économie politique, liv. 1, ch. VIIL, $ 3). A cette époque, c’est la localisation des cultures qui préoccupe, à la suite des théories de Thünen (L'Etat isolé, ou Recherches sur le prix des grains, trad. fr., 1851); ainsi Wolkoff (Précis d’Economie politique rationnelle, Paris, 1868, ch. X) et l’essai de vérification historique de Wiskemann (Die antike Landwirtschaftund die von Thünensche Gesetze. Leipzig, 1859. — Cf. pour des critiques modernes de cette théorie, Loria, dans ses articles cités plus bas (in Verso la Giustizia sociale, 2° éd., 1908, p. 288-290) et Max Bücher (J. Von Thünen und seine Nationalækonomischen Hauptlehren, Berne, 1907).
C’est Roscher qui a ouvert l'étude scientifique de la localisation des industries, avec ses Studien über die Naturgesetze weiche den zweckmæssigen Standort der Industriezweige bestimmen (Ansichten der Volkswirtscaft, Il, 1865) traduit en français dans ses Recherches sur divers sujets d'économie politique ; il y énonçait la thèse, restée longtemps classique,
e dans les formes primitives de l’industrie le lieu de celle-ci dépesd du lieu de consommation, tandis que dans les formes élevées il est réglé par les conditions de la production. Schæffle développa les mêmes théories dans son Gesellschaftliches System der menschlichen Wirtschaft (V. 3° édi.. 1873). A peu près au même moment, Sir Leonard Courtney étudiait les causes des mouvements de l’industrie (The migration of centres of industrial energy, in Fortnightly Review, décembre 1878, nouvelle série, vol. XXIV.)— Stanley Jevons (L'Economie politique, Paris, 1878, 9° éd., 1905, $$ 22 et 30) exposait les avantages dela division territoriale du travail ; et un peu plus tard M. Llewellyn Smith étudiait les mouvements du travail vers les villes (The migration of labour, dans National liberal Club, A ea economy circle transactions, vol. 1, 1891, pp. 104- 123).
Mais c’estrécemment que l’étude de la localisation des industries comme telle s’est généralisée. M. Loria en fit un traitement abstrait, à la manière de Thünen, dans deux remarquables articles : Zntorno all influenza della rendita fondiara sulla distribuzione topograñfica delle industrie, dans Rendiconti dell Academia dei Lincei, 1888, et Ricerche ulteriori sulla distribuzione topografica delle industrie, même recueil, 1898 : ces deux travaux sont reproduits dans son livre Verso la Giustizia Sociale (2° éd., 1908, pp. 278-299) : M. Loria s’y occupe surtout de l'influence de la rente des terres et des frais de transport. M. Patten, dans ses Fondements économiques de la protection (V. trad., fr. 1899, pp. 40-41, 120, 123, 155, 158-199) combattait vigoureusement les théories physiques de la localisation : il croit que la cause déterminante de celle-ci est la
spéciale de certaines parties de cet espace, dans leur rapport avec les fonctions industrielles.
Ce seront là les divisions maîtresses du livre.
productivité du travail des ouvriers (cf. p. 90). M. Bastable (Théorie du commerce international, p. 27, 41-42. 185-186) mettait ingénieusement en rapport la localisation avec la loi du rendement décroissant, dont le jeu est nécessaire pour que la concentration locale soit avantageuse. M. Ross (The location of industries, in Quarterly journal of economics, X, 1896), s’est inspiré ingénieusement des études de Roscher. M. Marshall consacrait à la question un chapitre devenu classique (Principes d'économie politique, livre IV, chap. X : trad. fr. t. I, p. 460-473) ; il y développait en même temps que M. Hobson, (The evolution of modern capitalism, p.24 et sqq.), une conception éclectique, à la fois physique et psychologique, qui est suivie par M. Landry (Manuel d'économique, p. 333-334). M. Dechesne (La spécialisation et ses conséquences. Revue d'Economie politique, 1901, p. 739-747) a précisé après Schmoller ( V. Principes d'Economie, Il, p. 326-332, et déjà dans ses articles de 1889-1890 sur la division du travail) la notion de division géographique du travail (1). Dans son Moderne Kapitalismus, IL, p. 196 sqq., M. Sombart a fait une étude remarquable de la localisation dans son rapport avec les formes d'industrie. Signalons comme travaux récents (2): Seligman. Principles of Economics, 2e éd., p. 45-47. Angus H. Crawford. The geographical distribution of labour (Scottish geographical Magazine,mars 1908). —E. Van Dyke Robinson. Economic geography, an attempt to state what it is (American Econ. Assoc., Papers of the 2 1** meeting, 1908, p. 247-255) pour lequel (p. 251) la localisation des industries serait l’objet essentiel de la géographie économique. M. Grossman yient d’apporter une contribution intéressante à l'étude des conditions techniques de la localisation (Die technische Entwicklang der Glasindustrie, Leipzig 1908, ch.I, Der Einfluss der technischen Entwicklung auf den Produktionsstandort, p. 5-16) et on a récemment montré comment la localisation desindustries conditionne la formation des trusts. Grunzel, Uber Kartelle. Leipzig, 1902 Chastin. Les trusts et les syndicats de producteurs, 1909, p, 163-166). — Parmi les sociologues, voir Novicow. Le pro-
lème de la misère et les phénomènes économiques naturels, 1908, p. 67 et sqq. (la division du travail selon les lieux serait sortie de la division du travail dans un même lieu), et Simmel, Soziologie, p. 694-695 (classification intéressante des formes d'organisation spatiale de l’industrie).
