Voltaire. Siècle de Louis XIV
lettres d’or, des vers composés par Périgni et Benserade. Le roi, parmi tous les regards attachés sur lui, ne distinguait que ceux de MUe de la Vallière. La fête était pour elle seule; elle en jouissait confondue dans la foule. La cavalcade était suivie d’un char doré de dix-huit pieds de haut, de quinze de large, de vingt-quatre de long, représentant le char du Soleil, les quatre Ages, d’or, d’argent, d’airain et de fer; les signes célestes, les Saisons, les Heures suivaient à pied ce char. Ces fêtes durèrent sept jours. »
Les ministres, les hommes d’Etat, les nobles princes, essayèrent quelquefois de rivaliser avec Louis XIV. Tout le monde sait ce qu’il en coûta au surintendant Fouquet. Il ne fallait pas qu’aucune gloire voisine vînt obscurcir la gloire royale. Le surintendant pouvait bien avoir, dans ses écuries, de magnifiques équipages propres à rouler aussi bien que ceux du Roi. On vit où cela le mena : A la disgrâce et à la prison.
Nous avons, grâce aux peintures de Vander Meulen et aux carrosses exposés à Paris, au Musée des Thermes, une idée à peu près exacte de ce que pouvaient être les cortèges royaux à leur entrée ou à leur sortie des villes.
Quand Louis XIV et Marie -Thérèse pénétrèrent dans Arras on remarque (toujours d’après le tableau de Vander Meulen) que Marie- Thérèse, entoui’ée de ses tilles d’honneur, occupe un carrosse de gala garni de stores en glace, éblouissant de dorures et traîné par six chevaux blancs. Selon l’usage, une des demoiselles d’honneur est assise devant chaque portière.
La maison équestre de la Reine était fort bien montée. Les pages, les valets de pied, les cochers et autres officiers servants de l’écurie se trouvaient sous la dépendance du premier écuyer, et les officiers du roi sous celle de Monsieur le Grand, ou grand écuyer. Il y avait la grande et la petite écurie. Pour arriver à distinguer les officiers appartenant à l’une ou à l’autre il Suffisait de regarder de quelle façon le galon de leur manche se trouvait cousu : chez les officiers de la grande écurie, le galon était disposé « en bracelet » ou en travers; chez ceux de la petite, on le voyait « en quille », c’est-à-dire disposé de haut en bas. La livrée royale comprenait le blanc, le bleu et l’incarnat; l’équipage de la Reine se composait de huit carrosses : l’un était réservé exclusivement à la personne royale; les autres étaient affectés au service des dames d’honneur1. Nombre d’écrits