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DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE

se sont dégagées du marché local (1) comme les industries textiles, quoique les conditions de la production rurale soient encore, pour toutes les industries, plus avantageuses que celles du milieu urbain. C’est seulement parce que les industries « regardent au dehors » qu'elles sont elles-mêmes attirées au dehors ; l’organe industriel se dégage du cadre urbain en même temps que sa fonction. Tandis que la déconcentration des métiers spécialisés dans la ville résultait de ce que la ville devenait leur marché essentiel, c’est-à-dire d’un resserrement géographique du groupe qui constituait leur « demande », les industries nouvelles sortent de la ville parce que leur demande elle-même cesse d’être limitée à la ville, et s'étend à des cercles locaux beaucoup plus larges. Il y a donc là deux processus de déconcentration industrielle qui ne sont semblables qu’en apparence, et qui en réalité sont de nature tout à fait différente parce qu'ils résultent de causes contrai-

res.

Ces caractères fonctionnels de l'industrie agissent

enfin sur sa déconcentration par un autre intermédiaire

1. On en a un exémple typique à Vitré au xvre siècle. (Savary. Dictionnaire du commerce, 1, 119) : &« Lestisserans résidans dans la ville et les faubourgs ne font que de grosses toiles pour l'usage des habitans, sans qu’il en sorte pour vendre ailleurs. » Les toiles de Vitré qui sont vendues au dehors pe sont pas faites dans la ville, mais dans trente paroisses qui sont à trois lieues environ.

encore ; ils déterminent l'apparition en elle de nouveaux caractères morphologiques qui contribuent à ce changement, lui-même morphologique, qu'est l'extension du siège de l'industrie.

C’est en effet la transformation de la fonction qui est la cause du caractère morphologique essentiel que prend corrélativement l’industrie,à savoir le sectionnement élémentaire de la production, désormais divisée au moins en deux groupes spécialisés, le groupe industriel et le groupe commerçant. C’est parce que la demande s'étend qu'il n’est plus possible à l'artisan de l’atteindre (1) et que se constitue une classe d’intermédiaires spécialisés qui prend en mains la fonction distributive, et conserve même à l'origine la direction technique. Par là même est rendue possible une dispersion des établissements industriels, conservant à la ville un centre commercial unique et qui les fait solidaires entre eux: le groupe industriel et le groupe commerçant sont désormais distincts, et l’un peut modifier son espace sans l'autre. C'est aussi parce que s’élargit le marché de l'industrie que se crée entre les deux groupes ainsi distingués une différence profonde de condition économique, la supé-

riorité du marchand sur l'artisan croissant dans la

1. Ce rapportest bien connu. Faisons seulement remarquer sa généralité etson importance en constatant qu’on le voit se produire dans les industries les plus diverses : c’est ainsi que dans la pêche maritime la vente des produits en se développant avec les communications nécessita la formation d'un groupe spécialisé quidevint en même temps le groupe des capitalistes entrepreneurs. (Ch. de Zuttere. Enquête sur la pêche maritime en Belgique, 1, 1909, p. 408-409, texte de 1465).

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mesure où croissent les difficultés qu'il rencontre, et la richesse qu'il lui faut pour les vaincre, et la richesse aussi que cette victoire lui assure. Or, cette séparation sociale a facilement pour corollaire une séparation

locale des deux groupes et par suite de leurs fonctions.

Cet ensemble de causes peut être synthétisé en trois propositions.

I. — L'extension géographique de l'organisme industriel résulte, par des voies diverses, de l'extension géographique de sa fonction. Tantôt le second fait détermine directement le premier ; tantôt il le commande médiatement, et par tels ou tels intermédiaires. Mais si l'accroissement du volume de l'organe est l'effet de l'accroissement du volume de la fonction. il ne lui est pas rigoureusement parallèle ; le premier accroissement ne suit le second que de loin: l’espace auquel s'étend la fonction est beaucoup plus vaste que l’espace occupé par l'organe ; celui-ci est tout au plus régional alors que la fonction est tout au moins nationale. De même l’ensemble des anciens métiers urbains ramassés au centre de la ville fonctionnait pour tout le plat pays environnant et constituait ainsi un organe dont le volume spatial était beaucoup moindre que celui de sa fonction ; le groupe producteur et le groupe consommateur occupaient des espaces de dimension différente.

Puis, on a vu qu'avec l'agrandissement de la ville, la

fonction des métiers urbains se restreint à celle-ci, en même temps qu'il se répandent dans toute la ville. L'espace de l'organe et celui de la fonction sont alors devenus égaux ; le groupe producteur et le groupe consommateur ont tous deux pour base géographique l’espace urbain lui-même. De nouveau, avec la nouvelle déconcentration, les deux espaces deviennent inégaux et, comme à l’origine, c'est l'espace du groupe consommateur qui déborde celui du groupe producteur. Il y a là comme un retour à l’état premier, retour d’ailleurs tout apparent, et qui dépend de causes toutes différentes.

IL. — La déconcentration de l'industrie urbaine résulte aussi, par des voies diverses, de la spécialisation de la fonction de la ville, c'est-à-dire de l'apparition de la localisation générale des industries. Loin que ces deux formes de la localisation des industries soient nécessairement corrélatives, le rapport entre elles est donc variable ; à certains stades de l’évolution économique, elles s’impliquent ; ici au contraire elles sont antagoniques.

IT. — Cependant, de ces deux premières propositions combinées, il suit que /a déconcentration de l'industrie urbaine et la localisation générale de l'industrie sont deux conséquences de la même cause : l'extension spatiale du groupe consommateur, ou « l'élargissement du marché ». Nous avons en effet montré (1) comment

1. Distribution géographique des industries, p. 20-24. Nous y écrivions déjà, avec moins de précision (p. 28) : «La

dispersion de l’industrie à la campagne et sa concentration régionale dépendent du même fait. »

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