LE TYPE DIFFÉRENCIÉ
Ici encore les caractères de chacune des parties conspirent au même résultat (1).
I. — Considérons les caractères de la partie indifférenciée. Sa morphologie est particulièrement efficace dans cette mise à l’écart des fonctions nouvelles. La faiblesse de sa dimension force les nouveaux arrivants à s'établir en dehors d'elle (2) ; sa structure interne, irrégulière et tortueuse, est mal adaptée aux nécessités d'un organe commercial, qui a besoin de former une unité plus réelle, de s’ordonner autour d’un point central, le marché, où s’accomplit l’essentiel de sa vie, et par suitedoit s'organiser sur un plan régulier.
Sa fonction aussi repousse en quelque sorte la fonction nouvelle : ce sont ici les fonctions qui tendent à se localiser l’une par rapport à l’autre. Elles y tendent d’abord directement. On a vu comment à l'intérieur même des villes indifférenciées, la guerre déterminait la formation d’un organe spécial, de dimension plus faible, la citadelle. C’est que la défense est d’autant moins facile
1. On a déjà noté l’influence du mode successif de formation de la ville ; elle seretrouve ici intensifiée du fait que les différences d’origines et de mœurs sont plus nettes.
2. À Rome déjà c’est la petitesse de la ville qui fit qu'au temps de Servius les marchés se développant ne trouvèrent place qu’en dehors des murs (sauf le Forum boarium) ; l'Emporium se développa ainsi en un faubourg qui restera à part de la ville jusqu’à l’époque d’Auguste (Richter. Topographie der Stadt Rom, 1901, p. 48-49, 53). Au Moyen Age les anciennes villes formaient un cercle qui ne dépassait guère 500 à 600 mètres de diamètre (Heïil. Die deutschen Stædte im Mittelalter, p. 49). Cependant quand le vieux bourg était assez important les marchands se fixaient à son intérieur (Keutgen. Ursprung der Stadtverfassung, etc. p. 5o). Aujourd’hui encore quand une vieille ville se développe en centre de commerce, les établissements commerciaux s’éloignent de l’ancienne cité enserrée dans ses remparts ; ainsi à Ostende, à Dunkerque (R. Blanchard. La Flandre, p. 256).
que le cercle spécial à défendre est plus étendu. L’établissement total lui-même est ainsi amené à se contracter (1) et par là encore le groupe des marchands est nécessité à former un établissement distinct. La fonction tend à ce même résultat d’une autre manière encore; l’ancien établissement étant, de par sa fonction, fixé à une certaine altitude, sa capacité d'extension est par là même limitée.
Mais la fonction ancienne repousse aussi la fonction spécialisée par des voies moins directes. Par le seul fait de cette différence de fonctions, il existe entre les deux parties de la ville une différence profonde d'origines, de mœurs et de droit, et par là une opposition morale, qui se traduit facilement par une opposition locale. Mais nous allons revenir sur ce point.
II. — Les caractères de la partie différenciée tendent peut-être plus efficacement encore à l’isoler de l’autre. La morphologie ne peut sans doute déterminer une séparation locale ; elle peut seulement renforcer une séparation instituée par d'autres causes ; puisqu'elle n'existe qu'une fois l’agglomération formée et établie, elle ne peut rendre compte des modalités de cet établissement. Mais elle peut les aggraver ; c'est ainsi qu'en raison de l’état de guerre l’agglomération mar-
chande, une fois fixée à part de l’autre, se fortifie à
1. Quand fut fondée au xvirr siècle Philadelphie, on voulaït d'abord faire une ville très vaste : mais dans un état de guerre où la protection mutuelle des voisins est souvent nécessaire, on vit les inconvénients de cela, et on ne donna à la ville que le sixième de la surface d’abord prévue (U. S. Census, 1680, vol. XVIII, Social statistics of cities, p. 777).
Il. LE TYPE DIFFÉRENCIÉ 175
son tour, ce qui suffit à la séparer de la première avec plus de netteté.
En revanche, sa fonction en exige plus impérieusement l'isolement originaire, par des voies à la fois directes et indirectes.
