Voir Racinet. Les Costumes historiques
LES CARROSSES DU GRAND SIÈCLE
d,u temps ont célébré ces merveilles1. Encore faut-il dire que le train de la Reine n’approchait pas toujours de celui des maîtresses du Roi. « Nous suivons les pas de Mme [de Montespan, écrit Mme de Sévigné dans sa correspondance. Elle est dans une calèche à six chevaux, avec la petite de Thianges. Elle a un carrosse derrière, attelé de la même sorte avec six filles ; elle a deux fourgons, six mulets, et dix à douze cavaliers à cheval, sans ses officiers. Son train est de quarante-cinq personnes (5 mai 1676). » Et ailleurs : « Il se trouva dans la cour de Saint-Germain, le matin, un très bon carrosse tout neuf à huit chevaux avec des chiffres, plusieurs chariots et fourgons, quatorze mulets, beaucoup de gens habillés de gris, et, dans le fond du carrosse, la plus belle personne de la cour (20 février 1680). » Cette personne était MUe de Fontanges non indifférente aux yeux du Roi2.
Saint-Simon nous décrit avec autant de détails les équipages de la cour d’Espagne : « Quand le Roi et la Reine vont en cérémonie à Notre-Dame d’Atocha, qui est une dévotion célèbre à une extrémité de Madrid ou quelque autre part, marchent d’abord un ou deux carrosses remplis de gentilshommes de la chambre, celui du grand Ecuyer du Roi, celui où le Roi et la Reine sont seuls, celui du Roi vide, celui du grand Ecuyer de la Reine, la Camarera-Mayor seule dans le sien à elle, environnée de sa livrée à pied et un écuyer à elle à cheval à sa portière droite, un ou deux carrosses de la Reine remplis de dames du palais, magnifiques comme pour servir à la Reine, un ou deux autres bien inférieurs, mais aussi de la Reine, remplis de Sehorcis de honor, un autre encore où est Yazafata seule, et deux autres pareils pour les femmes de chambre. »
Au cours de ses Mémoires le duc de Saint-Simon nous entretient encore quelquefois de l’emploi des carrosses à la cour. Parlant de la liberté qu’avaient les véhicules de pénétrer dans la cour d’honneur des palais royaux, il écrit que « les princes du sang n’ont jamais fermé la porte de la cour à aucun carrosse ». Ailleurs encore, il écrit : « Le Roi s’alla promener au cours. Il était au fond de son carrosse, serré entre le duc de Maine et le maréchal de Villeroy avec la dernière indécence. Tant que le feu roi admit des hommes dans son car-
1. Voir La Campagne de la Reine ou Lettre galante écrite à des dames de la cour de Monseigneur le Dauphin (1667). — Relation de la guerre de Flandre (1668). — L’État de France (1676).
2. Sévigné (Marie de Rabutin-Ciiantal, marquise de), Lettres, Paris, Hachette, 1862-
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
rosse jamais aucun prince du sang n’a été à côté de lui (, sic )* ». Ailleurs c’est le fameux chapitre sur le désordre des carrosses, à propos de la mort de Monsieur1 2 3 : « Mme la Duchesse de Bourgogne suivie de toute cette cour alla chez le Roi, chez Madame, chez Monsieur et Mme la duchesse d’Orléans, puis monta en carrosse au derrière avec Mme la Grande Duchesse, trois princesses du sang au devant, suivie de cinquante dames dans ses carrosses ou dans des carrosses du roi. Tout y fut en confusion. Il plut aux princesses du sang dont chacune devoit son carrosse de se mettre toutes dans celui de Mme la duchesse de Bourgogne. On ne pouvait s’y attendre, parce que c’était la première fois que cela était arrivé, et je ne sais quel avantage elles crurent y trouver. Cela dérangea l'ordre des autres carrosses qui étoient réglés à l’avantage des duchesses sur les princesses dont Mme d’Elbeuf se jeta de dépit dans le dernier carrosse. »
Le bon La Fontaine ne parle, lui qu’une seule fois des carrosses de la cour. Encore en est-il ébloui au point de ne pouvoir que leur consacrer quelques vers3.
Mais comment de ces vers sortir à mon honneur?
Ceci de plus en plus m’embarrasse et m’empêche ;
Et de fièvre en chaud mal, me voici, Monseigneur,
Enfin tombé sur la Calèche.
On dit qu’elle était d’or et semblait d’or massif Et qu’il s’en fait peu de pareilles;
Mais je ne pus la voir, tant j’étais attentif A regarder d’autres merveilles.