‹ La Localisation des Industries UrbainesChapitre 64 sur 126 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Caractères généraux de la ville différenciée

Ces caractères ne sont pas exactement opposés à ceux de la ville indifférenciée ; car il y a toujours une partie de la ville différenciée qui n'est qu’un village ou une ville indifférenciée ; ils sont seulement différents.

Ce sont d'abord des caractères de la morphologie de

la ville, puis des caractères de sa fonction.

Les caractères morphologiques sont au nombre de deux. |

Le premier est commun à la ville différenciée et à la ville indifférenciée : c'est que les groupes secondaires qui composent la ville y sont géographiquement distincts. En particulier, la partie différenciée, l’établissement des mercatores est toujours localementséparée de

l'autre : elle constitue un faubourg distinct du bourg

Il. LE TYPE DIFFÉRENCIÉ 155

à fonction agricole et militaire (1); elle est située « hors des murs »(2).

Le second caractère est au contraire normalement spécifique du type différencié : c’est que ces segments locaux distincts ont le plus souvent un plan différent. Le plan de la partie indifférenciée est irrégulier et tortueux ; l'établissement des artisans et des marchands présente au contraire un aspect régulier; les rues y divergent d'un point central, qui est la place du marché (3).

1. À Rome le port resta hors la ville jusqu’à la fin de la République (Homo. Lexique de topogr. romaine. V° Emporiumm, Pp 220). Quant aux marchés, un certain nombre furent englobés dans la ville, mais le Forum lholitorium resta en dehors avec l Horrea (Richter. Topogr. der Stadt Rom, 181 sqq., 212). V. sur ce caractère extérieur du «marché » Pirenne. Villes, Marchés et Marchands au Moyen Age (Revue historique, LX VII, p. 61-62). — Keutgen. Untersuch. über deutschen Stadtverfassung, p D4.— V. les plans dans Philippi. Bischofstædte, p- 8-11, montrant que la communauté de marché s’est toujours constituée en dehors et à part du Domhof. — Cf. Meaux, divisée par la Marne en deux parties appelées la Ville et le Marché (Piganiol de la Force. Nouvelle description de la France, Il, 347-348). — Autres civilisations : G. Le Strange. Baghdad during the abbäsid caliphate, p. 60. — Hunter, op. cit., I, 419 (ville de Bagpat, le quartier agricole ou Æasba et le quartier commerçant ou mandi sont à un demi-mille l’un de l’autre.)

2. C’est l’origine même du mot forum, qui vient de forus, dehors : le forum fut d’abord hors de la cité (Homo. Lexique de topogr. romaine, p. 247-248). — Richter. Topographie der Stadt Rom, p. 165 sq. (extériorité des divers marchés). De même le quartier commerçant de l'Aventin resta hors du pomœærium jusqu'à l’époque de Claude (Homo. Lexique. V° Aventinus mons, p. 70). — À Dijon la place des rues de métiers prouve que «les arts mécaniques ne s’exerçaient que dans les faubourgs, hors des murs de l’ancienne ville». — Courtépée.Description du duché de Bourgogne, 1847, I, p.53). — Cf. un texte cité par Huvelin. Marchés et foires, p. 150 note 5 : (Nec rotaticum infra urbes vel in mercatis extorquendum ». Dans les villes chinoises aussi les établissements commerciaux sont à part de la ville et hors de l’enceinte : Williams. The Middle Kingdom, 1, 192-193. — Colquhoun. Autour du Tonkin, Chine méridionale, 1, p. 61, 87.

3. Fritz. Deutsche Stadtanlag'en, p. 39-40. — Rietschel. Markt und Stadt, p. 128-130. — Reinhardt. Die Seehandelsstaedte, p. 44-45. — V. Hunter. /mpérial gazetteer of India, 1, 225 (Ambala : vieux quartier irrégulier, nouveau quartier régulier)

Cette disposition double n’estpas cependant un caractère absolument constant des villes différenciées : c'en est seulement un caractère très fréquent. Des établissements agricoles peuvent eux-mêmes avoir un plan régulier (1), et inversement l'établissement marchand est

quelquefois du type tortueux (2).