Tout d’abord, le fait que le groupe marchand est composé d'individus exerçant une fonction spéciale et commune suffit, dans un milieu aussi troublé, à rapprocher étroitement ses membres, et à lui donner une forte personnalité. Le danger les agglomère en une unité compacte (1) et les incite à vivre ensemble et à part, exactement comme les membres d’une famille (2), et par là leur fonction se trouve du même coup localisée
Mais c’est surtout par des voies indirectes que la fonction du groupe spécialisé travaille à sa localisation, et l’incite à s’abstraire du groupe agricole préexistant. L'étendue de sa fonction implique que les mercatores
sont des gens qui viennent de loin, des étrangers (3),
1, C’est ce que manifeste la formation des gildes de marchands : V. Pirenne, Revue historique, LVIL p. 81-83 — Kæhne. Ursprung der Stadtverfassung, p. 53 sqq. (Worms 1106, Mayence 1075).— Philippi Bischofsstædte, p.76. — Inama-Sternegg. Deutsche Wirtschaftsgesch. II, 97-98 (Ratisbonne). Dans l’ancien Mexique déjà les marchands formaient des sortes d’associations ayant leurs chefs spéciaux : Sahagun. Histoire des choses de la Nouvelle-Espagne, trad. Jourdanet- Siméon, p. 547-548. — Cf. en général Gross. The Gild Merchant. Oxford, 1890.
2. M. Flach (Origines de l’ancienne France, II, 368) fait ce rapprochement.
3. A. Athènes déjà les Métèques l’emportaient de beaucoup sur les citoyens dans les professions industrielles. (Clerc. Les métèques athéniens, p. 390-391). Au Moyen Age les marchands et artisans sont le plus souvent des Frisons (Kæhne, Ursprung der Stadtverfassung, p. 84-85. Inama-Sternegg. II.
qui sont et restent en rapport étroit avec le dehors, et qui ainsi ne sont jamais agrégés complètement à la société locale où ils s’établissent ; celle-ci ne leur fournit qu'une base matérielle ; ils ne vivent pas avec elle d’une vie commune, et ils restent juridiquement rattachés à leur groupe d’origine. Aussi les tient-elle à l'écart ; elle a pour ces étrangers une véritable aversion. Dans un pareil milieu, l'étranger est toujours l'ennemi au moins virtuel (1), contre lequel
toutes les précautions sont bonnes ; aussi on force les
marchands étrangers à résider hors de la ville, (2), ou
374-355) des Polonais (Kallsen. Die deutschen Stædte, p. 187- 188), des Juifs (Heyd. Hist. du commerce du Levant, I, 179, et passim), À. Cologne la plupart des membres de la gilde marchande sont d’origine étrangère (M. Saint-Léon, Corporations, p. 39 note2). Encore au xve s. (Green. Town life, 1, 83-84) le commerce est surtout aux mains des étrangers. Dans l’ancien Caire déjà la plupart des marchands et artisans étaient des étrangers. (Dapper. Description de l'Afrique, p. 56-57) qui habitaient les faubourgs.— V.aussi The Book of ser Marco Polo éd. Yule. I, 412 (à Pékin les marchands étrangers habitent dans les faubourg où chaque peuple a son hôtellerie spéciale).
1. Dans l’ancienne Amérique les marchands entraient dans les diverses provinces en se déguisant pour qu’on ne sût pas qu'ils étaient Mexicains : «car s’ils étaient reconnus ils étaient mis à mort. » (Sahagun. Histoire des choses de la Nouvelle- Espagne, p. 560.) En. Angleterre la distinction était sévèrement faite entre les gens dans et les gens hors les murs, parmi lesquels les marchands étrangers : au marché ils avaient leurs stalles à part. (Green. Town life, I, 4o.)
