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CHAPITRE II

Causes originaires de l'organisation locale des métiers

Les historiens et les économistes ont présenté de cette distribution locale, des explications qui se ramènent à deux types : l'explication 7uridique et l’explication physique. La première est la plus fréquente chez les historiens : la seconde est courante chez les économistes.

D'après l'explication yuridique, la localisation des métiers ne serait qu'une conséquence de leur organisation en corporations, c'est-à-dire de leur régime juridique ; ce serait le droit et la police de la corporation qui — pour des raisons qui seront exposées plus loin — aurait déterminé cette distribution (1). Mais cette cause à laquelle nous ferons sa part, ne peut être une cause constante et générale ; car la localisation des métiers

urbains est un phénomène beaucoup plus général que

1. C’est surtout la thèse de Keutgen dans son livre Amnter ünd Zünfte (ch. VI). :

le régime corporatif ; la description qui vient d’en être faite démontre qu’elle a occupé une aire géographique beaucoup plus vaste ; elle l’a souvent précédé dans le temps, et elle lui a survécu ; elle s'est développée dans des types sociaux plus différents. La généralité même de notre documentation nous permet ainsi d'éviter une erreur où sont tombés certains historiens pour avoir considéré exclusivement les sociétés du moyen âge occidental. D'ailleurs, le droit industriel, loin d’être la cause de l’organisation industrielle, n’en est que la conséquence et l'expression ; il ne peut que renforcer des situations déjà constituées par d’autres causes. L’explication physique ou technique part de caractères techniques que présentent certaines fonctions industrielles, et qui effectivement contiennent en eux-mêmes certaines nécessités de localisation parce qu'ils impliquent de certaines conditions physiques qui sont ellesmêmes localisées ; c’est ainsi que les tanneurs, les foulons, les teinturiers, ont besoin de s'établir près de l’eau, et se trouvent ainsi naturellement ensemble le long de la rivière ou des fossés de la ville. Mais ici encore, quoique dans un autre sens que ci-dessus, la cause invoquée est trop particulière pour pouvoir rendre compte de la généralité de l'effet. Il ne s’agit pas d'expliquer la localisation de certaines fonctions isolées, mais l’organisation complexe de tout un ensemble de fonctions, où chacune d'elles a sa place. La localisation de chaque fonction implique celle des autres, et dépend des mêmes causes : ce n’est que lorsque cet arrangement s’est désagrégé qu'on rencontre des localisations

isolées. Si donc on croit que les causes de cette organisation sont à chercher parmi les caractères des métiers eux-mêmes, au moins faut-il que les caractères invoqués soient communs à tous les métiers localisés ; ce qui n’est certainement pas le cas des caractères techniques qui sont mis en avant (1).

La vérité est que les causes du phénomène sont beaucoup plus complexes : elles sont plus nombreuses, et de nature plus héférogènes. Ce sont à la fois des propriétés du milieu social externe, des caractères de la

ville, enfin des caractères des industries elles-mêmes.

Les caraetères du milieu social qui ont agi sont des caractères anciens, spécifiques des milieux sociaux où se forment ces villes et dont la localisation des métiers n’est qu’un prolongement, ou, si l’on veut, une survivance. Le plus essentiel, d’où les autres dérivent, est ce que nous appellerons l’intensité des groupes secondaires. Dans ces sociétés, les groupes secondaires ont une personnalité très accusée ; chacun constitue une unité compacte, une communauté étroite ; ils se sentent fortement distincts les uns des autres. De là deux conséquences. C’est d'abord que chacun de ces grou-

pes tend à se faire une base géographique propre et dis-

1. Les caractères rendent beaucoup mieux compte des cas de sectionnement local (foulons, teinturiers, etc.)

tincte : toute division sociale tend à devenir une division locale. C’est ensuite que ces groupes sont entre eux en lutte fréquente ; et cela même les incite encore à tracer entre eux des frontières. On a déjà vu comment ces causes ont déterminé la localisation dans la ville du groupe des marchands considéré comme un tout : mais, à son intérieur, les solidarités professionnelles plus étroites ont la même intensité, et tendent aussi à s'exprimer en solidarités locales. Nous allons retrouver ces caractères du métier ; mais il importait de faire voir comment ils traduisent des caractères géné-

raux de l’organisation sociale.

