ANNÉES
Nombre maximum de voilures en service. . . 7 . 400 916
de chevaux • 3728 12803
Nombre de voyageurs transportés 34080 180 312 718
Le mouvement est, aujourd’hui, bien plus considérable encore et peut, en quelque sorte, se décomposer comme suit :
I par la Cie générale des omnibus .... 210320800
par la Cie des tramways Nord et Sud . . 60 721 200
par le chemin de fer, de Ceinture . . . . 41 120 030
par lesGicsdes Bateaux-Omnibus, Hirondelles et Bateaux-express ...... 29 313 600
Ensemble. . . 341 677 630
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
Près de 342 millions de voyageurs par an! Voilà quel est, en moyenne, le chiffre du mouvement actuel des transports opérés par les différents services de locomotion parisienne. N’est-ce pas formidable? Ne doit-on pas être effrayés, à la pensée de ce que sera dans dix autres années cette cité que sillonneront le métropolitain, les automobiles, les cycles, les tramways à vapeur, les trottoirs roulants, les chaussées aériennes? Même Londres ou New-York, même Chicago, même San Francisco ne peuvent, aujourd’hui, que faiblement donner une idée de cette colossale vision de l’avenir ‘.
Seul Robida, l’admirable visionnaire du xxe siècle, possède assez de pittoresque, assez de relief, assez de drôlerie pour rendre l’aspect de ces bêtes de fer hérissées de roues et d’hélices, écumantes de feu et de vapeur dont la présence épouvantera le tranquille recueillement des jeunes gens d’aujourd’hui, devenus alors de moroses et inactifs vieillards. Alors, sans doute, automobiles, chemins de fer et cycles ne seront plus les disgracieux
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colosses de fonte de cette seconde moitié du xix» siècle.
heure. Des artistes, des décorateurs, des sculpteurs de toute sorte auront fini par trouver une forme aux machines lourdes et pesantes dont aucun ornement ne
1. Veut-on savoir où entraîne un tel tumulte de chevaux, de voitures et de chemins de fer? Apprenez pour cela ce que coûte le seul entretien de la chaussée parisienne : « L’entretien du pavé de Paris coûte annuellement de 23 à 24 millions. Bien que le pavage en bois se soit développé, c’est à beaucoup près le pavage de pierre qui est le plus usité : il couvre 6040000 mètres carrés. Pour la seule retaille des vieux pavés, on dépense chaque année plus d'e 100000 francs. Cette retaille est faite par l’association des piqueurs de grès qui l’exécute au prix de 70 francs le mille ; elle a donc à peu près 1 600 000 pavés à retailler tous les ans. Le pavage en pierre, l’asphalte et l’empierrement coûtent environ 9 millions, l’entretien du pavé de bois coûte 3 millions. Sur le sol de Paris passent 50 000 voitures par jour en moyenne : 1600 omnibus et tramways; 15 000 voitures de place, 14 000 voitures particulières; 16 000 voitures de commerce, etc. D’après les statistiques municipales, il passe, par vingt quatre heures, avenue de l’Opéra 36200 chevaux traînant29 500 voitures, soit 2262 chevaux par mètre de largeur !!! Pour supporier un tel mouvement, les chaussées doivent être couvertes de granit de la Manche, des Côtes-du- Nord et Mes Vosges; ou d’ardoises de la Mayenne, de l’Orne et de la Sarthe...» Oh! chaussées de Brunehautet de Philippe-Auguste, chaussées anciennes, auprès de celles-ci vous n’êtes que des sentiers boueux à peine bons au passage des mulets !
CYCLISME ET AUTOMOBILISME
vient parer le mécanisme compliqué, les ailes battantes, les roues tournantes, l’allure saccadée et lourde. Avoir inventé l’automobile, le tramway à traction, le tandem, ne suffit point. Encore faut-il les débarrasser de l’insuffisance de grâce qui les rend pareils à des pachydermes repoussants ou à des araignées géantes. Le break, le coupé, le vulgaire fiacre populaire doivent à la seule présence du cheval quelque chose de vivant, d’élancé et de curieux; l’automobile, le tramway à traction, sauf la très moderne locomotive, doivent* au contraire, à son absence un aspect inélégant et attristant.
La carrosserie moderne, essentiellement basée sur l’emploi du cheval, n’est point apte à saisir les rapports que l’esthétique la plus rudimentaire pourrait avoir avec la construction des véhicules artificiels. Voici, à ce propos, ce que le regretté Paul Arène écrivait, en 1895, sur l’Esthétique des voitures automobiles : « Par quelle étrange folie le problème étant d’établir un véhicule destiné à marcher sans cheval, ces messieurs le conçoivent-il exactement le même que si un cheval ou deux chevaux devaient s’atteler devant?
