I. DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE
cet élargissement rend nécessaire la concentration plus ou moins exclusive de chaque industrie en une certaine région de l’espace social. Or, d’après notre première proposition, c'est l'extension de la fonction de la ville qui en déconcentre les industries et les fait s'étendre sur toul l'espace environnant ; la même cause qui les concentre en une région les empêche de se ramasser en une partie plus restreinte de cette région, en une ville. Ainsi nous sommes en présence de deux effets qui résultent de la même cause, mais qui pourtant se combattent. ll apparait ainsi comme socialement, sinon logiquement possible, qu'un même antécé-
dent aboutisse à des conséquents contradictoires.
La déconcentration originelle de l’industrie urbaine, globalement considérée, se trouve ainsi ramenée à ses facteurs généraux : mais il n'est pas rendu compte par là des modes spéciaux et divers suivant lesquels elle se fait.
La spécialisation locale et le sectionnement local, qui sont les deux modes essentiels, revêétent eux-mêmes des formes diverses. La première se fait par produits ou par qualités de produits ; le second est continu ou discontinu. Qu'est-ce qui détermine l'existence de ces modalités spéciales ?
Pour la spécialisation par produits, on a vu que ce
phénomène, d’ailleurs fort rare, n'est qu'un prolongement de l’ancienne organisation locale des métiers urbains, déconcentrée par la nécessité pour ceux-ci d'échapper à un droit industriel urbain devenu tyrannique et vexatoire ou considéré comme tel en vertu d’un changement dans l'état d’esprit des groupes sociaux ; elle s’explique donc par la survivance des mêmes causes.
Au contraire, la spécialisation par qualités trouve à la fois ses conditions et ses causes dans les changements mêmes qui déterminent la déconcentration globale des établissements industriels.
Jusque-là, les qualités d’un même produit différaient peu ; car, l’activité industrielle tendait surtout à des qualités élevées : toute une réglementation juridique assurait et maintenait l'existence d'une certaine perfection technique de la fabrication. Avec l'extension de la demande et la préoccupation corrélative d'abaisser les coûts de production, les qualités communes se différencient nettement des autres: les moyens techniques adaptés aux diverses qualités ne sont plus les mêmes et leur fabrication n'est plus le fait des mêmes entreprises. Il devient donc possible que les groupes professionnels, spécialisés par qualilés de produits, occupent des espaces différents. Or les travailleurs les moins habiles, qui suffisent à l'exécution des qualités communes. sont les travailleurs des faubourgs et surtout ceux du plat pays.
La fabrication des qualités communes prend ainsi natu-
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rellement par rapport à l’autre une situation périphérique (1).
Mais c’est le sectionnement de la production qui est caractéristique de la formation nouvelle : et les formes qu'il prend se relient en effet directement et étroitement aux propriétés de celles-ci. Le sectionnement conäinu surtout résulte d’un mécanisme analogue à celui qui rend compte de la spécialisation par qualités. Les actions techniques dont la succession constitue une fonction industrielle exigent normalement, de la première à la dernière, par exemple, dans l’industrie textile, de la culture de la matière première au finissage, une spécialisation croissante du groupe qui les accomplit et par suite une habileté croissante de la part des individus qui le composent. Ces opérations se sérient donc selon l’ordre de spécialité et d’habileté de la main-d'œuvre, c'est-à-dire en allant de la périphérie rurale au centre urbain. Quant au sectionnement discontinu, c'est une forme d'organisation plus élevée et moins générale ; il résulte le plus souvent de certains changements dans la technique : celle-ci se développe de façon inégale et souvent des perfectionnements apparaissent seulement dans certaines sections du proces-
1. V. Pirenne. Histoire de Belgique, HI, 228, 235; ce sont les tissus bon marché qui firent le succès de l’industrie rurale en lui permettant d'échapper à la concurrence des draps fins de l'Angleterre, qui ruinait alors la draperie des villes flamandes : celles-ci cherchèrent en vain à introduire dans leurs murs la draperie commune des campagnes (ibid., p. 237). D'ailleurs le droit lui-même sanctionnait cette division : en 1501 Philippe le Bel interdit aux viilages de fabriquer autre chose que des draps ordinaires. (Pirenne, Les dénomb. de la population d’Ypres, loc. cit., p. 6).
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sus productif qui font que certaines transformations intermédiaires s’exécutent dans des établissements in dustriels concentrés, dans des « manufactures », et même plus tard mécaniquement, et que le produit doit être ramené au centre pour les subir, parce que c’est là que se trouvent les établissements concentrés où s’accomplissent les parties les plus élevées du processus de production et que se trouve aussi la main-d'œuvre spécialisée capable d'accomplir ces actions, transformées
par une technique plus haute.