HIER ET AUJOURD’HUI
ous entrons, ici, dans le domaine de la fantaisie et du caprice. — Nous quittons les chevauchées guerrières et les récits de bataille pour aborder les contes des Mille et une Nuits et les relations des voyageurs. — Voici les beaux palanquins orientaux aux franges de pierreries et d’or; voici les gondoles qui glissent sur les rivières bleues, et aussi les chaises chamarrées où des princesses sommeillent; voici les traîneaux et les carrosses primitifs; en un mot tout le passé et toute la légende. Les peuples vont défiler devant nous, chacun avec son système propre de locomotion. Alors nous pourrons reconnaître quelle admirable symétrie, quelle harmonie ethnique merveilleuse guident la construction des divers transports. Ainsi que chaque peuple possède des monuments d’une architecture particulière, une langue d’une sonorité particulière, de même possède-t-il ses chars d’une structure et d’un caractère choisi.
Les moyens de locomotion dépendent de la faune et de la flore du pays. Ils se modèlent suivant la facilité des routes, à l’image des rivières, des plaines, des glaciers, des marais. Le patin et le traîneau seront employés dans les pays du Nord; les gondoles à Venise; les chameaux dans le désert; l’homme des marécages se servira des échasses pour franchir les terrains de fondrières où son maigre trou-
A TRAVERS L’UNIVERS
peau trouve à peine à brouter une pâture chétive. Il y a là une loi qui dérive naturellement de la distribution des races. L’industrie humaine a compris cette loi; elle s’y est conformée, et, de l’architecture physique de sa patrie, l’homme a déterminé l’architecture de sa maisoïi et de sa voiture. Cette architecture a subi la domination de l’époque et du lieu ; elle a reçu avec le temps une empreinte progressive de mécanisme, une perfection croissante de solidité et de confort. Nos automobiles et nos coupés modernes ont certes bien du charme; mais ce charme ne vaut-il pas surtout par la commodité et notre esprit s’en déclare- t-il entièrement satisfait? — Certes Cendrillon craindrait de lacérer ses fines pantoufles de vair aux durs marchepieds de nos attelages contemporains; et Cendrillon aurait raison! Cendrillon vivait du temps où il suffisait de frapper un coup de baguette sur une citrouille pour voir aussitôt apparaître un délicieux carrosse bigarré, conduit par un cocher superbe et mené par de splendides chevaux. Nos Cendrillons modernes savent bien que le temps des fées est évanoui et démodé, que les baguettes merveilleuses les plus efficaces sont aujourd’hui les billets de mille francs de leurs adorateurs dévoués. Mais qu’importe! les poètes sont encore les meilleurs postillons. Pour eux il existera toujours des palanquins et des chaises à porteurs, des carrosses dorés et des traîneaux d’ivoire. C’est avec eux, seigneur lecteur, que nous allons, frappant d’un coup de la baguette magique sur la citrouille de la fantaisie, retourner très longtemps et très loin en arrière.