1. M. Dechesne signale (ibid., p. 139) que Kleinwæchter faisait usage de ce concept.
2. Nous n’avons pu atteindre un article de Menzies, The loca-
lization of industries (Popular Science Monthly. XXVD), cité dans le Dictionnaire de Palgrave.
Mettons à part deux études comme étant d'esprit historique : H. Hauser. La géographie humaine et l'histoire économique (Revue du Mois,février 1906) et René Maunier. La distribution
éographique des industries (in Revue internationale de socio-
og'ie),juillet 1908. (Nous essayons, dans ce travail, de montrer
comment le rapport entre l'industrie et les conditions physi- — varie suivant les types sociaux, en faisant l’histoire des ormes de la localisation des industries en Angleterre dans lPéconomie de village, manoriale, urbaine, enfin nationale.)
Mais le travail de beaucoup le plus important est celui tout récent du professeur Alfred Weber : L'eber den Standort der Industrien. 1, Reine theorie der Standorts, Tubingen, Mohr, 1909, 246 p. : c’est une étude générale et abstraite accompagnée d'un appendice mathématique (1); l'auteur réserve l’étude des faits concrets relatifs à l'Allemagne pour un second volume. C’est dire que la méthode en est juste l’inverse de celle du présent livre, qui est objective et inductive ; mais, sans pouvoir analyser ici ce travail, disons qu'il présente pour l’économie politique pure un intérêt considérable.
On a enfin étudié des formes spéciales de la localisation des industries ; c’est d’abord la division internationale du travail, sur laquelle il y a toute une littérature que nous ne mentionnerons pas ici (2). C’est ensuite la concentration de l’industrie dans les villes, notamment dans les grandes villes. Citons seulement Engel. Die Industrie der grossen Stædte (Berliner stædtisches Jahrbuch., 1868). — Schwarzschild. Die Grosstadt als Standort der Gewerbe (Jahrbücher de Conrad, dritte Folge, Bd XXXII — Waentig. Die wirtschafiliche Bedeutung der Grosstædte (Jahrbuch der Gehe Stiftung, IX, Dresde, 1903). — Weber, The Growth of cities, 1899, p. 198 sqq. 209 sqq (la localisation des industries serait la cause essentielle de la formation des grandes villes).
Comme étude dogmatique spéciale des localisations industrielles à l’intérieur des villes, objet du présent livre, nous ne pouvons citer qu'un seul travail : H. Bourgin. Essai sur une forme d'industrie : l’industrie de la boucherie à Paris au XIX® Siècle, au tome VII del Annéesociolog'ique, qui étudie la distribution des bouchers par arrondissements, et en représente l’évolution dans des cartogrammes.
b) GÉOGRAPHIE DES COMMUNICATIONS. — À la différence des précédentes, les études théoriques sur la distribution des fonctions commerciales ont été surtout le fait des géographes beaucoup plus que des économistes. Le plus ancien travail qui est resté l’essentiel, est le livre magistral de J.-G. Kohl. Der Verkehr und die Ansiedelungen der Menschen in ihrer Abhængigkeit von der Gestaltung der Erdoberflæche, Dresde et
1. Nous avons trouvé dans la Théorie de l'Economie politique de Jevons la mention d’une étude plus ancienne de la localisation faite aussi au point de vue mathématique : W. Launhardt. Der zweckmæssigste Standort einer g'ewerblichen Anlage (Zeitschrift des Vereins deutscher Ingenieure, 1882).
2. V. comme étude récente, E. M. Sobral. La division internacional del trabajo (EL economista mexicano, 1908) que nous n'avons pas consulté non plus.
