Racinet. Les Costumes historiques
L’ANTIQUITÉ
préparé à la guerre précède le char du monarque. Ramsès porte un casque orné de l’uræus et incrusté de métaux. Son char de pierre est porté par deux roues et ouvert par le fond. Aux côtés des timons, une grande gaine armoriée reçoit l’arc, les flèches, le fouet ou la cravache. On voit, par ce dernier détail, que les rois de la XIXe dynastie possédaient, quatorze siècles avant notre ère, les premières notions du mail-coach !
Généralement les chars de guerre des Pharaons étaient d’une grandeur suffisante pour recevoir deux guerriers. Un grand nombre de ces chars furent employés par Ramsès II sur les champs de bataille de Kadesch, et la quantité des chevaux qui y étaient attelés épouvanta si bien les Syriens du Nord, les Hittites, et les immondes Khétas, dits la Plaie de Scheto, que ceux-ci n’attendirent pas leur défaite définitive pour s’enfuir et éviter la mort1.
Ces chars égyptiens étaient d’une somptueuse richesse2. Les dessins qui en demeurent, sur les vestiges retrouvés à Médinet-Habou dans le palais de Ramsès IV, attestent la prodigalité des métaux, des pierreries et des étoffes fines. Tout un cérémonial accompagnait la promenade d’un Pharaon monté sur l’un de ces chars royaux. S’il était seul dirigeant l'attelage, les flabellifères l’escortaient, prêts à recevoir ses ordres et à tenir les rênes. S’il sortait entouré des dignitaires, le Pharaon abandonnait alors son char pour la naos. La naos était une sorte de litière ou de chaise portative admirablement décorée. Douze des principaux de la nation portaient cette chaise sur leurs épaules ; eux-mêmes étaient magnifiquement vêtus, et les grandes plumes d’autruche, qui se balançaient sur leurs têtes, les faisaient ressembler à d’immenses oiseaux aux crêtes géantes.
Nous trouvons, dans plusieurs passages de l’Ancien Testament, des indications précieuses sur la manière de conduire des Egyptiens. Dans le livre de Joseph, au passage de la mer Rouge, leurs divers genres de véhicules apparurent très visibles aux yeux des Israélites.
Vers ce temps-là l’usage de la riche locomotion de terre ne tarda pas à étendre sa somptuosité à la navigation. Quel poète n’a pas chanté la barque où Cléopâtre et Marc-Antoine s’enivrèrent d’amour, au bruit cadencé que les rames devaient faire dans les roseaux du Nil?
1. Voir Puisse d’àvesnes. Histoire de l’art égyptien d’après les monuments [1858). — Çhampollion-Figeac. L’Égypte ancienne dans l’univers pittoresque.
2. Voir les descriptions dans Textor et Ravisi. Études sur les chars de guerre égyptiens (Congrès provincial français des orientalistes). — Cailliaud (Fréd.). Recherches sur les arts et métiers, les usages de la vie civile et domestique des anciens peuples de l’Égypte (Paris, 1837).
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
Mais ne quittons point les chariots pour les trirèmes. El disons, sans avoir le loisir de séjourner en Égypte, que ce pays, dès le début hospitalier aux véhicules des agriculteurs et des rois, devint avec Ramsès le Grand singulièrement impraticable. Ce monarque, en effet, dit un maître historien1, sillonna toute l’Égypte de canaux nécessaires à l’irrigation des champs.