‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 171 sur 247 · LA CITADINE · texte numérisé non relu

LA CITADINE

Autour de cette voiture principale, d’autres, non moins riches, accompagnaient le nouveau maître dans son triomphe. C’étaient : la victoire, la turquoise , la brillante, Yaméthyste, la cornaline.

Après son divorce, en 1809, dit Bastard, l’impératrice Joséphine se rend au château de la Malmaison dans la voiture dite Yopale, apparue sous le Consulat; la voiture appelée la topaze, qui, un an après, sert au mariage de Napoléon Ier avec l’impératrice Marie-Louise, transporte, en 1837, Hector Soult, alors ambassadeur de France à Londres, aux fêtes de la reine Victoria.

factures, l’agriculture, le commerce, la navigation, etc. (Paris, au bureau des Annales, 1800-1817.) L’on trouve, die M. le comte de Contades, dans la collection des Annales, un certain nombre d’articles relatifs aux voitures, tels que : La description d’une nouvelle voilure propre à être menée aussi bien en arrière qu’en avant; une note sur l’avantage que présentent les roues à larges jantes pour les voitures de voyage et de luxe; une autre sur les avantages des essieux tournants; une autre sur le moyen proposé par Monsieur de France pour faciliter la marche des voitures dans les montées.

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

Napoléon eut toujours l’amour des brillants équipages. En cela le Prince Murat l’imitait. Ce dernier ayant, durant la campagne d’Italie, capté, sur un prince prisonnier, un fort beau carrosse doré, s’empressa, à l’annonce de l’arrivée de son beaufrère, de le faire disparaître. Murat, dit l’histoire, se rendit au-devant de Napoléon, dans une fort mauvaise voiture boiteuse, après avoir, au préalable, pris la malicieuse précaution de dissimuler son riche butin. Nul doute que l’Empereur n’eût en effet réclamé pour lui ce carrosse magnifique. Murat, prévoyant, avait paré à cette éventualité en affectant un équipage misérable.

La société impériale ne tarda pas à imiter l’Empereur. Déjà préparée à cette exubérance de luxe, par les mœurs du Directoire, elle continua à donner libre cours à son goût pour le luxe et la frivolité. La locomotion privée trouva dans ce réveil des richesses, subitement accrues du bénéfice des victoires, un nouvel élément de parure. Les carrossiers célèbres, réalisèrent dans l’espace de quelques années, de brillantes fortunes. L’illustre fabricant de voitures Duchesne acquit, par ce fait, une réputation que ses beaux travaux ne devaient pas tarder à rendre européenne. Des ateliers 4e ce maître constructeur sortirent les berlines, les calèches, les diligences, les karicks de promenade ; puis, successivement : les landaus « à flèche et cou de cygne, et à siège, à coffre, à tonneau » ; les bastardelles « à flèche et cou de cygne » ; les casse-cou, les bokéis, les coureuses, les chars à bancs et nombre d’autres véhicules récents ou d’invention nouvelle dont ce carrossier finit par emplir le monde. La gloire de Duchesne, propagée par ceux de ses riches clients dont il était le fournisseur, ne tarda pas à se répandre dans les capitales. Vingt ans après, Désaugiers, encore ébloui par Duchesne, en transmettait le nom aux populations :

Mon frère était pin,

Moi je suis sapin,

Et fus fait par Duchesne.

DE LA RÉVOLUTION A NOS JOURS

CALECHE A FLECHE.

Le Mercure de France de 1812 plaisante agréablement l’usage immodéré des véhicules de tout genre : « Dorimont, dit-il, jouissait de cinquante mille livres de rente en biens-fonds : il s’était d’abord contenté d’une bonne voiture avec deux paires de chevaux ; mais Mmo Dorimont voulut

un équipage pour elle... Elle n’eut pas plutôt une jolie voiture coupée, qu’elle fit sentir à son mari que rien n’était plus agréable pour la promenade qu’une calèche à quatre chevaux; il acheta donc une calèche et quatre chevaux espagnols, deux bai-clair et deux gris pommelés.

Peu de temps après, ayant rencontré au bois de Boulogne une duchesse qui avait deux jockeys en suite et deux en avant, elle tourmenta son mari pour trancher de la duchesse, etc. »

Est-ce que Montaigne, est-ce que La Bruyère n’avaient pas successivement tracé de fines satires de ces femmes « qui ruinent leurs maris et leurs amants en équipages»? Certes. Etle défaut est éternel comme le caprice des femmes.

Dans cent ans, les gazettes enregistreront les persécutionsdeshommes futurs, harcelés par des épouses et des maîtresses dont le désir de posséder de riches et élégantes automobiles ne connaîtra plus de bornes. Ainsi vont les mœurs. Les moralistes qui se succèdent ne peuvent qu’en observer l’exact et identique recommencement. Leurs railleries ou leurs reproches ne touchent point les cœurs. Depuis l’antiquité, les femmes ont aimé rouler dans de belles voitures. Vénus elle-même se promène dans le ciel mythologique, au vol de son char emporté par les colombes. La locomotion de la vanité ainsi que celle de l’Amour est éternellement renouvelable.

