V. déjà Sauval. Antiquités de Paris, 1, 182-183, II, 3x
4. On trouve même une rue de la Pelleterie dès le xrre siècle (Poète. L'enfance de Paris, p. 212) et une rue de la Vannerie, Vaneria, dès 1252 (Jaillot. Recherches critiques sur Paris, HI, 53). — V. dans le Livre des Métiers, éd. Lespinasse, l’Index, Ve Rues permettant de déterminer les rues où habitent les jurés des différents métiers ; nous en avons fait un tableau que nous ne donnons pas ici. Pour ne fournir que quelques exemples, la rue des Blancs-Manteaux comprend deux jurés tisserands, la rue du Lion deux couteliers, etc. Mais on trouve des jurés de professions diverses dans la même rue (ex. Quiquempoit : un coutelier, un dorelotier, un courroyer), et des jurés de la même profession dans des rues différentes quoique dans le même quartier (gainiers autour du Châtelet, tisserands près du Temple, etc.).
5. Le Livre de la taille de 1292 est beaucoup plus précis que le Livre des Métiers. Voir Géraud. Paris sous Philippe le Bel, qui fait un inventaire des rues de métiers mentionnées dans ce recensement. La proportion des gens dumétieraux autres va-
début même du xv° siècle (1), el il en subsiste ailleurs des traces nombreuses dans les temps plus récents (2. On peut enfin voir cette distribution locale des métiers richement développée dans de grandes villes orientales du moÿen âge comme Damas (3) et Bagdad ; c'est même là que nous en avons trouvé les exemplaires les
plus complexes.
rie suivant les rues. Dans la rue de la Poulaillerie (p. 258) il y a 11 poulaillers sur 33 contribuables ; dans la rue de la Sellerie (texte, p. 96) il y a 24 selliers, 14 lormiers (qui n'étaient qu'une spécialité des selliers), 2 peintres et 5 chapeliers.
1. Description de Guillebert de Metz (1407) dans Leroux de Lincy. Paris et ses historiens. On y voit mentionnées des rues de métiers à la fois dans la cité (vieille draperie, barillerie, ganterie, saveterie, juiverie, pelleterie) dans la ville, où elles sont de beaucoup le plus nombreuses (la description y mentionne une trentaine de rues comme étant habitées par les gens d’un certain métier) et dans l’Université (rue des cordiers, des écrivains, des parcheminiers, des Englois « ou les bons couteliers demeurent », la boucherie, la poissonnerie).
2. À Anvers au xvu° siècle (Le Roy. Notitia agri et urbi Antverpiensis, xvir siècle plan : De Cooper straet, Silversmit straet. Brouwers straet, schomakers straet, etc. A Londres au xvrr° siècle (mentions dans les Natural and political Observations de Graunt, dans Economic Works of sir W. Petty, éd. Hull. IX, 364 ; Irmonger Lane,305 Milk Street, on a vu plus haut ces deux rues mentionnées dès le xrn° siècle) et au xvirre siècle : Anonyme. À new review of London, 1728 (liste alphabétique des rues de Londres, cf. p. 31, Smith’s alley, Shoemakers row, p. 36, Worsted street, etc.). — A Strasbourg à la fin du xviue siècle (J.F. Hermann.Notices historiques sur Strasbourg Ï, 213, 215-220, 223-225 : une vingtaine de rues portant des noms de métiers sont énumérées). Lyon (xvirr s.) : Tableau de Lyon, 5.1, 1760, plan : rues de la draperie, poulaillerie, fromagerie, etc. — Cf. Boissonnade. Org. du travail en Poitou, 11, 144. (xXvur° siècle).
3. Sauvaire. Description de Damas, in Journal Asiatique, 3° série, Vlet VII Nous faisons l’énumération des principales rues y mentionnées pour faire voir jusqu'où a pu atteindre cette spécialisation locale.—Montée du lin: marche de ceux qui fabriquent les ventouses : rue des fabricants d’écuelles ; marché des marchands decoton,marché des marchands de calottes, marché des vanniers, marché des selliers, marché des marchands de curiosité, fonderie du fer, marché des boulangers, marché du change, rue des Cordiers, rue des Grainetiers, marché des fabricants de bâtis, coupole de la viande, ruelle des Grainetiers, rue des Trieurs-de-Monnaies (?), rue des Légumes, maxché des fabricants de vases à traire le lait, rue du Fro-
L'organisation locale des métiers apparaît ainsi comme douée d'une particulière force de résistance au changement, etcomme répondant à des nécessités qui durent dans des types urbains de développement très différent : et ainsi elle dépend de causes plus fixes que celles qui sont à la base de l’organisation globale de la ville différenciée dans son état simple.