IT

Mais si la morphologie de la ville différenciée ne la distingue pas radicalement de l’autre, en revanche sa fonction présente des caractères vraiment spécifiques.

Les parties de la ville sont différenciées à la fois quant à la nature et quant à l'étendue de leur fonction.

La qualité même des fonctions des parties est sensiblement différente. La partie indifférenciée est le siège d’un complexus de fonctions de nature diverse. Ellen’est pas seulement un organisme économique ; c’est aussi

un centre militaire et un centre politique (3). La partie

IV, 185 sqq. (Delhi : différence de densité entre les parties, le quartier marchand étant le plus dense, l’autre contenant des jardins ; le premier ayant des rues larges et droites, le second formé en grande partie de culs-de-sac), IV, 28r (Dhulia), etc.

1. Notamment les « villes romaines » : Fritz, Deutsche Stadtanlag'en, p. 12-13 (Strasbourg, Metz, Trèves, etc.). — Davidsohn. Geschichte von Florenz, 1, 12.

2. V. Jardé. Délos; fouilles dans le quartier marchand, in Bull. de corr. hellénique, 1906, p. 633 : les rues sont étroites et tortueuses comme dans les autres quartiers.

3. Pirenne. Origine des constitutions urbaines, Revue histori-

il. LE TYPE DIFFERENCIÉ 157

différenciée, au contraire, est un établissement économique : elle est essentiellement, sinon exclusivement, un centre d'industrie (4). De plus, la nature même des fonctions économiques des parties est différente : l’une

est essentiellement un centre agricole, l’autre un centre

que, LVII, p. 60-61 : ses habitants s'appellent milites ou castrenses.—Pirenne. Les villes flamandes avant le XI siècle. (loc. cit., p.18-19) : le castrum comtal est à la fois une demeure princière, lecentre d’un grand domaine,un siège judiciaire, etc. — Cf. Maiïtland. Township and Borough, p. 39 : fonction judiciaire du bourg. — Le bourg, dit Schwarz (Anfange des Stædtewesens, etC., p. 19 sqq.) est un centre à la fois militaire, financier, judiciaire et ecclésiastique ; son essence est ainsi en quelque sorte d’être le centre de plusieurs cercles territoriaux (p. 29) qui peuvent être d’étendue diftérente.

1. Cette différence apparaît nettement à Carcassonne dans un texte de 1475 (V. Sée. Louis XTet les villes, p. 162). Les deux parties de la ville étaient en lutte,les gens du bourg voulaient forcer ceux de la cité à participer à leurs impôts. Or le seul point sur lequel les parties étaient d'accord est que la ville corstituait un établissement double différencié! Les habitans de la Cité, déclarent leurs adversaires, sont assez aysés, et sont la plupart notaires, gens de court et de pratique ; à quoi ceux-ci ripostent : 7! n’y a dans la Cité ne marchands, ne boune ne marchandises que celles qui sont prises dans le

ourg.

a: Cest ce qu'implique le fait que sa population lui vient de gens issus de son entourage immédiat: V. Bücher. Die Bevælkerung vom Frankfurt-a-M. im XIV und XV Jahrhundert, 1, 196.— Otto. Die Bevæœlkerung der Stadt Butzbach, 81-82. — Capasso. La prima età comunalea Bergamo (loc. cit., p.346). — Au reste le fait que l’activité agricole tient encore, même dans les villes différenciées, une place importante, est facilement observable directement. — V. C. Calisse. Æine Kleinstadt im Kirchenstaate (Z. fur Social und Wirtschaftisgeschichte, VIL, 1900,p.187 sqq.—Civita-Vecchià; caractère de communauté agricole quoique déjà port de commerce important). — À Worms, centre industriel et commercial, ayant des colonies marchandes de Frisons et de Juifs, on trouve de l’arable dans les murs mêmes: « ea iurnales terræ arabilis etr uineam in Wormatia » (Koehne. Ursprung der Stadiverfassung',p. 11). A Ratisbonne dont on a vu la nette différenciation interne, on trouve des mentions analogues: « Item quicumque domos, vineas, areas,curias vel alias possessiones infra terminos pacis civitas R... » Gaupp. (Deutsche Stadirechte des Mittelalters, T, 169 ; 1230).— Vignes «en la ville » à Amiens(Thierry, Monuments, IE, 218). Au xvr° siècle l'enceinte de Lyon «continet complures areas, hortos ac vineas » (Merian. T'opographia Galliæ, pars quinta, p. 9).— V. le plan de Rotterdam dans Guichardin. Des-