2. Ainsi à Bagdad les marchés furent relégués hors de la ville parce que les marchands sont des étrangers qui iront raconter chez eux les affaires du calife, et parce que si les marchés sont dans la ville l'ennemi entrera facilement. (Salmon. L'introduction topogr. à l’hist. de Baghad, p. 44, 99, ce fut l’origine du faubourg marchand de Karkh.) — A Constantinople les marchands Re eurent beaucoup de mal à obtenir un emplacement dans la ville ; ils restèrent longtemps relégués trans Constantinopolim. (Heyd. Hist. du commerce du Levant, 1, 205, 210, 253.) — A Mogador les marchands juifs devaient résider dans la ville extérieure avec les marchands
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même on les confine dans une aire restreinte (1). : La nature même de la fonction nouvelle a des effets du même genre. Elle fait que ceux qui l'exercent sont d'origine urbaine, et sont issus par conséquent d’un milieu social fort différent du milieu à demi rural où ils s’éta. blissent ; ce qui les fait davantage encore étrangers à ce milieu. Elle fait aussi que la composition des deux groupes sociaux qui forment la ville est toute autre ; l’un a pour élément le miles et le rusticus, l’autre le mercator:' or, ce sont là des classes sociales qui sont en antagonisme constant et par suite ne se mêlent pas facilement. Souvent même les deux parties de la ville sont en lutte ouverte et permanente {1). Enfin et surtout, la nature de la fonction industrielle et commerciale lui interdit de
se fixer sur la hauteur, et lui commande de s'établir en
étrangers, non dans la citadelle. (Jackson. An account of Morocco, p. 108.) — Significative aussi est cette inscription gravée sur le roc de la citadelle d’une ville antique : « Qu’aucun étranger ne pénètre dans cette enceinte sans la permission du commandant de la citadelle. Quiconque sera pris... si c’est un homme libre il encourra la peine du bannissement. » (H. Grégoire. Rapport sur un voyage dans le Pont et en Cap- Pare, Bull. de Corr. hellénique, XXXIHIE, janvier-février 1909,
j 1. À Canton non seulement les marchands étrangers étaient relégués dans les faubourgs mais ils y étaient confinés dans une aire d'environ 5o acres, qui devint ainsi le quartier du commerce. (Williams. The Middle Kingdom, 1, 167-168.)
2. À Trebizonde, lutte entre les colonies marchandes et les indigènes qui ne s’adonnaient qu'à la petite industrie locale. (Heyd. ÆHisi. du commerce du Levant, I, 104.) — A Toulouse lutte violente entre la cité et le bourg, établissement marchand, et survivances rituelles de cette lutte. (Curie-Seimbres. Essai sur les bastides. p. 30.) — Quand les bourgeois marchands sont devenus nombreux et puissants, ce sont eux à leur tour qui chassent les nobles de la ville; à Fribourg ils leur interdisent dès 1120 d’habiter dans la ville. (Inama-Sternegg. Deustche Wirtschaftsgeschichte, I, 87.)— A Bagdad, la turbulence de la population des marchés, composée surtout de Persans, fut une des causes qui firent confiner les marchés hors de la ville. (Zntrod. topogr. à l'hist. de Bagdad, p. 44.)
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plaine, au bord des fleuves ou des routes, tandis que les organes de défense sont nécessités à se chercher une situation élevée (1). Les deux éléments .de la ville recherchent bien les mêmes points de l’espace social ; mais ils ne leur demandent pas les mêmes qualités, et par suite ils s’y situent différemment. Ils sont régulièrement à des altitudes différentes (2), et c’est normale-
1. Les Lois de Manou (livre VIL$ 71) s’expriment déjà ainsi : « Qu'il (le roi) fasse tout son possible pour se retirer dans une place rendue inaccessible par une montagne; car une telle forteresse est très estimée à cause des nombreux avantages qu’elle présente. »
