‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 139 sur 247 · MESSAGERIES. — ROUTES · texte numérisé non relu

MESSAGERIES. — ROUTES

Il n’est pas un historien, un peu observateur, qui n’ait remarqué la corrélation étroite qui exista toujours entre l’embellissement des routes et le développement de la locomotion publique ou privée. Nous avons vu dans le chapitre précédent de quelle sollicitude le duc de Sully avait entouré la bonne administration des chaussées. Après lui Colbert vint et remarqua, non sans regret, ce mauvais état des routes qui « empêchoit notablement le transport des marchandises1 ». Il travailla à les réparer et à en créer de nouvelles, plus confortables et mieux entretenues. Grâce à ses soins, des coches d’eau, établis sur la Seine, favorisèrent l’approvisionnement de Paris. Les chaussées provinciales, après les voies fluviales, ne tardèrent pas à être l’objet d’une sollicitude ministérielle aussi grande. Ainsi en peut-on juger par cette lettre de Mmc de Sévigné, écrite de Nevers le 20 septembre 1687 : « C’est une chose extraordinaire que la beauté de ces routes; on n’arrête pas un seul moment; ce sont des mails et des promenades partout; toutes les montagnes aplanies, la rue d’Enfer, un chemin de Paradis; mais non, car on dit que le chemin en est étroit et laborieux, et celui-ci est large, agréable et délicieux. Les intendants ont fait des merveilles, nous n’avons cessé de leur donner des louanges. »

Hélas ! avec Colbert s’en allèrent les soins apportés aux chemins de communications. Le désordre des intendants se donna libre

. Ordonnance de 1664.

AU COURS DU XVIIIe SIÈCLE.

cours aussitôt la mort du grand ministre. Malgré la « taxe des chemins » établie sur la fin du règne de Louis XIV et instituée pour l’entretien des grandes routes, les travaux furent interrompus dans la plupart des provinces.

Les voyages, un instant aisés, redevinrent, au dire de Saint- Simon, extrêmement périlleux. Le commerce en souffrit et, dit le duc-historien, se trouva presque totalement intercepté en beaucoup d’endroits « faute de ponts et chaussées qui manquoient en grand nombre et qui obligeoient de faire de longs détours; ce qui, joint au nombre doublé et triplé de chevaux pour traîner les voitures dans les chemins rompus où elles s’embourboient et se cassoient continuellement, causoit une triple dépense, qui, sans compter la peine et le travail, dégoûtoit les moins malaisés et passoit les forces de tous les autres1 ». Ajoutez à cela que l’usage des chevaux de poste finissait, pour les particuliers, à quelque distance de Paris, et vous comprendrez l’embarras considérable qui en résultait pour les voyages de toute espèce. Les messageries elles-mêmes en souffrirent. Pour ce qui fut des correspondances, on se résigna, afin de ne point apporter de retard, par l’embarras des véhicules, à se servir des seuls chevaux sur le dos de qui on attacha une malle2.

M. de Veloyer obtint, en 4658, dit Challamel, l’autorisation d’organiser, à Paris, une petite poste aux lettres avec des boîtes aux coins des rues, comme on les voit aujourd’hui3. Cela vint adoucir un peu la nostalgie et la douleur des parents ou des amis éloignés que la difficulté des voyages empêchaient de se voir plus souvent. Nous savons, par une lettre de La Fontaine à sa femme en 4663, écrite deux jours après son départ de Paris, que le poète et ses amis n’avaient pas encore dépassé un endroit où l’on se rend facilement aujourd’hui, par le tramway, en moins de deux heures : « J’ai tout à fait bonne opinion de notre voyage écrit avec candeur La Fontaine; nous avons déjà fait trois lieues sans mauvais accident, sinon que l’épée de M. Jennart s’est rompue. Présentement nous sommes à Clamart, au-dessus de cette fameuse colline où est situé Meudon ; là, nous devons nous rafraîchir deux ou trois jours. »

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