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2. Ainsi Fez, divisée au xvi1° siècle en deux parties : le Vieux-Fez, comprenant douze quartiers ; le Nouveau-Fez, contenant le palais du roi et le marché, « peuplé surtout de Juifs et d’Orfèvres » (Dapper. Description de l'Afrique, p. 146-147); et aussi la fameuse Khansa {Kinsay de Marco Polo) la grande ville chinoise du moyen âge, formée de six parties ayant chacune leur mur et une enceinte commune. L’une des six parties comprenait le palais et la forteresse, avec leurs artisans spéciaux pouvant aller travailler aux marchés de la ville; il y

éléments nouveaux qui viennent s'ajouter à des éléments préexistants, et de plus ce sont les éléments indifférenciés qui sont toujours antérieurs aux autres (1). Le mécanisme de formation est moins multiple que celui des villes indifférenciées : ni la simple agglomération de villages, ni leur segmentation ne sont valables comme procédés de constitution de la ville différenciée. Mais ce mécanisme général revêt pourtant des modalités diverses selon la nature du lien entre les éléments. Ou bien ils sont rapprochés par une nécessité externe, ou bien c'est l’un d'eux qui attire l’autre ou les autres. Dans le premier cas, c'est une ville différenciée qui vientse placer à côté d’un village (2) ou même d’un hameau (3), qui ne peuvent évidemment être par eux-mêmes la cause génératrice et attractrice de l'élément nouveau. C'est là

d'ailleurs un phénomène relativement récent dans l’his-

avait une autre partie habitée par les marins, pêcheurs, calfats, charpentiers et archers : « Tous sont esclaves du sultan, etinul autre n’habite avec eux ». (Voyage d’Ibn-Batoutah, IV, 284 sqq-)

1. Signalons pourtant quelques exceptions. Ainsi à Pegu au xvi* siècle c'était la vieille ville qui était habitée par les marchands, la nouvelle ville était occupée parle Palais-Royal (Hunter, op. cit., XI, 126.)

2. Cf. Schulte. Die Reichenauer Stædtegründungen, p. 141 (Radolfzell, 1100, établissement marchand s’accole à un village). — Gothein. Wirtschaftsg'eschichte des Schwarzwaldes, I, 33-84 (Villingen), 148. — Rietschel. Markt und Stadt, p. 125, 126 (rarement l’établissementmarchand se fonde dans l’ancien village, mais cela arrive quelquefois). — Petit-Dutaillis. L'origine des villes en Angleterre (Stubbs, I, 884 : fondation d’un château et d’un marché près d’un village). — Hunter. Imperial gazetteer of India, VII, 4o (ville de 11.000 habitants, était d’abord un village près duquel un rajah fonda un établissement de marchands et d'artisans).

3. Gothein. Wirischaftsgeschichie des Schwarzwaldes, I, 99 (Fribourg en Brisgau : ville de commerce se fonde près d'un petit hameau ayant seulement une église, et qui devient ensuite un faubourg séparé).

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toire des villes (1); le cas le plus fréquent est l'attraction directe d’une agglomération différenciée par une agglomération indifférenciée. La formation est toujours successive, mais elle l’est alors à des degrés divers, suivant le mode de formation de l'établissement différencié qui joue ici, par rapport à l’autre, le rôle de cenire d’attraction.

Quand l’agglomération indifférenciée est simple — village ou castrum — alors l'addition de la partie différenciée suffit à achever le processus, et la ville se forme ainsi en deux temps. Quand l’agglomération indifférenciée est déjà une ville, les choses peuvent être plus complexes. Si elle s'est formée tout d'une pièce par agglomération de villages (2), alors la ville différenciée se formera encore en deux temps ; mais si le centre d'attraction s’est formé par segmentation d’un établissement plus simple (3) ou par attraction, un plus grand nombre de stades successifs seront nécessaires. Dans ce dernier cas le mécanisme est homogène dans tout son développement ; il est fait d’une série, d’une cascade

1. Rietschel (Markt und Stadt, p. 109) dit que c’est après le xne siècle qu’on commence à fonder des villes marchandes près de lieux qui ne sont pas des centres politiques (castra, palais royaux) ou religieux (évêchés, abbayes); mais toujours on rencontre l'existence d’un vieil établissement agraire qui reste séparé du nouveau (ibid, p. 113).

2. Au xvu' siècle Calcutta était un agrégat de villages pure vint s'ajouter la ville marchande (Hunter, IE, 239, sq.). — La ville de Geseke était faite de six villages auxquels vinrent s’agréger un cloître puis une communauté de marché (J. Lappe. Bauernschaften der Stadt Geseke, Breslau, 1908). — La nouvelle ville de Washington au xvm® siècle, alors centre commercial, fut de même placée près d’une agglomération de villages agricoles. (Porter. The City of Washington, is origin and administration, Johns Hopkins V.S., HT,

ï 3. A. Riga, l’ancienne ville était devenue trop petite: la

d'attractions successives, dont la dernière constitue la ville à l’état différencié.