Mais si la spécialisation locale reste constante quant à ses traits essentiels, elle présente pourtant deux degrés différents. Dans sa forme la plus simple et la plus générale, chaque produit est fabriqué en un lieu déterminé ; mais quelquefois aussi chacune des qualités diverses d’un même produit est l’œuvre d’un métier localisé.
Le premier phénomène présente lui-même des états
divers de développement. Ou bien, dans un marché
mage, mosquée des forgerons, rue des Lentilles, fondacus du bois, marché des marchands de farine, carrefour de: la soïe grège, ancien marché du fil, rue des Sangsues, carrefour du coton, marché des lampions, rue des Marchands-d’Outres, marché aux oiseaux, marché des brodeurs, marché des perles, place des Oignons, montée de la laine, marché des savetiers, marché des fabricants de vases en cuivre jaune, rue de la Friture, marché des fabricants de couvercles, marché au blé, ruelle des Perles, marché des fabricants de balances romaines, ruelle du Miel, rue des Marchands-de-vêtements-de-dessous, source des foulons (c’est le seul cas de sectionnement local-que nous trouvions mentionné avec la fonderie du fer), quartier des porteurs d’eau, marché des feutriers, marché des chaudronniers, marché des orfèvres, marché des perles, marché des marchands de chandelles, marché des linceuls, marché au cuir pour les femmes, marché des copistes du Coran, marché des passementiers, marché des marchands d’ambre gris, marché des marchands de courroies, marché des fabricants de lances, marché des commerçants, quartier du marché aux brebis, rue de la sculpture. marché des cordonniers, marché des chaudronniers, et d’autres encore (Cf. VIT, 430. 455 note).
V. pour Bagdad: G.Le Strange. Baghdad during the abbasid caliphate,1900; nous pourrions en tirer une énumération presque aussi nombreuse; on ne trouve aussi que deux cas de sectionnement local : les tisseurs et les distillat eurs.
concentré, à fonction complexe, la fabrication et la vente de chaque produit occupent une division spéciale (1) ; c’est une organisation qui atteint, dans le SYStème des foires, un développement particulier (2). À un degré plus élevé il existe dans la ville des marchés spéciaux, consacrés chacun à un produit déterminé, qui, avec le temps, se détachent du marché central ; enfin les métiers occupent de façon permanente des rues auxquelles ils donnent leur nom et qui ne sont pas autre chose que des marchés permanents (3). Dans tous ces
1. En Grèce (Huvelin. Marchés et foires, p. 71) chaque partie de l’Agora était souvent réservée à un commerce déterminé : V. pour Athènes Wachsmuth. Die Stadt Athen im Altertum, 1, 462-463, 486 sq. — G. des Marez. Org. du travail à Bruxelles, p. 308-309. — V. Urkundenbuch der Stadt Worms, 1, 275: « sita inter areas linitorum in inferiori foro civitate. ».— Cf. Livre des métiers, p. CXXXV, et surtout la description des Halles de Paris dans Piganiol de la Force. Description historique de la ville de Paris, III, 281 sqq. (places des corps de métiers dans les Halles et rues des métiers autour des Halles). — Cf. Pigeonneau. Histoire du commerce de la France, I, 198-199 (place des métiers aux Halles dès le xmr* siècle). — Autres sociétés : Ling Roth. Great Benin, p. 132 (marchés de Benin). — Voyage d’Ibn-Batoutah, II, 431 (marchés de Constantinople : signale le caractère rigide de ces localisations). — Vambéry. Voyages d'un faux derviche dans l’ Asie centrale, trad. fr., 18797, p.150 (Boukhara). — Kohler. Das Recht der Azteken (Z. f. vergl. Rechtswiss VIL, 55 marchés mexicains : cette organisation des marchés de Mexico était déjà connue de Munster. Cosmographie universelle, IX, 2141).
2. V. Huvelin. Marchés et foires, p. 502 sqq. — Berty. Topographie historique du Vieux-Paris, Région du bourg Saint-Germain, p. 406 sqq. (foire Saint-Germain). — Ashley. Hist. écon. de l'Angleterre, 1, 134-137 (Oxford, Winchester). — Rogers. History of Agriculture, I, 142 (Stourbridge). — Burnes. Cabool, 291. — Hunter. /Zmperial gazetter of India, VIL 311 (Kakora).