industriel et commercial (1). Mais si les fonctions des parties sont ainsi différentes, elles ne sont pas opposées ; la différence entre elles n’est pas que chacune est le siège exclusif d’une certaine fonction, mais elle consiste en ce que l’une seulement d’entre elles possède des fonctions économiques spéciales : elles se distinguent par le degré, non par la qualité de leur spécialisation fonctionnelle, Et encore chacune d’elles continue-t-elle de posséder l'ensemble des fonctions économiques : le groupe des marchands pratique l'agriculture (2), comme le groupe agricole pratique l’industrie au moins sous la forme domestique. La différence entre eux est surtout dansla proportion des diverses fonctions : ce ne sont plus les mêmes fonctions qui prédominent chez l'un et chez

l’autre.

cription du Pays-Bas, après la p. 278; nombreux espaces vides et jardins. Les villes commerçantes ont souvent aussileur allmend ; ainsi Fribourg (Gothein, Wüiirischaftsgesch. des Sch., I, 101-102). A Florence même (plan dans Davidsohn. Geschichte von Florenz, I, à la fin (on trouve de nombreux jardins dans l’enceinte.

1. On a pour Cambridge des preuves statistiques ; le nombre des boutiques dans la paroisse du marché etla paroisse voisine était de 45: dans les autres respectivement 1, 5,5,3, 1, 2, 4,9: en tout 75; plus des deux tiers étaient donc concentrées dans les deux premières (Mailand. Township and Borough, p. 102). Ces chiffres montrent qu’il ne faudrait pas exagérer la portée en sens contraire des textes qui impliquent la présence de mercatores dans les diverses parties de la ville, comme le statut de la gilde de Saint-Omer:« Si quis mercator manens . villa nostra vel in suburbio ». dans Gross. Gild Merchant,

2. À Rome subsistance de jardins dans le quartier commerçant de l’Aventin (Gilbert, Gesch. und Topogr. der Stadt Rom, IT, 443.) Les marchands ont le droit d’user de l’allmend (Von Below, Entstehung d.d.Stadtgemeinde, p. 3x1). — Cf. Gothein, Wirtischafesgtch. der Schwarzwaldes, 1, 51, 52, Constance.) — À. Riga la plupart des marchands ont du bétail et des chevaux (Bulmerincq, Verfassung der Stadt Riga im ersten Jahrhundert der Stadt, p. 19.) Les marchands sont souvent

il. LE TYPE DIFFÉRENCIÉ 159

Pourtant, cette différence tend souvent à se traduire dans le droit, et à devenir obligatoire. C’est seulement dans une partie de la ville que le commerce est permis (1) ; l'obligation de travailler sur le marché (2) et surtout celle de vendre au marché ou à la halle de la ville, se maintiennent bien après que la ville

a dépassé le type simple que nous analysons (3) ; on en

visés comme possédant des curtes (v. Inama-Sternegg, Deutsche Wirtschafsgeschichte, VI 93 note : «.. et omnia curtilia infra et extra urbem que negotiatiores possident ». Cf. Urkundenbuch der Stadt Strassburg, 1, 256 : «... cunonis inter mercatores relictæ agri». — Otto, Die Bevælkerung der Stadt Butzbach, p. 54. — Même chose en Chine, autrefois les marchands de Canton avaient leurs champs cultivés près de l’établissement spécial qu’ils formaient (Williams. Middle Kingdom, 1, 736). Ce sont là peut-être des survivances des vieilles économies domaniales où les artisans étaient tenus comme les autres de travail agricole et avaient leurs terres (v. par ex. Scebohm, The tribal system in Wales, p. 11-12, 1).