La partie indifférenciée a pu d'abord résulter de l’attraction d’une agglomération simple par une agglomération simple : alors la ville différenciée sera le produit de deux attractions successives, et se sera fondée en trois moments. C’est là le cas de beaucoup le plus fréquent à l’origine ; tantôt c'est un castrum auquel sont venus s’accoler un village agricole, puis l'établissement marchand (1); ou bien l'élément premier est formé de deux castra (2), ou d’un château et d’une abbaye (3) ; tantôt aussi c'est un vieux village près duquel sont venus successivement se placer un burg, puis le

curtis episcopi se transporta au dehors, et c’est à cet établissement nouveau que vint s’agréger un établissement de mercatores (Bulmerincq. Die Verfassung der Stadt Riga, p, 23-24).

1. Arras : abbaye et bourg de Saint-Vaast, puis village de censuales venus se placer sous sa protection, puis immigration de marchands du x° au xi° siècle. (Des Marez. Propriété foncière villes flamandes, p. 87 sqq.)— Montreuil : château, puis agglomération de maisons tout autour, puis centre de commerce. (Thierry. Monuments, IV, 739-740). — Ravensburg : burg, puis village des serfs forme la ville haute, puis marché (Reinhardt. Volksdichte und Siedlungwerhæltnisse Oberschwabens, p. 105). — Érfurt: burg, village construit à côté, puis marché séparé (Rietschel. Markt und Stadt, p.83 sqq).

2. Merseburg : burg, puis burg contenant la curtis royale construit à côté, puis marché qui forme un établissement régulier, curtilia negotiatiorum extra urbem (Schwarz. ou des Siædtewesens in der Elb-und Saal gegenden, NO 3. Quedlinburg, palais royal, puis cloître, puis ville des marchands (Rietschel. Markt und Stadt, p. 74). — Meissen : château, puis siège épiscopal, puis marché (Simon. Die Verkehrsstrassen und ihr Einfluss auf Stædieentwicklung, p. 69) Lunebourg : burg, cloître, puis salines (Hegel. Stædte und Gilden, X, 425). — Saint-Omer: Villa, puis monastère de Saint-Bertin où déjà une certaine industrie était développée, puis marché dès 874 (Giry. Histoire de Saint-Omer, p. 3, 9, 15, 32-33). — Compiègne, abbaye, séjour royal, marché (Bourgin. La commune de Soissons, p. 235, 242, 254). — Prague: château, puis monastère puis colonie de marchands au pied du château (Celakowsky. Les origines de la constitution municipale de Prague. Nouv. Rev. hist. de Droit, 1905, p. 195 s. 201-202).

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« marché » (1). Non seulement on constate cet état à l'origine de beaucoup de villes (2) ; mais les villes mêmes qui l’ont dépassé en conservent longtemps des traces très nettes (3); la ville de Ratisbonne surtout en offre un exemple remarquable (4).

Les choses sont surtout plus complexes, lorsque l’élément indifférencié est le produit de l'attraction d'une agglomération complexe par une agglomération simple,

soil qu'un castrum ait attiré plusieurs abbayes (5), ou

1. Brême : vieux village de pêcheurs, château épiscopal, puis marché (Rietschel. Markt und Stadt, 81). Minden, mêmes éléments (ibid., p. 100). — Gandershein : village, puis château, puis établissement commercial (Nedderich, in Forschungen zur deutschen Landeskunde, XIV, p. 81),

2. Encore au xvi* siècle, Nancy : château autour duquel croît irrégulièrement la vieille ville en 1568 le duc crée à part la Viile-Neuve, peuplée de commerçants et artisans, d’où son nom de quartier des artisans (Pfister. Histoire de Nancy, I, 1902, p. X-XI). Cet état se modifia d’ailleurs par la suite.

3. Cambridge : château, faubourg formé autour de l’abbaye de Barnwell, et établissement du marché( Maïtland. Township and Borough,p. 52-53). — V. le plan qui, dit-il,indique qu'avant le marché existaient deux communautés distinctes ayant chacune ses propres champs. — Provins : la ville haute s’est faite autour du château comtal, la ville basse autour d’une abbaye, des établissements commerciaux se sont ensuite créés dans les deux parties, mais surtout dans la ville basse (Bourquelot, ur de Provins, 1, 253 sqq., 269 sqq., et plan au début du t. I).