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

Ainsi l’affirme encore Y Almanach des modes de 1815 1 : « Une jolie femme, dit-il, une femme à la mode, doit avoir plusieurs voitures; le bon ton ne veut pas qu’elle se montre tous les jours en public dans le même équipage. Il faut que la cour de sa maison ressemble à V atelier d’un carrossier (sic) ; qu’on aperçoive, d’un côté, sous les remises, une berline, plus loin un coupé; de l’autre côté une calèche, un landau et une voiture de voyage, indépendamment des karicks, des bokays, des guignes, des phaétons, etc., qui semblent appartenir à Monsieur et destinés à son usage, mais dont Madame a

trouvé le moyen de s’approprier la jouissance pendant toute la belle saison. »

Une étiquette existait effectivement qui interdisait de se servir au hasard des divers équipages. La berline, plus spacieuse, devait être réservée aux çérémonies; le coupé, plus aimable et mieux suspendu, est réservé à la coquetterie; une jolie femme, parée de tous ses attraits naturels et de tous ses joyaux, ne saurait se montrer qu’en coupé ; cependant la voiture la plus svelte, la plus élégamment parée, celle où peut le mieux s’étaler la beauté ravissante des femmes, est, sans contredit, la calèche.

L’intérieur de ces différentes voitures est richement décoré, doublé le plus souvent de drap blanc, bleu, bouton d’or et quelque-

1. Almanach des modes et Annuaire des modes réunis. 2° année. A Paris, chez l’éditeur, rue Montmartre, 183.

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fois gris et entouré de galons de soie très beaux. A l’extérieur, les

couleurs les plus quille, vert d’eau et manque point, non plus, de richesse.

L 'Almanach des modes écrit même que la « sellerie française rivalise avec la sellerie anglaise » , ce qui est, paraît-il, un fort bel éloge1.

Cette perfection n’empêche pas d’ailleurs les Anglais — de railler. L’un d’eux, sous le nom de Benjamin Rotch2, ne manque point d’écrire dans cette même et funeste année 1815 : « J’ai dit hier à mon valet de chambre, écrit ce touriste, que je désirais faire une excursion à Versailles. 11 m’informa que le meilleur moyen de m’y rendre était de monter dans un de ces pots de chambre dont une station se trouvait sous les murs du Jardin des Tuileries. La proposition était alarmante pour l’oreille... Nous mîmes neuf heures et demie à faire 9 milles et, arrivés à Versailles, nous eûmes à payer 30 sous par place. »

Mais, hélas ! voici qu’allait sonner pour le maître souverain, pour l’Empereur si avide de gloire et d’apparat, l’heure de la déchéance et de l’exil !

1. Le même almanach, dans son Manuel des gens du monde pour 1815, signale aux personnes qui se font attendre aux portes des théâtres, pendant la représentation, par leurs équipages, le fait suivant : « Pendant que les maîtres sont au spectacle ou au bal, messieurs les cochers disposent effrontément de la voiture et des chevaux qui leur sont confiés, transforment les équipages en fiacres et font des courses à leur profit dans Paris. C’est particulièrement au théâtre Français et au théâtre Feydeau que cet abus se commet le plus fréquemment, parce que les différentes sorties le favorisent davantage que partout ailleurs. » Si nous en jugeons par ce qui se passe aujourd’hui, nous pouvons dire que cet abus existe toujours aussi florissant qu’en 1815. Le scrupule des cochers manque, à ce sujet, d’être proverbial !

2. M. S. Benjamin Rotch. Letters from France, written by a modem tourist in that country and descriptive of some of the most amusing manners and customs of theFrencli. (Londres, Th. Sotheran, in-18), illustré de dix gravures coloriées, parmi lesquelles il faut indiquer : I. Une diligence française; II. Un courrier français; 111. Un pot de chambre; IV. Un postillon français. Ce fameux pot de chambre, voiture publique pour Versailles, existait depuis soixante ans ; Voltaire en parle déjà dans le Huron.

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Un des cochers de Napoléon Ier, Jean Hornn, dans des mémoires publiés par les soins du comte J. de Contades (voir Y Intermédiaire des chercheurs et des curieux , numéro du 10 septembre 1894), a donné de nombreux renseignements sur l’écurie et sur les remises impériales1. Le Mémorial de Sainte-Hélène, de son côté, parle d’un autre cocher de Napoléon, César. Ce dernier conduisait la voiture du Premier Consul le jour de l’explosion de la machine infernale. Bonaparte n’avait dû, ce jour-là, la vie sauve qu’à la dextérité et à l’adresse de cet homme. César jouit d’une certaine renommée après cette aventure. L’Empereur l’avait attaché à son service et le lendemain de l’attentat, paraît-il, plus de trois cents cochers de fiacre de

Paris avaient offert à l’illustre automédon un banquet monstre dont on parla pendant longtemps dans la corporation.

Dans les Napoléon Rooms de l’établissement de Mme Tussaud, dit le comte de Contades, on voit encore exposées deux autres voitures impériales : le State Carriage qui aurait servi à Milan le jour du couronnement de Napoléon comme roi d’Italie, et la calèche dans laquelle il sortait habituellement à Sainte-Hélène2.

Avec la Restauration et le retour de Louis XVIII, firent leur réapparition les antiques carrosses de cour, chamarrés de dorures, décorés d’armes et de blasons. Une fois bien remisées, les berlines des émigrés laissèrent place aux fastueux équipages de l’ancienne monarchie. Quand les fourgons des alliés eurent, pour la dernière fois,

1. Voir The Narrative of Jean IIoünn, military coacliman to Napoléon Bonaparte containing his recollactions of that mémorable character, duringthe ten years in which he xvas on his personal service (London, published at the London Muséum, in 12). Ce petit livret fut mis en vente à l’occasion de l’exposition, à l’Egyptian-IIall (Piccadilly) de la voiture impériale prise à Waterloo. Jean Hornn se tenait près de la voiture.

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