‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 113 sur 247 · MESSAGERIES ROYALES — ORIGINE DES CARROSSES · texte numérisé non relu

MESSAGERIES ROYALES — ORIGINE DES CARROSSES

la lecture d’un poème de Loret, d’une historiette de Tallemant des Réaux, d’une page du duc de Saint-Simon nous n’avons nulle peine à aussitôt nous renseigner sur la locomotion française depuis la fin du xvie siècle jusqu’au commencement du xvme. — Avec Richelieu et le Roi-Soleil l’art des carrosses se perfectionne encore. La tapisserie, les dentelles, la miroiterie, la dorure ajoutent à l’éclat des bois et au luxe des cuirs. Les attelages deviennent magnifiques. La splendeur et la richesse des cours, les déplacements successifs de Paris et de Versailles, de Marly et de Fontainebleau, nécessitent un accroissement des écuries qu’on n’avait vu encore sous aucun règne. La plupart des dames, quoique bonnes écuyères (les parties de chasse sous Henri IV, que suivaient assidûment les belles et honnestes Dames de la Cour, leur avaient enseigné les principes difficiles de ce sport), ne tardèrent pas à adopter l’usage presque constant des carrosses.

Nous savons déjà, Rrantôme nous ayant renseigné à ce sujet, que

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

Marguerite de Navarre avait coutume d'écrire, dans sa litière, les meilleurs de ses contes1. Voyons maintenant ce que dit Michel de Montaigne. — L’admirable essayiste, qui est la gloire des lettres françaises, n’a-t-il pas écrit le chapitre des Coches 2 au livre III de son recueil? Ses pages ne sont pas précisément à l’éloge de la locomotion de son temps 3 , mais elles témoignent de l’intérêt que tout esprit élevé et que toute personne noble commençaient à porter à ce nouveau mode de transport. Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que l’invention des carrosses était antérieure au xvie siècle. Du moins est-ce l’avis de Louandre : « L’une des nouveautés les plus importantes du xvie siècle, dit-il, en fait d’objet de luxe, fut l’usage des carrosses dont l’invention est attribuée à un archevêque de Milan, Héribert, qui vivait dans la première moitié du xii° siècle. Du temps de François Ier cette espèce de voiture était encore tellement rare qu’on n’en comptait que deux à la cour. » L’opposition du Parlement ne fut pas favorable à l’invention nouvelle. Ces messieurs les conseillers et les avocats avaient acquis une telle habitude de la mule que l’emploi des carrosses ne pouvait que les effrayer. Ils en firent part en 1633, dans une supplique au roi Charles IX, demandant qu’il fût défendu, aux habitants de cette ville, l’usage des carrosses4. Ce prince résista. Alors le fisc ne tarda pas à entrer en ligne et à venir placer un impôt sur la ferme des voitures et messagers publics. Grâce à Henri III, ce service des messageries, comme celui des coches ordinaires, put sortir enfin de toutes les entraves où les jetèrent les édits. En 1576, Henri III réglementa le service des messagers royaux, et même en permit l’usage aux particuliers 5. Peu de temps auparavant, il avait été réglé que le « grand maître des postes » porterait les paquets ou dépêches aux quatre secrétaires d’Etat qui les remettraient à Cathe-

1. Elle intitula même la Coche une assez longue pièce dans laquelle elle fait allusion à son véhicule royal. Une averse, mettant lin à ses joyeux devis par les prés, l’y fait rentrer ainsi que ses compagnes :

La pluye en creut, lors chacune descoche Et toutes trois nous mismes en la coche.

2. Montaigne (Michel de). Essais (5° édition, Paris, Abel L’Angelier).

3. « Or, ie ne puis souffrir long temps coche, ny litière, ny bateau et hais toute aultre voicture que de cheval, et en la ville et aux champs ; mais ie puis souffrir la lictière moins qu’un coche, et par mesme raison, plus aysément une agitation rude sur l’eau, d’où se produisit la peur, que le mouvement qui se sent en temps calme. » (L. III, ch. vi.)

4. Le premier magistrat qui fit usage du carrosse fut, au commencement du xvn' siècle, Christophe de Thou, père du célèbre historien et premier Président au Parlement. Mais le président de Thou avait la goutte, et sa femme continuait, par habitude, à se promener à cheval en croupe derrière un valet.

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