Le principe fondamental de l’art n’est-il pas de revêtir tout produit du travail humain, soit marmite soit cathédrale, soit voiture automobile, d’une forme appropriée à sa fonction?
Nos anciens connaissaient ces choses, ils ont voulu et su créer, mais aujourd’hui les procédés sont plus simples.
Vous voulez une automobile? Parfait! Au lieu de se fatiguer l’imagination, on va prendre le premier fiacre à galerie venu, couper brancards et avant-train et mettre dedans un tourne-b roche.
De là ces camions, machines d’allure inquiétante et larvaire, qui, vision de cauchemar, s’en vont cheminant sur le ventre, comme des escargots décapités.
Puisqu’un siècle nouveau commence où la machine, devenue l’universel serviteur, doit, en attendant de libérer l’homme, rendre au grand air des pâturages « la plus belle conquête que l’homme ait jamais faite », puisque la poussière des routes, que ne parcourent plus commis voyageurs ni rouliers, a perdu cette fine odeur de vanille due à la torréfaction, opérée par le soleil, des grains d’avoine incomplètement digérés; et puisque bientôt, dans Paris, il n’y aura plus de chevaux que sur nos routes nationales, tâchons au moins de les remplacer dignement. »
Ce poète a mille fois raison, raison comme ont toujours les poètes lorsqu’ils défendent, contre l’envahissement industriel et pratique, cette Beauté que nul ni rien ne saurait faire oublier et que les archi-
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
tectes do l’Antiquité et de la Renaissance savaient appeler si bien à leur aide pour masquer la disgracieuse laideur des appareils.
Cet appel a d’ailleurs été entendu. Les constructeurs ont admis les justes reproches des artistes. Déjà le Figaro, dès 1894, ouvrit une sorte d’enquête où la question de la décoration automobile, posée en questionnaire, était livrée à la solution des correspondants. « Habituer le regard à ne plus chercher les chevaux devant la voiture. Remplacer l’affreuse forme des voitures actuelles par un modèle élégant, original et pratique . » Voici ce que demandait, en substance le Figaro. Il s’agissait, non point de modifier le côté technique des
machines, ce qui était inutile, mais bien d’en approprier le poids et le mécanisme aux formes ordinaires des coupés, calèches, phaétons, vis-à-vis, victorias, breaks, omnibus, etc.
Les correspondants, malheureusement, plutôt que de s’en tenir aux moyens réalisables, proposèrent les motifs de la plus folle fantaisie mythologique. La plupart crurent utile de remplacer le cheval absent par l’une quelconque des bêtes de l’Apocalypse, et il en résulta l’un des plus fantastiques défilés qu’on ait vus depuis longtemps.
Le concours des Magasins du Louvre, ouvert en 1897, donna de plus sérieux résultats. Il s’agissait cette fois de tenir compte de l’aménagement
du mécanisme, tout en recherchant dans le dessin des formes la simplicité la plus élégante et la plus légère1. Si les résultats ne furent point encore à la hauteur d’une conception définitive qui pût répondre aux exigences à la fois locomobiles et artistiques, au
\. Parmi les projets adressés aux grands magasins du Louvre, ceux de MM. Pierre Selmersheim, Courtois et Lafore méritent principalement d’être nommés.
D’après la pointure de J. Pollard, gravée par Geo. Ilunt (Londres'
CYCLISME ET AUTOMOBILISME
moins témoignèrent-ils chez les exposants d’une vision plus large, d’une conception plus ingénieuse et mieux combinée avec les exigences techniques du mécanisme. Toutefois, et pour donner à la construction automobile une direction et un sens qui nous semble aussi fatal qu’attendu, citons ces paroles de M. Thiébault-Sisson, publiées dans le Temps, et qui nous semblent devoir assez bien augurer sur la solution de l’important problème dont nous traitons : « Pour chercher ce type nouveau de véhicule, écrit M. Thiébault-Sisson, on s’est donné bien du mal sans se douter que ce type nouveau existait, qu’il avait même été créé depuis des siècles. Voyez au grand Trianon, à Cluny, l’opulente série des carrosses où l’ancienne monarchie se prélassait, vous y trouverez, sous forme de traîneaux, une demi-douzaine au moins de modèles dont la forme s’adapterait à merveille à l’automobile, le principe de locomotion étant le même. Infiniment pratique dans le traîneau, le plan triangulaire ne le serait pas moins dans l’automobile. »
Ah ! certes, les modèles ne manquent pas parmi les avant-trains à cou de cygne et les types Berceau si gracieux !
Puissent les fabricants de cycles et d’automobiles s’en convaincre et rechercher là ces précieux conseils de construction que la plu part semblent ignorer; puisse aussi le siècle prochain nous réserver la joie de voir circuler dans les rues quelques-uns de ces traîneaux à la forme élégante et à la courbe légère et onduleuse !