Leipzig, 1841; important aussi est resté celui de Jansen. Die Bedingtheit des Verkehrs und der Ansiedlungen der Menschen durch die Gestaltung der Erdoberflache. Kiel, 1861. Dans des temps plus récents, F. Ratzel s’en est beaucoup occupé : V. Politische Geographie, 1903, (VII° partie, ch. XVI, der Verkehr als Raumbewæltiger, p. 443-534) ; déjà Anthropogeographie, IL, 1891, $ 16, p. 525-536, et dans die Erde und das Leben, eine vergleichende Erdkunde, 2 vol, 1901-1902, t. II, p. 138-141, 634-639 ; et un travail spécial, die geographischen Bedingungen und Gesetze des Verkehrs und der Seestrategik (Geogr. Zeitschrift, IX, 1903, p. 489-513.) Il a d’ailleurs tiré ces théories d’études objectives comme celle qu’il a faite dans die Vereinigten Staaten von Amerika, II, p. 40-41, 396 sqq. — Cf. Hückel. La géographie de la circulation d'après Friedrich Ratzel (Annales de géographie, novembre 1906 et janvier 1905). — Voir comme études générales récentes : Chisholm, Handbook of commercial geography, 1889-1900, p.47-51 (causes du développement des centres de commerce). — H. Tyler, The
eography of communications (Scottish Geogr. Magazine.
lil, 1897, p 337-357). — F. von Richthofen, Vorlesung'en uber allgemeine Siedlungs und Verkehrsgeographie. Berlin, 1904. — À. Weber, Ueber den Standort der Industrien, 1909, ch. IT, p. 40-93. Signalons enfin deux études qui. tout en ayant un objet local, sont surtout théoriques. — E. Schatz, Verkchrsgeographische Betrachtungen uber Wasserwege und Eisenbahnen im rechtsrheinischen Suddentschland, Diss., Jéna, 1907, et Emory R. Johnson. Geographic influences affecting the early development of American commerce (Bull. of the Amer. Geogr. society, 1908, p. 129-143).
IL. — Erupes DEsCRIPTIVES. — Elles sont innombrables : on en citera ici quelques-unes qui ont un intérêt historique ou théorique.
&) ANTIQUITÉ. — Büchsenschütz. Die Hauptstætten des Gewerbefleisses im Klassischen Altertum, 1869 (ouvrage classique). Cf. M. Besnier. Note sur la géographie économique du Maroc dans l'antiquité (Acad. des Inscriptions, compte-rendu, 1906, p. 135-138).
TEMPS MODERNES. — Riches matériaux dans les Mémoires des Intendants, la plupart de 1697-1698 (résumés par Boulainvilliers dans son Etat de la France et dans le Dictionnaire du commerce de Savary). Cf. A. de Saint-Léger. Mémoire concernant la situation économique de la Flandre en 16 99 (Annales de VEst et du Nord, IT, janvier 1907 et suiv.) Comme travaux d’historiens, il faut citer ceux de Germain Martin. La grande industrie sous le règne de Louis X1V, 1898, notamment P. 154-199, 283-305, et La grande industrie sous le règne de Louis X V, 1899 ; et E. Levasseur. Géographie industrielle de ia France en 1789 (dans l'Histoire des classes ouvrières avant 1789, t. IH, p. 671 et suiv.) Pour l'Angleterre, la remarquable description de M. Mantoux, dans La révolution industrielle en Angleterre au XVII siècle, avec cartes de la répartition des industries à diverses époques mettant en lumière leur mouvement vers l'Ouest. On trouvera des renseignements généraux, pour la fin du xvru siècle, dans Peuchet. Dictionnaire
universel de la géographie commerçante, 5 vol. Paris, an VII et suiv.
c) EPOQUE CONTEMPORAINE. — Ouvrages généraux : Chisholm. Handbook of commercial geography, 1901; Trotter. Geography of commerce, 1903; W. Rochelau. Geography of commerce and industry, Boston, 1908 ; J. du Plessis de Grenédan. Géographie agricole de la France et du monde, 1903.
France. — Documents administratifs : Statistique sommaire des industries principales en 1873. Paris, 1874 (cartes de répartition) et recensements professionnels, ne donnant que la population industrielle par départements (v. Album graphique de la statistique générale de la France. Paris, 1907, p. 85- 170; cartes pour les diverses industries. On peut citer aussi quelques bonnes descriptions régionales, accompagnées d’excellentes cartes, dans: Blanchard. La Flandre, ch. XIV, p- 370-508; Demangeon. La plaine picarde, ch. XI et XII, p. 260-304 ; De Félice. La Basse Normandie, ch. XXI, p. 44x- 482 ; Vallaux. La Basse-Bretagne, ch. VII, p. 191-217.