1. Nous nous dispensons sur ce point de références que nous pourrions faire très nombreuses. Faisons seulement remarquer que cette obligation n’est pas spéciale à notre moyen âge; on la retrouve à Kashgar (Burnes, Cabool, p. 221 ; le commerce est seulement permis dans une partie de la ville ; chacun reçoit en entrant un morceau de bois qu’il doit montrer en sortant), en Chine (Huvelin, Marchés et foires, p. 53), chez les Somalis, etc.

a. Par ex-interdiction de couper des draps hors de la halle (G. van Severen, Coutumes de la ville de Bruges, XX, 83, 1477).

3. Ainsi à Strasbourg en 1405 (Schmoller, Strassburg zur Zeit der Zunftkampfe, p.97), à Munster en 1622 (Kumbholtz, Die Gewerbe der Stadt Munster, etc., p. 228-226), à Bruxelles en 1497. (Des Marez, Org. du travail à Bruxelles au X V® siècle,

. 305), à Courtrai au xv‘ siècle (Limburg-Stirum, Coutumes de la ville de Courtrai, 1, 221), à Paris autemps du Livre des Métiers, obligation seulement à certains jours (Livre des Métiers, éd. Lespinasse, p. CXXXIV); certains métiers sont exemptés de cette obligation ; à Liège au xiv° siècle. (Thonnar, Le tissage de la laine en pays Wallon, dans Ind. à domicile en Belgique, VI, p. 44). Le commerce agricole est encore soumis au xvir1° siècle à ces contraintes de marché : V. C. Bloch. Le commerce des grains à Orléans (Etudes hist. écon. France, p. 51). — Girod, Les subsistances à Dijon au X VIII siècle, p. VI. — Letaconnoux, Les subsistances et le commerce des grains en Bretagne au XVIII siècle, 1909,

trouve encore des survivances très nettes dans le système international des foires (1).

Tout cela réagit sur la fonction de la ville considérée globalement ; la conséquence en est que la ville est maintenant fonctionnellement différenciée du plat pays. Au lieu de n’être qu'un district rural de dimensions particulièrement restreintes, elle est le siège propre des fonctions industrielles et commerciales ; et ce fait devient vite aussi une règle juridique : la contrainte de la ville (Stadtzwang), c’est-à-dire la limitation obligatoire du commerce et de l’industrie à l’espace de la ville, n’est que le pendant et comme l'élargissement de la contrainte de marché (Marktzwang). L'exercice des métiers spécialisés est interdit en dehors de la ville (2) ou en dehors d’un rayon déterminé autour de la ville (3) ; une division du travail obligatoire tend ainsi à s'établir entre la ville et le plat pays ; les règles qui la commandent laissent dans les types urbains plus élevés des survivances nombreuses (4).

1. Warnkœænig, Histoire de Flandre, I], 184 (foires de Thourout ; interdietion temporaine de vendre ailleurs qu’en foire.) 2. Déjà au temps du Domesday: Let no man bargain out of port (v. Ballard. Domesday Boroughs, p. 115 sqq.) — V. Taïit. Mediaeval Manchester, p. 91-92. Nous nous dispenserons encore ici de références ; mentionnons que cette contrainte se retrouve aux origines des colonies anglaises de l'Amérique ; en 1655 on restreint en Virginie le droit de commerce à deux marchés (Ingle. Virginia local institutions, Johns Hopkins U.S., VII 203). En 1680, on ordonne que tout trafic soit fait dans FRS villes (Wilhelm. Local institutions of Maryland, ibid,

3° Déprez. Institutions munic. d’Aire-sur-la-Lys, p. 50 : interdiction de travailler à plus de 3 lieues d’Aire.

4. V. pour Paris Livre des métiers, titre LVII, éd. Lespinasse, p. 117-118 : « Nus ne puetne ne doit vendre lin serancié se il n’est serancié et ouvré en la ville de Paris, car l’en ne set

as si bien le lin serancier et ouvrer hors de la ville comme

’en fet dedans. »

Il. LE TYPE DIFFÉRENCIÉ I6I

Beaucoup plus caractéristique et riche de conséquences est la différence quant à l'étendue de la fonction.