3. Un cas assez voisin, où la spécialisation est moins poussée, est celui où les produits faits avec une même matière occupent la même rue : ainsi au Caire les livres et les pantoufles sont vendus dans la même rue, parce de les premiers sont reliés en cuir (Ebers. L'Egypte, 1], 1881, p. 72); à Rome déjà on vendait des livres dans le vicus sandaliarius (Baumeister. Denkmæler, I, 152).
cas le lieu de la fabrication et le lieu de la vente ne sont point séparés; le processus productif s’accomplit en son entier dans le même endroit.
Quant à la localisation par qualités, c'est une formation beaucoup plus rare et tardive (1), qui dépend de causes spéciales. La différence des qualités se traduit souvent par une différence de dignité dans les métiers, qui suffit à les séparer localement ; ou elle crée entre eux une opposition d'intérêts, et un besoin de n'être pas confondus jusque dans leur siège même (2) Mais ce phénomène répond surtout à des nécessités de police industrielle. Souvent cette localisation par qualités est imposée par l'autorité publique dans le but de rendre facile aux acheteurs la distinction des qualités (3), chose importaute dans un système économique où l’art manuel joue un grand rôle. La nécessité aussi d'une main-
d'œuvre spéciale et plus habile pour les qualités supé-
1. Onla voit nettement développée dans un grand centre d'industrie comme Florence. Le drap de haute qualité se faisait dans le quartier de San Martino : les quartiers où se faisait le drap commun s’appelaient Garbo : d’où le proverbe &Nè Garbo nè San Martino » (Doren. Siudien aus Florentiner Wirtschaftsg'eschichte, 1, 90-91).
2. L'intérêt des métiers faisant les qualités élevées était d'être nettement distincts des autres, mais ceux-ci s’y opposaient. À Bruxelles les ceinturonniers fabriquant l’article ordinaire essaient ainsi d'empêcher les ceinturonniers de luxe d’avoir une place spéciale au marché ‘Des Marez. Org. du travail à Braxelles au X V® siècle, p. 310-311).
3. Ainsi à Florence : Ordonnance de 1409 interdisant de travailler à San Martino autre chose que la {ana francesca ; celui qui veut la travailler dans d’autres quartiers ne doit pas travailler d’autres laines dans le même atelier (Doren. Studien aus Florentiner Wirtschaftsgeschichte, I, 90). De même (I, 6x, note 1) les draps mélangés ne pouvaient être fabriqués que dans deux rues. — À Amiens en 1371 l’échevinage assigne dans les halles des places spéciales aux pelletiers de vieux et aux pelletiers de neuf (Thierry. Monuments pour servir à l’histoire du Tiers-Etat, 1, 646).
rieures commande la localisation de leur fabrication (1), et ici encore l'autorité publique intervient pour donner, à celte nécessité d'ordre technique, une efficacité et une sanction juridiques (2).
Le sectionnement local diffère très profondément de la spécialisation locale dans sa nature, et conséquemment dans ses causes.
Il consiste en l'organisation locale d’une série d’opérations tendant au même but ; au lieu que tout le processus productif s'’aecomplisse en un même lieu, chacune des transformations techniques successives qui le composent est le fait d’un groupe professionnel spécial lié à un emplacement spécial (3). De plus, s’il
. 1. C’est ainsi que les laïnes fines étaient fabriquées à la ville, les laines grossières aux faubourgs ou à la campagne : et ce devint obligatoire (Doren, I, 59, 60).
2, Ordonnance de 1477 interdisant aux lanaïoli des faubourgs de faire des laines valant plus de 10 soldi l’aune (Doren, î 61, note 1 ; cf. II, 180). — En 1409 on avait rendu directement obligatoire la limitation de la fabrication du beau drap dans le quartier de San Martino (Doren, II, 620). D'ailleurs le fait que l'impôt payé par les marchands à la corporation était plus fort dans ce quartier en raison de la prédominance de la belle qualité avait déjà suffi en fait à en faire sortir les marchands des qualités communes (Doren, I, 89-96).
3. A Saint-Riquier déjà on trouve une rue des Foulons (cf. Thierry. Monuments, IV, 576) ; à Paris une foulerie ou mortellerie, qui compte 10 foulons sur 28 contribuables (Géraud. Paris sous Philippe le Bel, p. 286-287). — On voit mentionnées aussi une ruelle aux Foulons (Jaillot. Recherches critiques sur Paris, II], 41) et une rue des Teinturiers (ibid, I, 5o). Même dans de toutes petites villes comme à Romans on retrouve cette rue des Foulons (Ulysse Chevalier. Les rues de Romans, 1900, p. 8 (1366) : ibid à Saint-Quentin dès 1195, rue des Foulons et rue de la Teinturerie (Demangeon. La
Maunier 13
apparaît dès l’origine de la ville différenciée, il ne progresse que lorsque se développe une organisation industrielle plus élevée, lorsque la ville, au lieu d'être le siège d’un complexus de fonctions économiques y ayant une importance égale, commence à se spécialiser (1). On ne rencontre ce phénomène que dans un petit nombre de sociétés — certaines sociétés européennes — et
seulement à un certain stade de leur évolution.