Allemagne. — Les documents officiels sont beaucoup plus riches que les nôtres sur la répartition de l’industrie : Cf. surtout l’étude générale de la localisation des industries dans Statistik des deutschen Reichs, Neue Folge, Bd 119 (1899); voir pour l’industrie des villes ibid, volumes 107, 108, 109, 110, 111, 116, et l’étude de Langhaus basée sur le premier document (Geographische Verbreitung von Industrie und Landwirtschaft im Deutschen Reiche, dans Geographische Mitteilungen, 1900).
Etats-Unis. — L'état ancien a été décrit par Laspeyres (Die Gruppirung der Industrie innerhalb der Nordamerikanischen Union, in Vierteljahrsschrift für Volkswirtschaft und Kulturgeschichte, 1850 et 1871), et par Ratzel. Die Vereinigten Staaten von Amerika, IE, p. 234 sqq., 373 sqq. — Les derniers documents, ceux du Census de 1900, sont synthétisés, dans le Census lui-même, par Hall (The Localisation of Industries; Twelfth census,vol. VII, part. I,chap. I,p. CCX-CCX VII); cette étude a été résumée en Français par M. Hauser (La localisation des industries particulièrement aux Etats-Unis, dans Annales de Géographie, XII, 1903, p. 193-206). Le volume VII du Census sur les Manufactures contient d’ailleurs nombre d’autres rapports sur la distribution des industries, dont nous n’encombrerons pas cette note bibliographique: signalons seulement le $ 34 du ch. Il sur la notion du centre des manufactures et le déplacement de celui-ci vers l'Ouest. — V. l'étude d'ensemble de A. Oppel. Wüirtschaftsgeographie der Vereiniglen Staaten von Nordamerika, Halle, 1907.
Peuples primitifs.—L’'étudedes faits de localisation desindustries chez les peuples de l'Afrique a été faite presque exclusivement par Schurtz(Das Afrikanische Gewerbe, 1900, ch. II, Ortsund Stammgewerbe,p. 29-65) : v. l'étude de cas de localisation particulièrement développés en Afrique dans Kandt, Gewerbe in Ruanda (Zeïtschrift fur Ethnologie, 1903, p. 334) ; et René Maunier, Tableau de la vie économique chez les Somalis, etc. (Congrès colonial français de 1908, p. 227, 228, 232, 233).
UI.— Erupes NorMar1vEs. — Le Parfait négociant de Savary contient déjà des conseils pratiques relatifs au choix du lieu des établissements industriels (édition de 1679, t. I, p. 11, 299, 300 : t. IL, p. 98 sqq.), et de même les traités actuels consacrent
elques pages à cette question : V. Paul Razous, /nstallation de ateliers et usines, 1908. Haberstroh, Weidlich, Gorts et Stegemann, Anlage von Fabriken. Leipzig, 1908.
IV. — ETUDES CORRÉLATIVES. — Certains phénomènes sont trop directement liés à la localisation des industries pour que leur connaissance ne soit pas nécessaire ou simplement utile à son étude.
C’est d’abord la localisation de la richesse, sur laquelle on a une belle étude de Rogers, De la localisation de la richesse en Angleterre aux différentes époques de son histoire, qui forme le chap. VII de l’nterprétation économique de l'histoire ; Cf. aussi, dans Travail et Salaires, le chapitre V, Distribution régionale de la richesse et du commerce au moyen âge ; il faut les compléter par l’article de Sir J. Ramsay. The subsidyrolls of Edward IT (English historical review, avril 1909, qui reprend la question de la distribution de la richesse par comtés). Pour la France, cf. Turquan. Ævaluation de la fortune privée en France et à l'étranger (p. 58-89, richesse par départements, avec cartogrammes). — C’est aussi la géographie des prix étudiée par Engelbrecht. Die geographische Verteilung der Getreidepreise in den Vereinigten Staaten. Berlin, 1903 et Die a Verteilung der Getreidepreise in Indien. Berlin, 1908. — A un point de vue plus général, la géographie de industrie est liée aussi à la géographie monétaire (v. De Foville. La géographie de l’or, dans Annales de géographie, 15 mai 1897).
Mais la localisation des industries conditionne aussi directement des phénomènes non économiques, dont le plus important est la géographie du crime. Le rapport entre les deux se voit à la simple lecture de cartogrammes comme ceux de Guerry. Statistique morale de l'Angleterre comparée à celle de la France ; on en trouvera surtout la démonstration directe dans l’article de E. Tarnowski. Répartition géographique de la criminalité en Russie (Archives d’Anthropologie criminelle, XVI, 1901). D'ailleurs, si avec Tarde on considère le crime comme une industrie, sa géographie appartient légitimement, par certains côtés, à l'étude économique : V. Tarde. Géographie criminelle (dans Criminalité comparée, % éd., 1894, p. 151-165).