Les propriétés de la ville sont à la fois des propriétés qu’elle a en commun avec son milieu et des caractères qui sont spécifiques à la ville différenciée.

I. — Tout d’abord les caractères généraux qui viennent d’être exposés sont aussi ceux dela ville qui est un de ces groupes secondaires ; et cela qu’elle soit on non différenciée, Cela contribue à renforcer l'existence des mêmes caractères et en particulier du caractère local, dans le métier lui-même, Celui-ci, se constituant dans et avec la ville, s'organise naturellement à son image. Sans doute, il présenterait bien sans cela des caractères analogues, puisque ces caractères sont généraux dans le milieu ; mais le fait que ces propriétés sont aussi celles de la ville, organisme plus restreint, qui agit sur la constitution du métier plus directement, en rend

l’action sur celui-ci plus efficiente. La ville est une s0-

ciété à base réelle et une société souvent divisée par de violentes luttes internes : les groupes secondaires qui la composent, familles, classes, métiers, tendent ainsi à constituer desunités compactes, leurs membres se serrent les uns contre les autres, à la fois moralement et matériellement ; et ainsi, sous l’action de cette pression externe, les métiers se localisent dans la ville différenciée pour la même raison que les familles et les clans dans la ville indifférenciée. Le même fait qui détermine dans celle-ci l’indifférenciation locale des fonctions diffuses dans les économies familiales, détermine maintenant la localisation des fonctions organisées en professions à travers celle des groupes qui en sont les organes.

IT. — A côté de ces traits généraux, certains caractères propres à la ville différenciée ont travaillé dans le même sens.

C’est d’abord etsurtout son mode de formation. La ville différenciée, issue d’une certaine unification du milieu social s’est faite, on l’a vu, par agglutination d'éléments d'origine très diverse ; et celaa d'importantes conséquences. Les artisans ont souvent des lieux d’origine très différents, les gens d’un même métier étant issus de la même nation ou de la même ville ; cela constitue les différents groupes professionnels comme étrangers les uns aux autres ; chaque métier se groupe ainsi naturellement à part, de même que le fait que les mercatores sont, dans leur ensemble, étrangers à la vieille agglomération à laquelle ils viennent s’agréger, a

contribué à les en distinguer.

204 LEAXCENDRE DELLA VILLE

Le mode de formation de la ville est aussi successif ; et l'ensemble de ses métiers s’est constitué de la même façon. Il n’y a qu'une minorité de métiers qui soient apparus en même temps que la ville ; les autres se sont formés ultérieurement soit par immigration de professions, soit en se détachant des premiers. Les groupes professionnels sont donc d'âge différent : il y a des métiers anciens et des métiers nouveaux, comme ily a une vieille et une neuve ville : et ainsi, dans des sociétés où toutes les différences sont senties si fortement, les uns se situent naturellement à part des autres (1).

Mais la fonction même de la ville n’a pas été sans influence. Elle est devenue le siègepropre des fonctions industrielles ; et toutson droit estimprégné de ce caractère. Les autorités urbaines sontinvesties d’un droit de police industrielle qu’elles exercent étroitement ; et une des règles essentielles de cette police est la contrainte de marché (Marktzwang) c'est-à-dire l'obligation de ne vendre qu’au marché. Or, la rue de métier n’est pas autre chose qu'un marché spécialisé et permanent (2), et conséquemment les mêmes réglementations l’atteignent. Par là la localisation des métiers se trouve, non point créée, mais renforcée ; elle devient obligatoire, et se trouve munie de sanctions juridiques. Les motifs de

cette obligation sont multiples, et sont identiques à ceux

1. On voit que cette cause tend seulement à séparer deux groupes de métiers considérés l’un et l’autre globalement.

2. On sait que sur le marché lui-même, à l’origine, travaillent les artisans : il est à la fois le siège de l’industrie et du commerce.

de la contrainte de marché proprement dite ; elle a à la fois pour fonction d'assurer un approvisionnement facile (1), de déterminer entre les producteurs une concurrence effective, de rendre aisé le contrôle des produits par l'autorité publique (2), enfin de faciliter la police des étrangers (3).

