LIVRE Il
Le centre de la ville
Les faits élémentaires de différenciation qui ont été étudiés dans le précédent livre ont un caractère global; c’est-à-dire qu'ils consistent seulement en ce qu’un ensemble complexe de fonctions industrielles, encore assez mal définies, s’est fait une place à part dans une certaine région de l’espace urbain. Dans le type indifférencié, il n'y avait aucune fonction économique qui fût liée à une certaine division locale de la ville ; les régions de la ville étaient homogènes dans leur composition et dans leur fonction. Maintenant il y a dans l’espace urbain luimême un espace plus restreint, où vit un groupe d’artisans et de marchands professionnels, et qui est le siège : propre et plusou moins exclusif de l’ensemble des fonctions industrielles. C’est, au point de vue économique, comme le centre de la ville (1) : c’est là que la vie écomique de la ville atteint son maximum d'intensité.
Mais l'organe spécial ainsi constitué n’est pas non
1. Il ne l’est d’abord pas au point de vue géographique ; on a vu au contraire que c’est normalement un Jaubourg. Mais sonimportance fait qu’il devient peu à peule centre géographique de la ville, d’autres faubourgs se formant autour de lui et l’entourant comme d’un anneau. On trouve régulièrement le marché au centre de la « vieille ville » ainsi formée,
plus quelque chose d’amorphe ; loin d’être homogène et simple, il est lui-même organisé. Chacune des fonctions particulières dont il estle support tend elle-même à se faire, à l’intérieur de cet espace, une base géographique définie, età se séparer localement des autres. Les « métiers » prennent, dans l'établissement des marchands, chacun sa place distincte ; c’estun caractère fondamental de cet établissement, qu'il présente dès son origine (1). C’est cette différenciation locale interne qui nous reste à étudier.
Elle affecte des formes assez différentes dont il devra d’abord être fait la description. Les causes spéciales d'où dépendent ces formes seront distinguées, puis seront dégagés les caractères généraux et les causes générales de cette organisation. On étudiera enfin comment et sous l’action de quelles causes elle s’efface, et comment cet effacement est une transition vers la constitution d'industries périphériques, qui sera étudiée dans la section suivante.
1. V. le fameux texte d'Hariulf. Chronique de Saint-Riquier (éd. Lot, appendice VIX, p. 306-308) : les artisans de l’abbaye sont déjà groupés par rues (vicus negotiantium, fabrorum, sculariorum, sellariorum, pistorum, servientium, sutorum, lanistarum, fullinum, pellificum, vinitorum, cauponum). De même les artisans de l’abbaye de Prüm (Imbart de la Tour, Des immunités commerciales accordées aux Eglises, in Mélanges Monod, p. 76).