LE — Tandis que la partie indifférenciée est le centre politique et économique d’un cercle local restreint, la fonction de la partie différenciée s'étend à un cercle beaucoup plus vaste. La première est une économie relativement fermée ; la seconde au contraire vit moins pour elle-même que pour le dehors. La première est le centre d'un domaine rural toujours restreint ou morcelé ; la seconde est un nœud d’un système de routes par où elle se rattache assez étroitement à tout un ensemble d'économies urbaines déjà assez solidement liées entre elles. L'une est un agrégat inorganisé d’économies familiales repliées sur elles-mêmes ; l'autre est un système de groupes professionnels solidaires entre eux et dépendant étroitement du dehors.

II. — De cette différence entre les parties de la ville quant à l'étendue de leur fonction découlent d’autres différences non moins caractéristiques, qui permettent souvent de déceler indirectement la première.

C’est d'abord une différence quant à l’origine de leurs éléments respectifs. Les habitants de la partie indifiérenciée viennent des environs immédiats de la ville et

sont d'origine rurale (1) ; les mercatores, au contraire,

1. Voir ci-dessus p. 157, le commencement de la note 2. Maunier I1

viennent pour la plupart de loin (1), et sont d'origine urbaine (2) ; ils se sont détachés d'économies urbaines déjà constituées. L'origine et la composition sociale des deux divisions de la ville sont ainsi radicalement différentes ; l’une tire sa vie d'un milieu rural restreint, et

c'est pour ce milieu qu’elle fonctionne ; l’autre au contraire est issue d’un système d'économies urbaines

auquel elle reste reliée, et dont elle est une pièce ; elle est arrégée à un système économique beaucoup plus

vaste. j

1. V. Bungers. Beitræge zur mittelalterlichen Topographie und Statistik der Stadt Kæln; 1896, p. 91-73 : Tandis quedans toutes les anciennes paroisses les immigrants viennent des environs immédiats de la ville, dans les deux paroisses marchandes les zones éloignées donnent un beaucoup plus fort pourcentage. Pour ne donner qu'un exemple, dans une des paroisses à caractère rural, 81 o/o des habitants viennent de moins de 55 kilomètres et 18 0/0 de plus de 75 ; dans chacune des deux paroisses marchandes (les chiffres sont identiques) 58 o/o viennent de moins de 75 kilomètres et 41 o/o de plus de 75.0n trouve une survivance d'oppositions analogues dansle Bâle d'aujourd'hui qui est sorti d’uns ville double différenciée de ce genre. Dans le Grand-Bâle en 1870, 31 0/0 des habitants sont issus de la ville et du canton ; dans le Petit-Bâle qui est l'agglomération industrielle, seulement 29 0/0; dans le Grand- Bâle ily a 28 o/o d'étrangers contre 34 dans le Petit-Bâle (Die Bevælkerung des Kantons Basel-Stadt am 1 Dez. 1850, Bâle 1872, p. 16).

2. À Cologne, 72 0/0 des membres de la gilde de commerce sont venus d’autres villes et 28 o/o seulement de villages (Doren. Kaufmannsg'ilden im Mittelalter, p. 82). Cf. en général Inama-Sternegg, Deutsche Wirtschaftszeschichte, WI, 31 et note. — Bungers. Beitr. zur Topogr. und Statistik der Stadt Kœln, p. 73-74 : dans les paroisses marchandes 68 0/0 des habitants viennent de villes ; dans les autres seulement 40 0/0. Cela tient d’ailleurs à ce que, plus les habitants viennent de loin, plus la proportion des originaires de villes est forte (Bungers, ibid., p. 59 sqq.) : dans un rayon de 15kilomètres, 18 0/0 seulement des immigrants viennent de villes : au contraire, parmi les immigrants venant de plus de 150 kilomètres, 96 o/o viennent de villes, p. 61. — V. aussi Otto. Die Bevælkerung der Stadt Butzbach, p. 82-83, 90, qui a considéré deux zones concentriques d'immigration : dans la zone intérieure 20 0/0 des immigrants sont d’origine urbaine, contre 48 0/0 dans la zone extérieure. Or, on vient de voir que les