On voit que ces derniers caractères de la ville constituent à eux seuls une explication insuffisante. Le mode de formation ne détermine qu’une séparation très générale, une division toute globale ; la fonction de la ville ne fait que renforcer, par l'intermédiaire de son droit, des localisations déjà constituées.Il faut donc nous tourner vers des caractères, des industries, ou des métiers

eux-mêmes.

1. Cette considération est particulièrement importante dans l'application de la contrainte de marché au commerce des grains.

2. C'était même, a-t-on dit, le but essentiel des localisations obligatoires que de donner aux transactions un caractère public (G. von Below, Altere deutsche Stædtewesen, p. 104. — Imama-Sternegg. Deutsches Wirtschafhg'eschichte, IV, 249). — Les textes le disent d’ailleur, clairement. « Nullus qui facit

anem ad vendendum, abscondat passems sed ponat in sua enestra (dans sa boutique) vel in foro, ut communiter vendatur.…. Similiter erit de piscibus venalibus, qui publice et in foro vendi debent. » (Leges Burgorum, LXVII, dans Houard. Coutumes anglo-normandes, I, 418). — A Amiens une halle aux cuirs fut construite en 1540 à la suite de plainte des magistrats municipaux qui firent ressortir la difficulté pour les eswards d'aller de maison en maison chez les tanneurs (Ticrry. Monuments, 1, 611-614). Cf. De la Mare. Traité de la Police, 11, 592-593 : «... pour qu’ils ne puissent se dérober à la pre des magistrats et aux yeux du public. »

. Espinas et Pirenne. Documents relatifs à l'histoire de l’industrie drapière en Flandre, I, p. 37 : obligation pour les étrangers d’acheter à la halle. Des Marez. Origine du travail à Bruxelles, p.306 (obligation pour les marchands étrangers de vendre à la halle : ‘bid., Giry. Histoire de Saint Omer, p. 285. — De la Mare. Traité de la Police, IV, 345.)

Ce sont là en effet les causes les plus importantes, et qui agissent sur l'effet directement. Ces propriétés des métiers sont de divers ordres,qui présentent une généralité décroissante. Certaines sont communes aux métiers et aux autres groupes secondaires ; d’autres sont seulement des caractères communs aux divers métiers ; d’autres sont aussi des propriétés que présente l’ensemble des métiers, mais seulement dans certaines sociétés ; d’autres enfin sont des propriétés spéciales à certains métiers.

I. — En premier lieu, la localisation des métiers est certainement l'effet de caractères qu’ils ont en commun avec d’autres groupes sociaux ; car le caractère à expliquer lui-même ne leur est pas spécial. Ce ne sont pas seulement les groupes professionnels qui, dans la ville, s'organisent localement ; les autres groupes secondaires se distribuent de même facon. Les individus de même race, de même origine, de même religion, de même rang social, vivent aussi côte à côte, et forment une unité à la fois sociale et géographique. La ville différenciée, en raison de son mode de formation, n'est pas seulement faite de groupes professionnels différents ; elles’est constituée par une amalgamation de groupes sociaux d’origine différente, et ce trait originellaisse, dans ses arrangements locaux, une marque profonde ;les gens de chaque nation (1), de chaque ville même (2), y habitent

1. Antiquité : Quartiers spéciaux des Tyriens, des Grecs à Memphis (Movers. Die Phœnizier, NL, 187, 188, 189, exception à cette règle pour les Phéniciens) ; corporation et local des Tyriens à Pouzzoles (Dubois. Pouzzoles antique, p. 87 sq.). —