plaine picarde, p. 261) : à Caen une rue des Teinturiers (Munster. Cosmographie universelle, 1, 121-122, 2 série), à Damas une source des foulons. L’existence de ces deux mêmes rues dans ces villes différentes permet de croire qu’il s’agit là de localisations dues à des conditions physiques. A Montpellier au début du xvi* siècle les pareurs de drap ont leur place spéciale (Germain. Histoire du commerce de Montpellier, 1, 483). — En Flandre on trouve même une rue de la Fourbisserie où sont les fourbisseurs (Thierry. Monuments, IL, 143 note). — À Florence on retrouve un Corso de Tintori (Davidsohn. Forschungen, HI, 213, VL, 527), et d’ailleurs presque tous les métiers entre qui était sectionnée la fabrication du drap avaient chacun sa rue qui portait son nom. (Perrens. Histoire de Florence, II, 252).
1. On voit le sectionnement de la production se développer dans les premières industries localisées, l’industrie textile et la draperie. V. à ce sujet pour la France : Fagniez. Etudes sur l’industrie à Paris au XIII° siècle, p. 225-226. — Martin Saint-Léon. Histoire des corporations de métiers’, p. 206-208, 454#455 (divisions de l’industrie de la laine à Paris au xmr° siècle : cinq métiers successifs : filandiers, tisserands, foulons. tondeurs, teinturiers). — Giry. Histoire de Saint-Omer, 34x (trois divisions seulement : tisserands, fouleurs, tondeurs de drap). À Valenciennes en 1503 nous ne voyons aussi mentionnés que quatre métiers de la draperie : teinturiers, foulons, tondeurs, lainiers (Coustumes de la ville, ban-lieu et chef-lieu de Valentiennes, 1703, ch. II, p. 3). — Allemagne : Inama-Sternego. Deutsche Wirischaftsg'eschichte, \V, 123-124. — Otto. Die Bevælkerung der Stadt Butzbach, p. 58, 59, 63-64 (toute petite ville, et cependant on y trouve au début du xv° siècle treize spécialités distinctes qui se sectionnent l’industrie du
drap). — A Emmerich à la fin du xrv° siècle cinq sections seulement (Liesagang. Niederrheinisches Stædtewesen, p. 648). — A Leipzig au xviri* siècle on voit se produire un
grand développement du sectionnement, et dans des métiers différents : Petrenz. Die Arbeitsteilung in Leipziger Gewerbe dans Foschung'en de Schmoller, XIX, 2, p. 34 sqq. ; la spécialisation pourtant progresse encore beaucoup plus
LE CENTRE DE LA VILLE 19ÿ
Il semble donc quil soit en dehors de notre étude qui doit être restreinte aux formes élémentaires de la localisation des industries urbaines. Pourtant, le sectionnement local présente, avec la spécialisation, des caractères communs, qui présagent que ces deux phénomènes dépendent en partie de causes communes. Déjà le fait que l’un et l’autre sont compatibles avec la même forme d'industrie, le « métier », et que la spécialisation locale se conserve souvent intacte dans les mêmes milieux où le sectionnement local se développe, montre qu’ils peuvent au moins supporter des conditions identiques : et de même le fait que l'un et l'autre se traduisent juridiquement par la formation de «corporations », et prennent un caractère obligatoire (1), de fait, l’analyse des causes pourra démontrer cette identité partielle.
L’explication des phénomènes de spécialisation locale formera pourtant, dans la présente section, l’objet unique de notre recherche.
L'évolution de ces phénomènes présente trois caractères, qui excluent l’action de certaines causes, et qui jettent sur la nature des causes à retenir une certaine lumière.
Tout d’abord, quand on suit l’évolution d’une même
(p. 39. Le sectionnement apparaît aussi dans l’industrie du fer au xive siècle (Inama-Sternegg. Deutsche Wirtschaftsgeschicte, IV, 116). — Angleterre : on trouve des teinturiers spéciaux très tôt (Ancient Laws and customs of the burghs of Scotland, Leges Burgorum, XCIV. De gilda mercatoria, p. 46 : « Nullus finctor »).
1. À Bruxelles il est interdit autisserand d’ourdir la chaîne : cette tâche est réservée aux ourdisseurs (Des Marez. Org. du travail à Bruxelles, p. 200).
