‹ La Localisation des Industries UrbainesChapitre 52 sur 126 · I. LE TYPE INDIFFÉRENCIÉ · texte numérisé non relu

I. LE TYPE INDIFFÉRENCIÉ

distinguer nettement des autres et à s'opposer à eux. Aussi chaque partie de la ville se fortifie autant contre les autres que contre l'ennemi commun (1). Non seulement elles ne s’attirent pas d’elles-mêmes, mais elles se repoussent, et il faut l’impérieuse pression de la guerre externe pourles amener à se rapprocher géographiquement.

Pourtant, cette guerre externe contribue aussi à ren-

seul corps. (Mommsen. Histoire romaine, 1, 75-76.) Aussi le Forum lui-même était anciennement un lieu fermé qui avait ses portes (Jordan. Topographie der Stadt Rom, l°, 377-8).— Téhéran était divisé en douze quartiers qui étaient en guerre permanente : les habitants de l’un n’entraient jamais dans les autres (B. de Meynard. Dictionnaire de la Perse, p. 399). — V. Curie Seimbres. Essai sur les bastides, p. 29, lutte entre civesetl burg'enses, gens de la civitas et du burgus ; à Tarbes lefaubourg s’appelle Maubourguet (le mauvais petit bourg) ; de même un faubourg de Bordeaux (Drouyn. Bordeaux vers 1450, p.132).— Luttes entre la ville etle château à Rheïnfelden (Stouff. La description de plusieurs forteresses loc. cit., p. 13, 64. Les bourgeois assiègent le château et le démolissent). — Friedrich Lau. Entwicklung der Kommunalen Verfassung und Verwaitung der Stadt Kœln. 1898, p.161(combats internes à Cologne. Reinhardt. Die Seehandelsstædte, p. 54-55.— Davidsohn. Geschichte von Florenz, I', p. 27-28 (luttes entre le Burg et 'à la ville à Arezzo et à Pérouse), ibid., I, 328-329 luttes anciennes entre les quartiers (portae) à Florence même. — Les textes mêmes prévoient ces luttes et les réglementent V. Ancient laws and customs of theburghs of Scotland (Leges Burgorum, XLVI, p. 22. — De castellano et burgense, et CH, p. 49-50. — De castellano prohibito. — Angleterre. Legs Burgorum dans Houard. Coutumes anglo-normandes, caput XLIX. — De querela inter burgensem et catellanum (t. H, P. 408 : dispositions analogues).

1. À. Rome les divers voici étaient souvent fermés de portes (Baumeister. Denkmæler des Klassischen Altertums, v° Rom, III, 1528 et v° Stadtanlage, UI, 1699. — Richter. Topogr. der Stadt Rom, p. 50). À Babylone temples et palais forment chacun uneforteresse dans la ville (Rawlinson. Topography of Babylon dans History of Herodotus, II, 495). — Maurer. Suedteverfassung, 1, 65 : chacune des parties de la ville garde ses murs même lorsqu'elles sont réunies par un mur commun. Au Japon aussi les rues et quartiers étaient murés et fermés de portes (Charlevoix. Histoire et description du Japon, p. 11, — V. pour la Chine Farjenel. Le peuple chinois, p. 234). Au Cambodge chaque maison même est protégée par un fossé (Briffaut. La cité annamite, p. 83).

forcer la séparation des parties de la ville, qui tendent déjà d’elles-mêmes à se distinguer ; et cela par plusieurs de ses conséquences. Elle fait d'abord que tout groupement déjà distinct, famille, quartier, faubourg est nécessité à se fortifier (1)et par là elle crée un obstacle à l'unité interne de la ville. De plus, dès que l’état de guerre devient normal, une partie de la ville se sépare du reste, plus spécialement affectée à la défense (2); c'est ordinairement le point même d'où la ville est partie ; par là même la ville est nécessitée à rester quelque chose de distinct de son centre, qui tend à constituer

comme une ville à part (3). Cet état de guerre ren-

1. C’est ainsi que chaque partie de la ville a sa muraille propre: V. Gilbert. Geschichte und Topographie der Stadt Rom, II, 310-311, 321-322. (capitole et ville). — Mommsen. Jlistoire romaine, 1, 69, 70 (Septimontium). — Homo. Lexique de topographie romaine, v° Janiculum, p.316 (le Janicule avait probablement son enceinte propre). — Baumeister. Deukmaæler, v Syrakus, WI, p. 1914 sq., plan, p. 1715. — Cf. Génestal. La tenure en bourgage, p. 244 (bourg de Verneuil comprenant un château et à son pied trois bourgs « dont chacun était clos pour rendre plus difficile la prise de la ville »). — Cf. Pfister.

es Jortifications de Nancy du X VI° siècle à nos jours (Annales Est-Nord, 1, 1905, p. 54-64, rempart spécial de la ville neuve). —Maurer. Stædteverfassung, I, 9 Que 80-83 (murailles spéciales des faubourgs). — KFarjenel. Le peuple chinois, p. 23x (enceinte murée de chaque quartier). — Le Strange. Baghdad during the abbasid Caliphate, 1900, p. 47 (murailles intérieures). — Hunter. Zmperial gazetteer of India, VII, 268 (Kaboul: chaque quartier étant spécialement fortifié, la ville constitue comme une multiplicité de forteresses).

2. V. Diehl. L’Afrique byzantine, p. 186, 190 sqq. ; 295 sqq. formation de citadelles distinctes des villes qu’elles défendent et qui quelquefois même sont ouvertes). A Constantinople le quartier des Vénitiens était muré et de plus possédait une citadelle interne (Heyd. Histoire du commerce du Levant, I, 285-286).