Moyen Age : Piganiol. Descr. historique de Paris, À, 27 (rue des Bourguignons, etc. ; idem, Stouff. Nouv. Rev. hist.de droit,

leur rue à part. De même l’ensemble des classes sociales y est assez complexe el hétérogène ; les degrés sociaux y sont plus distincts que dans la ville indifférenciée :;

aussi certaines au moins des classes sociales, les no-

1898, p. 354, Arbois). — Maurer. Sétædteverfassung, I, 28 (rue des Etrangers, rue des Teutons, rue des Frisons, etc.) — Heiïl. Die deutschen Siædte im Müittelalter, p. 114 (rue des Anglais à Lubeck). — Reinhard. Die Sechandelsstædte, p- 65 (rue des Flamands, rue des Hollandais à Kiel). — Lau. Entwickl der Stadt Kœln, p. 190, rue des Frisons à Cologne. — Urkundenbuch der Stadt Worms, I, 59 (platea Frisonum). — G. Yver. Le commerce et les marchands dans l'Italie méridionale, p. 156, 17979. — Zdekauer. 2! constituto della comune di Siena, p. 509, strata francigena. — Autres civilisations : Heyd. Le colonie commerciali degli italiani in Oriente nel medio evo, 1868, I, 88, (ruga Francigenorum fuori delle citta, à Rodosto), I, 55, 91, (quartiers des Gênois, des Pisans, à Constantinople, II, 300, quartier vénitien à Famagouste). — Cf. Heyd. Histoire du commerce du Levant, 1, 255 (Constantinople). — Vorage d'Ibn-Batoutah, I, 448, IL, 9-10 (à Bassora chaque nation occupe un quartier. — Le Strange. Bag'hdad, p. 127-198 (quartier persan). — Sauvaire. Description de Damas, Journal asiatique, VI, 410 (rue des Médinois), 424 (rue des Arabes). 441 (quartier des Etrangers), 431 (quartier des Persans), VII, 455 (quartier des Turcs). — Anciennement à Siam chaque nation occupait son quartier (Histoire naturelle et civile du royaume de Siam, L 1791, p. 12, 19). — Dans les premières villes américaines, la ville était divisée en carrés un pour les gens du Yorkshire, un pour ceux du Kent, etc. (Levermore. The Republic of Newhaven, Johns Hopkins U. S., Extra-volume [, p.45). — Il faut signaler enfin qu’on rencontre ce fait dans les sociétés africaines : Ratzel. Politische Geographie, p. 374 (Soudan). — Bruce. Voyage aux sources du Nil,IV, 32. — Cherbonneau (Ghadamès et le commerce soudanien, Revue de Géogr., 1881,p. 413 ; Géographie d’Aboulféda, IL, 181 note (Mequinez). — Binger. Du Niger au golfe de Guinée, nombreux exemples, II, 220-221, Il, 397, I, 92-78 (Salaga), EL, 366 sq. — Clozel. Dix ans à la Côte d'Ivoire, 1905, p. 195, (Bondoukon, plan p. 187). — Clozel et Villamur. Coutumes indigènes de la Côte d'Ivoire, 1902, p. 30 (quartiers spéciaux des Sarrakolé, teinturiers), 33. — Spieth. Die Ewe Siæmme, p. 33 (quartier Haoussa à Keta). — Les plus vieilles civilisations ont connu ce phénomène dans la très ancienne Irlande, la capitale avait des rues d'étrangers (O’Curry. Manners and customs of the ancient Irish, I, 1873, p. 38).

2. Le Strange. Baghdad, p. 63, 128. -- Germain. Hist. du com-

bles (1), les clercs (2), les libres (3), forment dans la ville comme une ville à part. De même enfin l’hétérogénéité fondamentale de la population urbaine se traduit par l’hétérogénéité des religions : certaines d’entre elles au moins voient leurs adeptes, tenus à l'écart,

constituer des communautés tout à fait séparées du

reste (4).