196 LE CENTRE DE LA ViLLE
ville, ou qu’on considère successivement des villes qui sont à des degrés de plus en plus élevés de développement, on observe une complication de cette organisation locale, naturellement corrélative au développement de la division du travail et à l’augmentation du nombre des métiers ; le nombre des spécialisations locales va ainsi croissant quand on considère des villes de plus en plus importantes (1).
En second lieu, cette localisation présente une netteté décroissante. Au début elle est presque absolue ; chaque métier occupe son espace bien défini et nettement délimité, à lui réservé ; et la loi intervient pour sanctionner cette répartition (2). Puis les frontières entre leurs espaces respectifs se font plus vagues, et bientôt l’on trouve, vivant côte à côte. dans une même rue, des gens de métiers différents (3).
Enfin cette confusion locale des métiers s'accompagne de leur décentralisation. D'abord étroitement rapprochés et ramassés au centre de la ville, prolongement de l’an-
cien faubourg marchand (4), ils se diffusent dans les
. 1. Normalement, maïs pas nécessairement. Nous ne pouvons insister ici sur ce point.
; 2. Fe ni T Studien aus Florentiner wirtschaftsgeschichte, >. P- 99 SA; 59:
? V.Martin-Saint-Léon. Histoire des corporations de métier? p. 150-151 (rôle de la taille de 1292 pour Paris). , .4. C'est ce qu’on voit naturellement dans le Paris de Philippe le Bel. Nous avons relevé sur un plan la situation des rues portant des noms de métiers ; elles sont presque toutes ramassées au centre de la ville (abstraction faite de quelques rues de la Cité et de l’Université) ; la Foulerie est seulement un peu détachée vers l'Est, et la rue aux Oies un peu à l'écart vers le Nord ; les Cordiers sont près des remparts. Dans les
anciennes villes d’ailleurs, les rues de métiers aboutissent au Marché.
autres régions de celle ci (1), et il se constitue dans l’espaceurbain une distribution plus égale des fonctions Ainsi la différenciation interne de la ville, considérée comme un tout, perd en netteté en même temps que la différenciation interne de son centre.
De ces trois faits parallèles résultent pour la recherche deux inductions. On est d’abord amené à se demander si ces trois mouvements ne seraient pas liés et ne se détermineraient pas l’un l’autre. En tous cas, on est assuré par là que les causes générales d’où dépend cette distribution locale perdent en intensité, ou qu’elle rencontre dans son milieu des conditions antagoniques, qui agissent contre elle de plus en plus fortement, à
mesure que la ville passe par des formes plus élevées
1. À. Rome, on trouve très tôt des rues de métiers dans des quartiers divers et éloignés les uns des autres. (Jordan. Topographie der Stadt Rom, L', 517, 518). — De même à Paris, les boulangers d'abord fixés aux halles se sont répandus dans la ville. (Sauval. Antiquités de Paris, X, 616) ; de même les boucheries. (Sauval, I, 644-647, qui donne la statistique des étaux par quartiers ; d'importants centres sont en la Cité, aux quartiers Saint-Jacques, Sainte-Opportune, Saint-Martin, Saint- Antoine, Maubert.) — On trouve de même des rues aux cordes et aux cordiers dans le quartier Saint-Martin. (Jaillot. Recherches critiques sur Paris, 11, 38 dès 1382), dans le quartier Saint- André-des-Arcs (ibid., V, p. 62), dans le quartier Saint-Denis (cbid, I, p. 36, 43, 89, 91). — Le Traité des Louanges de Paris de Jean de Jandun (1323) nous dit : « D’excellents ciseleurs se trouvent sur le Grand-Pont eten beaucoup d’autres endroits ». (Leroux de Lincy. Paris et ses Historiens, p. 55). — Dès 1315, on rencontre des drapiers s’établissant dans un ancien monastère de la Cité. (Tanon. Hist. des Justices ecclésiastiques de Paris, p. 180). — A Florence, on peut faire des constatations analogues dès 1320. (Davidsohn. Forschungen, TL, 214-219). — A Milan, chaque métier dès 1066 est divisé en contrade ou quartiers. (Perrens. Histoire de Florence, 1, 188.) — Cf. sur cette division de certaines corporations florentines en conventi on quartieri Doren. Studien, IL, 178-179 ; mais l'industrie textile resta beaucoup plus longtemps concentrée dans certains
quartiers.
198 LE CENTRE DE LA VILLE on verra que ces deux processus ont agi de façon con-
courante.
Il nous faut donc démontrer successivement les causes
originires de la spécialisation locale des métiers, puis
les causes de son effacement.