LA LOCOMOTION SOUS LA 3° RACE JUSQU’A HENRI IV
Nous avons vu que du règne de Philippe-Auguste seulement date l’usage de paver les cités. Encore ne pava-t-on, tout d’abord, que les voies principales. Les faubourgs 'continuèrent à être des réceptacles de boue et de fondrières dangereuses au sabot des montures. Quand Philippe revint de Bouvines, disent les chroniques, il fit son entrée dans la capitale au son des fanfares guerrières, le front ceint d’une couronne, monté sur son lourd destrier, entouré d’une escorte magnifique de chevaliers. A sa suite, enchaîné sur un mauvais chariot, venait son prisonnier, le comte de Flandre, Ferrand. La foule, qui formait double haie sur le passage du cortège, abreuvait le malheureux de ses moqueries :
— Ferrand, te voilà enferré maintenant!
Le chariot se rendit ainsi jusqu’au Louvre, où le prisonnier, mimort d’effroi et de terreur, fut jeté dans la grande tour.
Vers 1292, nous est-il rapporté2, le cheval et la litière servaient aux Parisiens tandis que la mule était la monture ordinaire des gens paisibles : abbés, évêques, magistrats. Les dames, ordinairement, montaient en croupe d’un cavalier, à moins qu’elles ne fussent suivies d’un serviteur. En ce cas, pour mieux conserver l’équilibre, elles appuyaient leurs pieds sur une mince planchette retenue avec des courroies. Cette mode se conserva fort longtemps. Mais cela variait avec les personnes. Et les historiens ne sont pas tombés d’accord sur cette coutume. Brantôme, lui, affirme que pareil usage se maintient au delà du xvie siècle. 11 affirme encore que la coutume de mettre la jambe dans l’arçon aurait été introduite par Catherine de Médicis. Si nous constatons, en effet, que cette princesse emportait, avec elle, dans la France de son temps les mœurs de la cour florentine, nous n’en sommes pas surpris. C’est à Catherine qu’on doit les corsets montants où se devaient enfermer pour à jamais les gorges de nos aïeules et de nos mères ; c’est à Catherine que l’on doit la politique astucieuse et l’intolérance de religion. On peut bien lui
1. Voir au musée d’artillerie : Notice sur les Coulevrines, les Fauconneaux et les Bâtardes du XV° siècle.
2. Histoire de Paris et de ses Monuments, par Eugène de la Goubnerie.
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
devoir aussi cette magnificence tout italienne qui valut aux montures de son temps les beaux harnais d’or aux houppettes de soie, et cés sortes de selles à troussequins couvertes des housses luxueusement brodées dont les belles dames de France du temps de Henri II se montrèrent si orgueilleuses, les jours de chasse.
La première litière employée à l’usage des blessés qu’on emmenait des tournois, à l’issue des combats, ne manœuvrait pas à dos de porteurs. Deux chevaux qu’on avait habitués à cet exercice la portaient horizontalement. Des dames ne tardèrent pas à employer ce genre de locomotion de préférence à celui des montures. Après l’an 1000, mais principalement au retour des Croisades, le goût pour les- voitures s’accrut considérablement, à tel point que le roi Philippe le Bel dut promulguer une ordonnance, en l’an 1294, spécifiant que mille bourgeoise rt aurait char , et décrétant la locomotion en voiture de superfluité . Mais, comme l’Édit sur le même sujet et d’une sévérité aussi grande que nous avons vu appliqué à l’époque des Romains, cette ordonnance, pour ainsi dire, resta muette. Était-il possible, même à un roi, de restreindre ainsi le grand mouvement économique, industriel et artistique de son peuple? Le développement du commerce de cité à cité et la nécessité des rapports entre les provinces voisines s’accentua rapidement. Les fêtes religieuses, les foires renommées et les réjouissances publiques devinrent des prétextes toutes les fois à l’emploi des chars et voitures.
Dès le xme siècle1 on voit figurer, dans les réjouissances pastorales et chrétiennes de la ville de Cambrai, une suite de chars dont chacun se trouvait avoir une physionomie particulière. Le premier était un char de triomphe représentant Y Assomption. Un large manteau bleu voilait le buste de cuir mobiles. - xv* siècle.
d’une jeune vierge assise sous
un dais et que soutenaient, de leur appui, quatre grands anges peints et dorés. Sur l’avant de ce char, le tombeau de la Vierge et les douze