3. Ibn Batoutah disait de la forteresse d'Alep qu’elle était une véritable ville dans la ville (Voyages d’Ibn-Batoutah, 1, 1853, p. 148-150). — A Bagdad même la forteresse que contient le faubourg forme une petite villeavecses bains, sesmosquées et ses bazars (Huart. Hist. de Bagdad dans les temps modernes, p. XD. — Cf. J. de Crozals. Bizerte (Revue de Géo., 1881, p.190, la Kasbah est « une ville dans la ville »).

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force aussi la nécessité de faire les dimensions de ce centre aussi restreintes que possible (1) dans le but de rendre la résistance plus facile, et par là empêche encore l'agglomération filiale de se fondre avec lui. Quand se forment les abbayes et les bourgs, attirés par la protection du castrum, ils sont ainsi nécessités à se constituer en dehors de celui-ci et à part (2); c’est ainsi que les églises et les abbayes, qui sont les germes essentiels des faubourgs, apparaissent toujours en dehors du germe premier (3).

On voit ainsi que, par des voies multiples, l’origine et la fonction de la ville réagissent sur son organisation géographique et économique (4). Mais celle-ci peut subir

1. V. sur l’action de cette nécessité : Diehl. L'Afrique byzantine, 184-185 (réduction de l’enceinte laissant en dehors d’elle une partie de la ville). — Cf. A. Blanchet. Villes de la Gaule romaine aux I® et IV® siècles de notre ère. (Acad. des Inscr., C-T., 1906, P. 192-196 : montre que, en raison des progrès de la violence, les muraïlles du 1v° siècle ont un périmètre beaucoup moins développé que celles du 1° siècle). — Cf. aussi sur ce rétrécissement : Grenier. Habitations gauloises et villas latines dans la cité des Médiomatrices, p. 182.

2. Exemple topique à Bordeaux : Rempart gallo-romain de dimensions réduites construit en hâte au moment des invasions : dès le xr1° siècle, la ville se développant, un faubourg considérable se forme à part qui se fortifie(Drouyn. Bordeaux vers 1450, p. 4, 7-8).

3. V. Longnon. Géographie de la Gaule au VF siècle, 1878, p.212 (Dijon). — Ogée (Dict. géographique de la Bretagne,

V, p. 23), prétendait que si les églises n’étaient pas dans l'enceinte des cités c'était « parce qu'on craignait que des étrangers mal intentionnés, sous prétexte d'entendre la messe n’entrassent dans la ville et ne la surprissent ». Rietschel. Die Civitas auf deutschem Boden, p. 65, dit qu’en règle générale les abbayes étaient hors des villes. IL y avait à cela une autre raison ; c’est que les abbayes étant fortifiées constituaient autour des villes un cercle de défense. V. sur ce caractère fortifié des abbayes: Hariulf. Chronique de Saint-Riquier, éd. Lot, p. 229. — Tanon. Les justices ecclésiastiques de Paris, p. 271. L’abbaye est appelée quelquefois castrum (ainsi à Trêves castrum ê. Maximini. Beyer. Mittelrheinisches Urkundenbuch, 1, 4ho).

4. La fonction militaire des villes agit encore autrement. Comme les châteaux-forts sont aux limites des seigneuries,

aussi l’action de causes plus particulières et moins constantes. Certains caractères politico-juridiques que peuvent présenter les parties de la ville tendent à renforcer leur séparation géographique et leur autonomie économique. C’est ainsi que, lorsque le centre d'attraction est un castrum ou un palais royal, sa dignité même peut éloigner de lui les habitations nouvelles et en faire une unité économique fermée (1). D'une autre façon encore l'indépendance économique des divisions locales de la ville est naturellement renforcée par leur autonomie juridique. Le fait qu'elles dépendent de maîtres différents (2) ou constituent des communautés libres distinctes (3) fait obstacle à l'unification économique de la

ville ; car chaque groupe a alors ses privilèges propres,

deux châteaux de seigneuries voisines peuvent être très rapprochés et constituer de véritables villes doubles ; c’est ainsi

ue se sont formées certaines villes saxonnes. (Simon. Die DR or und hire Einfluss auf Stædtentwicklung in Sachsen, p. 55.)

1. À Benin le palais du roi formait une ville à part hors des murs de la ville (Dapper. Description de l'Afrique, p. 308‘ et aucun des gens de l'extérieur ne pourrait même en toucher le mur sous peine de mort, à cause du caractère sacré de cette partie de la ville (Dennett. Black Man's Mind, p. 187). En Annam aussi les parties de la ville forment quelquefois des cercles religieux différents et il est interdit, sous des sanctions assez graves, de passer de l’une dans l’autre. — Briffaut. La cité annamite, p. 84-85.

2. Ce morcellement juridique est fréquent. V. Petit-Dutaillis. Londres au XII: siècle (dans Stubbs, I, 848 : La ville est un assemblage de manoirs, communautés, paroisses, etc., ayant leur vie propre). Souvent la cité et la ville ont leur administration distincte (V. d’Herbomez. Les constitutions de la ville de Tournay, N.R. H., 1906, p. 369 : cité et bourg ont chacun leurs échevins.) — Cf. Die Finanzverwaltung der Stadt Braunschweig bis sum J. 1374, dans Untersuchungen de Gierke, Bd XXXII, p.8 : La ville est divisée en cinq parties ayant chacune son administration financière distincte.

3. V. Koehne. Ursprung der Staditverfassung, 104-105, 137: (indépendance des paroisses). — Liesegang. Zur Verfassungschichte der Stadt Koln (Z. der Savigny S., 1890, XI, p. 14 sqq. : morcellement juridique de Cologne).

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