La généralité même de l'effet trahit la généralité de

la cause ; elle témoigne que les facteurs essentiels de la localisation du métier sont des caractères que présentent aussi les autres groupes secondaires. Ces caractè-

res sont au nombre de deux.

merce de Montpellier, IL, 5 (rue des gens de Montpellier à Tripoli). — Ballard. Domesday Boroughs, 112 rue des gens de Wye à Canterbury). — J.-F. Hermann. Strasbourg, I, 216 (rue des Fribourgeois). — Doren. Studien ans Florentiner Wirtschaftsgeschichte, 1, 105 (rue des Florentins à Messine).

1. Maurer. Stadteverfassung, IL, 21 (Rittergasse). — Stouff. Nouv. Rev. hist. de droit, XXII, 1898, p. 378 (Arboïs, rue des Nobles près du mur d’enceinte). — Grenier. Habitations gauloises et villas latines, p. 115 note (vicus honoris à Mdz). — Thierry. Monuments, IV, 576 (à Saint-Riquier les miiites ont leur rue comme les artisans).

2. Maurer. Stædteverfassung, I, 21 (sirata clericorum à Cologne, Spire, etc.). — Jas.row. Volkszahl deutscher Sitædte, .. 58 (Mæœnchenshasse à Rostock). — Urkundenbuch der Stadt

orms, 1, 224, vicus clericorum: ibid. II, 54, 157, 450). — M. Chevalier. Les rues de Romans, p. 37 (rue des Clercs). — Reinhard. Seehandelsstædte, p.64: Monumenta Wormatiensa, p. 426, 519 (Pfaffengasse). - En Inde aussi les brahmanes ont leur quartier ou leur village à part (Senart. Les castes dans l'Inde, p 51). A. Gondar le clergé occupe un quartier spécial (Westermarck. Origin of Moral ideas, I, 634) où les criminels ont droit d'asile.

3. Vicus liber ou Freieshasse à Bâle (Urkundenbuch der Landschaf Basel, XL, 617).

4. Le confinement des Juifs est un fait trop bien connu pour que nous fassions autre chose que le rappeler : V. en général Nübling. Die Judengemeinden des Mitelalters, Ulm, 1806. Nous signalerons seulement qu’on le retrouve dans les civilisations les plus diverses. Antiquité. — Toutain. Cités romaines de la Tunisie, p. 252 et Ziebarth. Xulherbilder ans griechischen Stædten, p. 110. Orient. — Heyd. Histoire du

Tout d’abord, le groupe professionnel, dans ces types sociaux, n'est pas seulement l'organe d’une fonction économique : il est une société, constituant entre ses membres une véritable communauté de vie. Loin de n'être qu'une institution économique, la profession est une famille (1), une armée, une confrérie, une Eglise (2) et un Etat ; elle a ses propriétés (3), ses dieux (4), ses fêtes, son gouvernement ; au lieu de n’être qu'un organe spécialisé elle a une riche multiplicité de fonctions ; elle forme une société complète qui dépend bien des autres groupements au point de vue économique, mais qui se suffit à elle-même, pour toutes les autres nécessités de

la vie. Mais les autres groupes sociaux présentent alors

Commerce du Levant, 1, 249, 250, et Colonie commerciale, I, 18-19 (Constantinople). — Ebers. L'Egypte, I, 160 (Le Caire) Sauvaire. Description de Damas (Journal Asiatique, Vi, 423).— Barbier de Meynard. Dictionnaire de la Perse, p. 45 ({spahan) 613. — Masson. Histoire du commerce français dans le Levant au X VIF siècle, p. 491. — Dapper. Description de l'Afrique, 1686, p. 177 (Alger) 131, Maroc : quartier des juifs a son mur distinct el «ressemble à une seconde ville ». — Jackson. An account of Morocco, p. 122.

1. Cf. Durkheim. Division du travail social?, p. 13-14. 1. — Baudry v° Collegium, in Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, 1°, p. 1292 (repas en commun). —H. Hauser. Ouvriers du temps passé, p. 165 (obligation d'assister à des banquets en commun).

2. Le fait même que la confrérie du métier prenait quelquefois le nom d’abbaye est significatif (U. Chevalier. Fragments historiques sur Romans, p. 154-155 ; abbatia mercatorum, abbaye des sauniers). — Non seulement elle était une Eglise, mais elle avait son église, qui était proche de la rue qu’occupaitle métier.

