‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 234 sur 247 · Deharme. Les Merveilles de la locomotion · texte numérisé non relu

Deharme. Les Merveilles de la locomotion

2. Darsigny (F.). Descarnado ou Paris à vol de diable. Delaunay, 1837.

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

citeur, le tilbury « conduit par une dame en robe du matin, coiffée d’un joli chapeau rose », les équipages de duellistes, de Chevet, d’un accoucheur et d’un usurier. A la suite de tant de voitures, Darsigriy nous montre, en outre, l’équipage à six chevaux du roi Louis- Philippe « qui va au-devant de l’attentat habituel ».

Si l’auteur de Desccirnado vivait encore aujourd’hui, nous pensons que sa description ne s’arrêterait pas là, et qu’il y ajouterait volontiers de nombreux véhicules inconnus à l’heureuse époque des Lions et des Dandies.

Car, depuis ce temps, locomotion régulière ou locomotion à côté, il nous semble que le nombre et le genre des voitures ont augmenté prodigieusement. Un Dictionnaire de la Locomotion contemporaine fournirait matière à de gros in-folio. Un carrossier ne saurait même récapituler les noms de tous les véhicules en usage en France à l’heure actuelle

CHARRETTE ET ATTELAGE D’UN CONVOI DANS LE CONESTOGA. (AMÉRIQUE DU NORD.)

• LA LOCOMOTION AU XXe SIÈCLE

LES PROGRÈS DE L’AUTOMOBILISME

u cours des précédents chapitres, nous ayons montré l’évolution lente mais constante suivie, au cours des siècles par la locomotion automobile. Nous avons parlé de l’idée première en germe dans l’antiquité grecque et romaine, puis des travaux de Roberti Valturi1, de Roger Bacon2, de Huyghens, de Denis Papin, enfin de Cugnot, de James Watt et de Marc Séguin. Toutefois nous nous sommes arrêtés aux éléments de la construction3, et nous n’avons pas décrit les derniers progrès de la locomotion sans chevaux. Il faut reconnaître que depuis quelque cinq ans celle-ci a acquis, en France surtout, des développe-

1. « Roberti Valturi, dans un ouvrage de 1472, mentionne une machine de guerre dénommée Musculus ou petite tortue, représentée d’après une estampe du xv° siècle, qui était employée plus de 200 ans avant Jésus-Christ. Dans le même ouvrage, Roberti Valturi parle en outre de tours de guerre mouvantes « mues par le vent », mais la description qu’il en donne et surtout l’emploi d’engrenages qu’il signale tout particulièrement, nous font croire que si ces engins ont jamais existé, leur établissement ne doit pas remonter à une date antérieure à Jésus-Christ, mais bien aux xivc et xv' siècles. ( Traité de la construction, de la conduite et de l’entre lien des voitures automobiles, par Cm. Milandre et R. P. Rouquet, 1898.)

2. Voir le traité de Roger Racon, De mirabile potestale artis et naturæ, où il est dit : « On fabriquera des voitures qui rouleront avec une vitesse inimaginable et sans aucun attelage. »

3. Voir Traité de la construction, - de la conduite et de l’entretien des voitures automobiles : 1" volume : Éléments de construction. — 2e volume : Voitures à vapeur. — 3° volume : Voilures à pétrole. E. Eernard et C*0, édit. 1898-99.

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

ments extraordinaires. Grâce à Cugnot, à Papin et à Séguin l’industrie française, ordinairement peu soucieuse de progrès, s’est, pour une fois, montrée digne de sa bonne renommée d’antan. Si Blinkinsop, par l’invention du rail à crémaillère, William et Édouard Chapman, enfin Georges Stevenson marquèrent la collaboration de l’étranger, par contre nos carrossiers nationaux activèrent le zèle des constructeurs et des mécaniciens, et en quelques années dotèrent notre pays de cette multitude de chars à vapeur et à pétrole dont toutes nos voies sont sillonnées. A la fin du second Empire les plus fougueux de nos cyclistes montaient encore les bicycles en bois de Michaux et, dit L. Baudry de Saunier1, les « chauffeurs », rares convaincus dont le public plaçait alors les ateliers à Charenton, hésitaient entre l’adoption de la vapeur, puissance fidèle qui, chaque jour, faisait ses preuves sur les voies ferrées, et l’adoption des moteurs à gaz, encore à leurs essais. Les explosants (partisans du moteur à gaz) et les vaporistes (partisans de la vapeur) commencèrent donc leurs travaux en même temps que leur querelle, un peu avant la guerre de 18702.

Ce fut vers 1872 qu’Amédée Bollée — dont le nom est attaché i rnpérissablemcn t à l’histoire de l’automobilisme, — produisit sa première voiture à vapeur avec avant-train à deux pivots. La facilité de direction dont Amédée Bollée sut doter son appareil et la souplesse mécanique qu’il sut imprimer à chacun de ses mouvements le firent baptiser l 'Obéissante3. Y! Obéissante fut présentée à l’Académie des Sciences. En 1878, Bollée produisit la Mancelle que l’on vit à l’Exposition universelle et dont la vitesse à l’heure, de 28 kilomètres en moyenne, atteignait 35 kilomètres en palier.

En 1879, les ateliers du Mans produisirent, outre un omnibus à vapeur de 40 places, une locomotive routière de 27 tonnes : la Marie- Anne, qui pouvait remorquer 150 tonnes en palier4.

1. Les Sports modernes, publication illustrée. Chez Jean Boussod, Manzi, Joyant et C'“. Texte de L. Baudry de Saunier, 1898-99.

2. Voir sur les Origines de l’Automobile : Du char antique à l’automobile. Les siècles de la locomotion et du transport par voie d'e terre, par F. Marcevaux. Paris, Firmin- Didot, 1898. — Histoire de la machine à vapeur, par R. II. Tiiurston. Paris, Germer Baillière, 1882. — La Nature, Revue des Sciences, publiée sous la direction de MM. G. Tissandier et H. de Parville. — Le Magasin Pittoresque (à partir de 1893), la Revue Encyclopédique, le Monde Moderne, la Lecture Illustrée, le Génie Civil, etc.

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