4. APE vers 1050 (dans K. Hegel. Entstehung der deutschen Stadtewesens, p.36). La ville était formée de trois parties : la première contenait le palais du roi et des couvents; c'était le cercle du roi, regius pagus ; la seconde renfermait la cour épiscopale, deux couvents et quelques marchands (aliquibus mercatoribus intermixtis) : c'était le pag'us cleri ; l’ensemble de ces deux parties formait l’antiqua urbs. La troisième partie ou nouvelle ville était habitée par les marchands et artisans ; c'était le pagus mercatorum.

5. Ainsi à Gand oùon trouve un castrum, puis deux abbayes. — Warnkœnig. Histoire de la ville de Gand, p. 10-11, 18-19 ; c’est à ce triple centre que vint s'ajouter le portus grandensis qu; s'établit à part. V. aussi Warnkænig. Histoire de Flandre III, 18-i9). De même à Rennes : Cité, puis Bourg-l'Evéqu, puis autre abbaye avec son faubourg, puis enfin avec Pinv,” sion des Anglais, beaucoup d'artisans normands viennent à, réfugier dansce dernier faubourg qui s’appela Ville-Nouvely,

plusieurs villages agricoles (4), soit qu’à un vieux village soient venus se joindre d’autres organismes (2); ou lorsque cet élément indifférencié résulte de l'attraction d’une agglomération simple par une agglomération complexe (3), ou de l'attraction d’une agglomération complexe par une agglomération complexe (4). Dans ce dernier cas le produit final de cette série d’agrégations successives peut être quelque chose de fort considérable.

(H. Gaillard. De l'influence des conditions topographiques sur le développement de Rennes, Annales de Bretagne, XXIV, avril 1909, p. 336-337.)

1. Ainsi à Magdebourg : castellum, auquel se joignent successivement le village des serfs, deux curtes seigneuriales, puis une abbaye ; enfin, à quelque distance, le marché. (Rietschel. Markt und Stadt, p. 52-54.) Dès le m° siècle les villes avaient déjà leurs faubourgs distincts d’elles et formaient des établissements multiples bien avant l’arrivée des mercatores : V. Kornemann. Zur Stadtentstehung in die ehemals Keltischen und germanischen Gebieten der Ræmerreichs. 1898, p. 3 et Rietschel. Die Civitas auf deutschem Boden, p. 64. — Cf. encore Rietschel. Markt und Stadt, p.66 (Halberstadt).

2. Comme à Pforzheim (Gothein. Pforzeims Verhangenheit, in Forschungen de Schmoller, IX, 3 (1899), p. 5-6) : village centre de routes et marché agricole, auprès duquel s'élèvent une puissante abbaye de bénédictins, puis une curtis seigneuriale puis un burg sur la hauteur, sous la protection duquel se développe ensuite un établissement commercial à planrégulier autour du marché. Aussi à Wesel (Reinhold. Verf. Wesels im Mittelalter,dans Unters. de Gierke, XXII, p. 5 sqq, 9) : villa avec son église puis curtis, puis cloître, puis marché dès 1241). — Hildesheim : curtis ou alte Dorf, puis évêché, autour duquel se développe le neues Dorf; puis Neustadt se forme par immigration de villages voisins: enfin Dammstadt résultant de l'immigration de marchands flamands (Nedderich, in Forsch. zur deutschen Landeskunde, XIV, p. 102). Caen: village, puis deux monastères, puis établissements commerciaux (De Félice. La Basse-Normandie, p. 518).

3. Meaux : ville romaine déjà complexe, puis faubourg et abbaye, enfin marché fortifié hors de la cité (Bourgin, La commune de Soissons, p. 288-289).

4. Quand le castrum était important, il formaït une agglomération complexe, divisée en quartiers : Flach. Origine de l’ancienne France, 1, 239. II, 374 note. — V. Kæhne. Ursprung der deutschen Stadiverfassung,p. 91. (Worms. Antiqua urbs romaine, nova urbs, villa et suburbium, enfin marché.)

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La description même des origines de la ville différenciée présage que ses causes sont beaucoup plus constantes que celles de la ville indifférenciée. Celle-ci était le fait d'une série de mécanismes qualitativement différents, ayant chacun ses causes propres : la ville différenciée est toujours (1) l’effet du même mécanisme d'attraction, multiplié et répété à un nombre plus ou moins grand d'exemplaires. Nous n’aurons donc ici qu’à rechercher des causes générales ; et pour les connaître il faut d’abord dégager les caractères généraux de ce type urbain, dont ses causes doivent justifier l’exis-

tence.

1. Sauf le cas spécial de simple contraction signalé au début, et quise laisse expliquer par les mêmes causes que les formes primitives de la ville indifiérenciée.

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