2. V. Maspero. Hist. des peuples de l'Orient classique, MH, 33-34 (Suse). — Pierre Paris. Elatée, 1892, p. 37 sqq. — Audollent. Carthage romaine, ch. HI et IV. — Jullian. Note sur la topographie de Marseille grecque (Rev. Etudes anciennes, II, 346— Cf. Notes g'allo-romaines, ibid., 1, 313, où il est dit que la ville haute et la ville basse étaient séparées par des champs), et de nombreux exemples dans Piganiol de la Force, Nouvelle description de la France (cf. IE, 309-318, Boulogne-sur- Mer, ville haute et ville basse (port) à cent pas l’une de l’autre). — Ogée. Dict. géogr. de la Bretagne, 1, 159 (Carhaïx). — Boulaïinvilliers: Etat de la France, I], 337 (Blaye, citadelle ou ville haute et ville basse où se fait le commerce des vins). — F. Krone. Die deutsche Besiedlung der æstlichen Alpenlander (Forsch.… Landeskunde (I 1889 H-5), p. 396-397. — A Graz distinction du castrum ou haute ville et de l’urbs ou Jorum, centre commercial. — A Bregenz, l'établissement inférieur était une agglomération de pêcheurs et de navigateurs qui était encore plus impérieusement fixée près de l’eau (Schlatterer. Die Ansiedlungen am Bodensee, même recueil, V, 1891, H, 5. p. 397). — A Marbourg on trouve trois parties étagées : le castrum sur la hauteur, une ville intermédiaire, et la ville basse touchant à la rivière Munster. Cosmographie universelle, 1, p. 1505-1506). — A Heidelberg la ville est au bord de l’eau avec la monnaie et un grand espace vide la sépare du château (ibid., 1, 1384-1385). — V. Guichardin. La description des Pays-Bas, p. 158 sq. (Limbourg), plan après 456 (Namur). — Carey a excellemment décrit (Principes de science sociale, 1, p. 137, note 2) un ancien établissement anglais de ce genre, divisé en deux parties : Over-Combe où résident les yeomen cultivateurs, sur la hauteur, et Nether- Combe, près de la rivière où sont les drapiers, foulons et teinturiers, — V. Freeman. English towns and districts, p. 56 (Bristol, Exeter). — Même structure dans les villes orientales : à Beyrouth et à Alexandrie, ville haute avec forteresse à rues étroites et mortes, et ville basse où règne l’animation du commerce et où sont les étrangers (Bastian. Syrien’s Stædte, dans Geogr. Bilder, p. 227).
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ment la partie la plus ancienne de la villequiest la plus élevée. L'évolution de la ville est ainsi caractérisée par un mouvement de descente (1) dont on peut saisir dans certains cas le point de départ (2) et le point d’arrivée(3). Le siège naturel des établissements de défense est sur les
hauteurs; aussi dès que la guerre augmente d'intensité
1. Ce développement historique des villes de haut en bas est un fait bien connu, et on le retrouve dans les civilisations les plus diverses. — Antiquité. — A. Grenier. L'histoire des origines de Rome, J. des Savants, 1908, p.-589-590. — Toutain. Les cités romaines de la Tunisie, p. 46 sqq; déjà pour l'antiquité Strabon, livre VI, ch. II, $ 2 (Albe : trad. Tardieu, I, 181). —— Schliemann. Jlios, p. 338-339 (la première colonisation de Troie n’avait pas de ville basse). — Hirschfeld. Zur Typologie griechischer Ansiedlungen, in Mélanges Curtius, p-362.— Hanriot, fopogrudes dèmes de l’Attique(Athènes p.6,8. —Magoflin. Topography of Praeneste,p.20.— Jullian. Les villes Jortes de la Gaule romaine, J. des Savants, 1908, p. 94-75. — Moyen Age. Lauer. La cité carolingienne de Cencelle, Mélanges Ecole Rome, XX, 1900, p. 147 sqq., (formation du centre commercial de Cività-Vecchia. — Vigie. Les bastides du Périgord, p. 22. — Demangeon. La plaine picarde, p. 396 (bonne analyse des causes). — Même une ville comme Provins, qui devint le plus grand centre de commerce de la France « n’occupait autrefois quele haut de la montagne » (Boulainvilliers. Etat de la France, I, 28). — Reinhardt. Die Seehandelsstædte, p. 25 (Kiel, Lubeck). — De même en Asie (Durrieux et Fauvelle. Samarkand, p. 17) et dans les villes nègres (Spieth. Die Ewe-Stæmme, p. 41° : mais dit 48*, que ce sont encore les hauteurs où la population est le plus dense). — V. en général sur ce mouvement de descente : Carey, Principes de science sociale, tr. fr., 1861, I, p. 116-154, 158 sqq et Ratzel. Die geogr. Lage der grossen Siædte, dans Xleine Schriften, 1906, ]1, 449. — Il faut noter aussi des exceptions : il y a des villes comme Paris qui se sont développées de bas en haut, parties de marais facilement défendables : (v. Beloch. Campanien, p. 127. Puteoli: c’est le port qui est la vieille ville.) II en est ainsi à Beauvais (v. une intéressante carte des accroissements successifs dans Fèvre et Hauser. Régions et pays de France, 1909, fig. 48, p. 161).