Il. LE TYPE DIFFÉRENCIÉ 163

C'est ensuite une différence quant à la localisation des parties. La partie indifférenciée est un organisme terrien et militaire ; l’autre au contraire est rattachée à un système Ge routes dont elle est un nœud : par suite, tandis que la première recherche les hauteurs, la seconde s’installe en plaine, au bord du fleuve : et ainsi se produit normalement entre les parties une différence d'altitude.

C'est enfin une différence quant à leur droit. Le droit de chaque partie correspond à une fonction de nature différente ; la ville différenciée— comme d’ailleurs la ville indifférenciée—se caractérise ainsi par un morcellement juridique très net (1) ; mais ce sont maintenant des droits de nature différente qui y coexistent. Le droit de la partie indifférenciée est le droit rural ; le droit de la partie différenciée est le droit commercial (2) ; et le second, correspondant à une fonction plus étendue, est singulièrement plus large, plus libéral, plus ouvert que mercatores viennent de beaucoup plus loin que les habitants des autres parties de la ville. Et on remarque que corrélativement avec le progrès commercial des villes, la proportion des immigrants d’origine urbaine augmente. A Francfort, au xiv° siècle, 28 0/0 des bourgeois viennent de villes ; au xv° siècle, il y en a 44 0/0 (Lamprecht. Zur Sozialstatistik der deutschen Stadt im Mittelalter, Braun's Archiv., I, p. 528).

1, V. Haussoullier. Vie munic. en Attique,p. 190.— Cf. Des Marez. Prof. foncière dans les villes du Moyen Age, p. 185-186 (droitspécial régnant dans l’espace du portus).— Giry. Histoire de Saint-Omer, p. 147. — Green. Town life inthe fifteenth century, I, 49.— A Gera et à Erfurt, la Domstadt et la Marktstadi ont chacune leurs églises : il était rare qu'une terre qui était dans le cercle de l’ecclesia mercatorum payât cens à l’autre église, et inversement (Rietschel. Entst. der freien Erbleihe Z. der Savigny. S. XXII, 241-243).

2. Huvelin. Essai historique sur le droit des marchés et des Joires, p. 222.

le premier (1). La condition des habitants de l’une et de l’autre partie est toute différente.

De tout cela résulte enfin une conséquence plus générale ; c’est que dans les sociétés où se forment les villes différenciées, il existe des éypes de villes qui, s’ils sont moins nombreux qu'aujourd'hui, sont beaucoup plus nettement différenciés entre eux, spécialement quant à leur fonction. Les villes modernes présentent aussi des types qui sont différenciés quant à la nature de leurs fonctions : villes de commerce, villes d’industrie, etc. ; il y a même des villes qui sont le siège de telle ou telle industrie particulière, ce qui n’existe point dans les sociétés dont nous parlons. Mais cette différenciation dans la qualité de leurs fonctions n’est pas corrélative d’une différenciation dans l’éfendue de cellesci : elle résulte au contraire de l’absence même d’une telle différenciation : car s’il y a entre ces villes une division du travail, c'est parce qu’elles fonctionnent pour un même « marché » très étendu (2) ; elles forment entre elles un système, et elles s’impliquent ; l’étendue de leurs fonctions est la même. Ici, au contraire, les deux sortes de ville, la ville indifférenciée et la ville différenciée, diffèrent entre elles à la fois quant à la nature et quant à l’éfendue de leur fonction, parce qu’elles se rattachent à deux systèmes sociaux diffé-

1. V. Pirenne. Histoire de Belgique, 1, 170. — On a souvent remarqué qne le jus g'entium fut originairement un droit de marché (Sumner-Maine. Ancient Law new. éd., p. 75, note de F. Pollock).

2. V. notre Distribution géographique des industries, p. 21-24.

Page 1