‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 114 sur 247 · Challamel. Mémoires du peuple français · texte numérisé non relu

Challamel. Mémoires du peuple français

LES CARROSSES DU GRAND SIÈCLE

rine de Médicis sans les ouvrir1. A ces divers services vint s’adjoindre celui de l’Université, lequel, outre les dépêches du gouvernement, transportait encore les sacs des procès civils ou criminels, les voyageurs, les lettres, l’or, l’argent et les marchandises d’un petit volume2.

Le Mercure de France donne sur l’origine des coches et « sur le temps auquel on a commencé en France de se servir des carrosses » une lettre bien curieuse de M. A. G. B. D. A. A. P. :

« ...■ Le P. de Montfaucon, dans ses Monuments de la monarchie n’a point marqué que l’on se servît anciennement en France des chars ou des carrosses ; il paroît au contraire, par les descriptions et représentations qu’il nous a données des Entrées des Rois et des Reines et autres cérémonies, que, dans ces occasions, les personnes les plus distinguées, même les Rois, les Reines, les Princes et Princesses, étoient montés sur des chevaux, haquenées Ou palefrois; il ne parle que d’un seul char dont il donne la figure, sçavoir le char du Roy Henri II, lorsqu’il fit son entrée dans Roüen, le 2 octobre 1550. Ce char n’est qu’une espèce de traîneau sans roues, tiré par deux chevaux accolés, ce qui a fort peu de rapport à un carrosse d’aujourd’hui. On prétend cependant que c’en est là l’origine et qu’en 1350, il n’y avoit encore, en France, que trois carrosses, sçavoir celui du Roy, celui de Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, et celui de René de Laval, seigneur de Boisdauphin, père du maréchal de France... »

« On ne doit pas s’étonner si le Roy (Henri IV) nommoit coche son carrosse, car c’est ainsi que l’on nommoit les plus beaux carrosses de ce temps-là qui étoient effectivement faits comme nos coches ou carrosses publics, pour aller d’une ville à une autre, lesquels furent établis en 1571. Les nostres ont retenu la forme et le nom de Carrosses de ce temps-là. Le luxe et la vanité ont fait depuis bien des progrès et en peu de temps non seulement les carrosses se sont multipliés au point que, dans Paris seul, on en compte actuellement (1737) près de 12 000; mais ce qui paroît plus étrange c’est que des

1. Maître Brusquet, successeur de Triboulet dans l’emploi de Fou du Roi, avait obtenu, grâce à ses bouffonneries, la charge de maître des postes de Paris. « 11 n’y avoit pour lors point de coches, de voitures ni chevaux de relais, dit Brantôme, comme il y en a pour le jourd’hui. Aussi pour un coup, je lui ai compté cent chevaux de poste, et ce d’ordinaire : ce qui estoit la cause qu’en titre et qualités il s’intituloit Capitaine de cent chevau-légers. Je vous assure qu’ils estoient bien légers en toutes façons, tant de la graisse dont ils n’étoient guère chargés que de la légèreté à bien courir, auxquels chevaux et postillons il imposoit très-plaisamment les noms des bénéfices, offices, dignités, charges et estats que l’on court ordinairement en toute diligence par les postes. »

Page 1