2. Ainsi à Mycènes (Schliemann. Mycènes, p. 95) c'était sur la hauteur qu'était la partie la plus considérable et la plus dense.— De même à Autun Munster. Cosmographie, I, 2° s. p. 292 sq. et à Auch ibid. 1, 375 : « ville peu peuplée vers la rivière, mais au hault qui fait le corps de la cité elle est très bien peuplée et remplie ».
3. Mayence dès 1157 nous est décrite comme une ville très peuplée là où elle touche le fleuve, mais peu habitée de l’autre côté (sur la hauteur). — Hegel. Entstehung d. d. Siæd-
tewesens, p. 35.
on voit la ville remonter vers celles-ci (1). Au contraire, le siège presque nécessaire des élablissements industriels et commerciaux est dans les dépressions, et ainsi, du fait de la différence de leurs fonctions, les deux élé-
ments de la ville sont comme tirés en des sens opposés
par des forces antagoniqués (2).
IV. — Ce ne sont pas seulement les fonctions quitendent d’elles-mêmes à s’isoler les unes des autres : les caractères à elles attribués par la conscience collective, dans certaines des sociétés où se forment les villes différenciées, tendent au même effet. Souvent le germe de la ville prend un caractère religieux et sacré qui éloigne de lui toute activité profane (3) ; ou inversement, les
1. V. Demangeon. La plaine picarde, p. 393 (Montdidier, ville basse abandonnée au xv'siècle; les habitants se réfugient dans la ville haute).
2.'Le climat détermine aussi des séparations analogues dans les fondations délibérées et artificielles ; c’est ainsi que Bingerville fut formée d’une ville basse consacrée aux factoreries, et sur la hauteur une ville administrative complètement séparée de la ville commerciale (Notice sur la côte d'Ivoire, 1900, p. 28).
3. C’est ainsi qu'à Rome l’arx, le capitole, ville religieuse, était tout à fait à part de la ville et s’opposait à l’urbs ; il métait pas compris dans les quatre régions de Servius (Karlowa, Intra pomœærium und extra pomærium, 1896, p. 4). — Les marchands amènent des dieux étrangers ; or le sol de la ville est réservé aux dieux nationaux ; ce fut une des raisons qui tinrent à l’écart la communauté marchande de l’Aventin (Merlin. Z’Aventin dans l'Antiquité, p. 66-68) dont les sacra perigrina étaient opposés aux dit indig'etes. — À Marseille, larx ou cité sainte est, on l’a vu, séparée de la ville des marchands (V. Jullian. Histoire de la Gaule, 1, 208-211). A Athènes le Burg, en sa qualité de lieu saint, ne pouvait même plus être habité (Wachsmuth. Die Stadt Athenim Altertum, 1, 347). — A Rome on interdit de bâtir des maisons sur le mont Capitolin. (Jordan. Topographie der Stadt Rom, °, 119-120) ; les hauteurs étaient le séjour naturel des dieux, qui ainsi s'isolaient extérieurement de la vie profane, (Jullian. La structure et le sol de Paris. Revue bleue, 26 janvier 1907, p. 14-15 du tirage à part). — D'autre fois les hauteurs sont réservées aux classes élevées. (Dapper. Description de l’Afrique, p. 343) ou aux palais royaux (Durieux et Fauvelle, Samnarkand, p. 244) pour marquer extérieurement leur supériorité sociale.
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fonctions industrielles, participant du caractère de tout ce qui est nouveau sont, quand elles apparaissent, considérées comme quelque chose d'impur (1). Les classes sociales qui les exercent deviennent de véritables castes, tenues à l'écart et par là l'ensemble des fonctions nouvelles se trouve indirectement localisé à part et en de-
hors de l'établissement primitif.
1. Aristote déjà voulait que le marché fût séparé des lieux saints.— V. pour les faits p. 310.
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