: ve Dont la plus importante était la maison commune, la Gilhalle.

4. Déjà dans l'Ancien Mexique les ouvriers qui taillaient la plume avaient leur dieu : ils étaient fixés dans un quartier spécial, et le soin de préparer la peau dont on revêtait ce dieu aux jours de fêtes était réservé aux gens de ce quartier (Sahagun. Histoire des choses de la Nouvelle-Espagne, p. 587-588). — À Rome nous connaissons l'Apollo Sandaliarius qui était fixé dans le vicus sandaliarius (Baumeister,Denkmæler Klassischen Altertums, NX, 1527).

Maunier È

le même caractère : la famille est une unité sociale du même genre ; et de même les gens d’une même nation ou d'une même ville, d'une même classe, d’une même religion, forment dans la ville une petite société pourvue de tous ses organes essentiels (1). C’est un trait général des groupes secondaires dans ces sociétés, que de saisir les individus par l’ensemble de leurs activités, au lieu de ne les enrôler qu'en vue de fins spéciales.

En second lieu, le métier est une société restreinte ; le nombre de ses membres est généralement très faible. Par conséquent, son unité morale est particulièrement Ÿorte ; c'est ce dont témoignent les caractères de son droit, dans les milieux où le groupe professionnel a pris assez de consistance pour s'organiser juridiquement. Les caractères de la réglementation corporative montrent à quel degré de solidarité atteignait cette petite société. C'est là encore un trait commun aux divers groupes sociaux qui forment la ville (2), et qui sont tous des unités restreintes parce que la ville elle-même est telle.

Ces deux caractères travaillent l’un et l’autre, chacun à sa manière, à localiser étroitement les groupes sociaux qui les présentent, et parmi eux le métier.

Il y a d’abord, pour une société qui n’est pas seule-

1. La nation a avec son quartier ses dieux (Carthaginois à Marseille : Movers. Die Phœænizier, IV, 115) son gouvernement (Heyd. Histoire du commerce du Levant, 1, 150-164, autonomie juridique et économique du quartier de nation : il a son bailliage ses moulins, fours, abattoirs, etc.), son église (Heyd. Colonie commerciali degli Italiani, 1,53, 109, église des Persans et des Vénitiens à Constantinople.) ;

.2. V. en particulier sur la solidarité de la famille dans la ville. G. Espinal. Les guerres familiales dans la commune de Douai aux XIIE et XI V® siècles, extr. de la Nouv. Rev. hist de Droit, 1899. |

ment le moyen d’une fonction économique, mais qui est constituée par tout un ensemble complexe d'institutions et de traditions, une nécessité en quelque sorte matérielle à se faire un espace propre et défini ; une société n’est même pas concevable sans un tel espace. Tant que la famille, l'Eglise, le métier, forment des sociétés de ce genre, elles ont ainsi leur espace ; ce n’est que quand elles commencent à se dissoudre, quand elles perdent leur unité et leur personnalité, et deviennent de simples organes d'une fonction donnée, qu’elles se distendent localement et se dispersent. La famille ou la profession d'aujourd'hui n’est plus une unité locale, parce qu'elle a cessé dans la même mesure d’être une société.

Mais ce sont surtout des nécessités morales qui poussent ces sociétés compactes à vivre dans des espaces nettement définis.

Tout d’abord, plus une société a une conscience forte, et plus elle est nécessitée à se faire une base géographique strictement limitée ; plus aussi lui est nécessaire ce que Simmel a appelé l'exclusivité de l'espace (1) ; c'est-à-dire que dans son espace il n’y a pas place pour un autre groupe, de même que dans l’espace de la ville il n’y a pas place pour une autre ville. La personnalité du groupe s’effacerait, si un autre groupe participait d’un quelconque de ses éléments matériels ; il faut que ses choses, et parmi elles son espace, lui soient propres ; ona indiqué comment la caste, qui n'est que le métier devenu héréditaire et obligatoire, perd de son unité quand

l'usage de certaines choses cesse de lui être réservé.

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