I. DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE
Cette spécialisation de la foncelion de la ville, qui est corrélative à l'extension de cette fonction, travaille pourtant séparément et par ses voies propres à distendre la base géographique des fonctions industrielles ainsi localisées dans la ville.
Elle y contribue d'abord médiatement, par l'intermédiaire du sectionnement de la production (1) qu’on a vu se développer corrélativement à cette spécialisation des villes. Mais elle nécessite directement et en elle.
origine vécurent essentiellement d’une industrie d’exportation (VW. Pirenne. Histoire de la constitution de la ville de Dinant. p. 35, 90, cuivre). Mais ordinairement ce sont des « économies urbaines » qui ensuite se spécialisent. V. sur les débuts de cette spécialisation. Pirenne. Note sur la tapisserie en Flandre, in Viert. für Soz. und Wirtschaftsgeschichte, IV, 327-328, 330-332 (Audenarde). — Inama-Sternegg. Deutsche Wirtschaftsgeschichte, IV, 121 (industrie textile). Les chiffres ne manquent pas. À Butzbach au xv°* siècle l’industrie drapière occupe déjà 11 o/o des ménages (Otto. Bevælkerung der Stadt Butzbach, p. 62).— À Amiens en 1762 il y a, dans la ville seulement, 504sayetteurs et224 marchands en gros sur 2.227 maitres des divers métiers (Thierry. Monuments, 1V, 285 sq. il dit qu'en 1576 déjà avec les ouvriers de la campagne la sayelterie occupait 5 ou 6.000 individus (ibid., IE, 903). — A Florence (Perrens, IV, 498) et à Provins (Bourquelot. Histoire de Provins, I, 252) on trouve dans l’industrie de la laine au xiv® et xv° siècles, une trentaine de mille personnes. A Ypres enfin la proportion devient énorme. L'industrie textile occupe au moins autant de bras que toutes les autres ensemble. (Pirenne. Les dénombrements de la population d'Ypres au X V® siècle, loc. cit., p. 27-28. — A Francfort au contraire l’industrie textile n’occupe que 16 0/0 de la population). Cf. Pirenne. Histoire de Belgique, 11, 66. (Gand envoie au siège de Tournai 1.800 wevers et 1.200 volders, tandis que tous les petits métiers de la ville réunis ne mettent sur pied que 2.100 hommes). — Mais ces localisations d'industries dans certaines villes sont encore rudimentaires. Les villes drapantes faisaient chacune des draps de toutes qualités. (Van Severen. Coutumes de Poperinghe, p.117-118.) De plus, la localisation générale de l’industrie, dont celte spécialisation des villes est la conséquence, est encore très peu nelte.V. notre Distribution géographique des industries, p. 13 et références, et confer A. de Saint-Léger. La Flandre maritime et Dunkerque sous la domination française, 1900, p. 359-562, qui montre que même en Flandre la complexité industrielle de chaque région ou province était encore la règle. ee 1. V. pour l'influence de celui-ci Le paragraphe suivant.
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même une déconcentration de ces fonctions. Elle a en effet pour résultat qu’une industrie ou .une série d'industries occupe une forte partie de la population urbaine ; et cela suffit à distendre le siège de ces industries parce que la densité que peut atteindre la population au centre de la ville n’est pas illimitée, et est même alors assez restreinte, en raison de la technique de la construction et de la hauteur relativement faible des édifices. La ville se développe presque exclusivement en surface ; en conséquence, dès que la population d’une industrie augmente, sa base géographique s'étend nécessairement (1). Même, l'industrie peut être incitée à se développer de telle façon, que la population active que contient la ville y soit insuffisante ; la faible population des villes dans les sociétés où apparaissent ces phénomènes rendait cette répercussion singulièrement facile. Alors il y a pour l’industrie une nécessité en quelque sorte matérielle à étendre sa base géographique au delà des limites de l’espace urbain, quelle que soit d'ailleurs son organisation technique et économique ; la spécialisation de la fonction de la ville, combinée avec un caractère de la morphologie de celle-ci, agit alors séparément de la morphologie de l’industrie,
avec laquelle nous allons la voir se combiner. De cette
1. C’est ainsi que dans les villes de commerce où la population est surtout marchande, le commerce et l'animation sont naturellement répandus dans toute la ville au lieu d’être cantonnés au quartier du marché : v. Dubois. Tombouctou la mystérieuse, p. 189, qui remarque cette opposition ; toutes les rues de la ville, dit-il, crient : « Commerce ! »