‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 148 sur 247 · Challamel · texte numérisé non relu

Challamel

3. Voir Nicolas de la Grange. Le Phaéton renverse, poème héroï-comique. Avignon et Paris. A. J.-B. Hérissant, in-12, 103 p.

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

De l' Honnesté des liants de chausse , poùrpoincts et casaques débordées' , il n’est question que du « luxe indécent » de ces carrosses « dits phaétons » . Le Voyageur fidèle dans Paris, de Liger1 2 (chapitre des équipages) s’accorde à reconnaître la richesse excessive de ces équipages.

Pourtant, à l’exemple d’Aristote, qui ne quitta point le Chapitre des Chapeaux, sans nous conter une dernière anecdote, ne finissons point ce Chapitre des Carrosses sans entretenir le lecteur de l’invention bizarre du marquis de lDuc.rest, frère de Mme de Genlis. Ce personnage avait inventé le moyen de fabriquer le meilleur carton à l’usage de la construction des voitures et aussi des bateaux [sic). « Le marquis de Ducrest, dit Fournier3, prenait tous les rebuts, tous les papiers sales, vous les cartonnait et, vous les rendait sous forme d’élégante gondole ou de cabriolet, à votre choix. De cette façon, les libraires, ainsi que les auteurs peu lus, étaient les gens le plus en état de rouler voiture. Un méchant faiseur de satires avait décoché, à l’adresse de l’abbé Delille, deux ou trois volumes de vers qui ne se lisaient pas et se vendaient encore moins. L’édition complète était entassée dans la boutique du libraire. Un jour l’abbé envoya prendre tous les exemplaires. Moyennant le prix du papier, il les fit porter à la manufacture du marquis de Ducrest. Il y avait un millier de volumes. Le marquis de Ducrest lui rendit un fort joli cabriolet. L’abbé prétendait qu’il y dormait mieux que dans toute autre voiture, et, quand il en parlait, il ne l’appelait jamais autrement que Les œuvres fugitives de M. N. »

L’aventure est charmante et digne d’être contée. Elle a le mérite de préciser l’invention du papier remplaçant le bois et dont, aujourd’hui, on fait tout, même des maisons.

Bien que postérieure à celle des carrosses, l’invention des Berlines doit prendre place ici. La cour de Louis XIV se montra, en effet, accueillante pour le nouveau véhicule. Celui-ci, bien que d’origine hérétique (il était dû à un réfugié d’Orange, Philippe Cièze, qui l’inventa à Berlin), ne fut pas long à s’acclimater. Et, bientôt, le roi de France s’en servit tout comme l’électeur de Brandebourg. La Berline avait deux brancards à son train, selon Ramée, au-dessus

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