SYRIE
Qui n’a pu admirer, dans les toiles de Fromentin et de Marilhat1, ces ardents paysages de Syrie où se profilent des caravanes luxueuses? Les routes orientales où Melchior, Gaspard et Balthazar passèrent, à l’origine du christianisme, n’ont point varié d’aspect, ni diminué de charme. Ce sont toujours les vastes voies sablonneuses où les pas des dromadaires disparaissent presque aussitôt que tracés, effacés par le souffle âpre du simoun. Bons dromadaires! d’une résignation si grande, d’une si parfaite sobriété, quelle place vous sera faite, au paradis de Mahomet, pour tant de services rendus? — Sans vous, l’homme ne pourrait s’aventurer seul dans le désert, sans vous personne encore n’aurait franchi les solitudes insoupçonnées du Sahara et du pays libyque! A ces vastes mers de sable et de houles calcaires, vous avez été les intrépides vaisseaux explorateurs. « Dans le désert, dit Maxime du Camp2, l’homme redevient promptement un animal féroce; le soin de son propre salut le préoccupe à ce point qu’il ne se retournerait seulement pas pour secourir son semblable en danger. » Le chameau, lui, au contraire, demeure aussi fidèle, aussi doux, aussi résigné: Pourvu qu’il ait sa poignée d’orge, de chardons ou de dattes, il voyagera facilement de seize à dix-huit heures par jour3, avec, sur son dos, un poids moyen de 400 kilogrammes! Qu’importe si le vent (le simoun , le kamsin ) a tari l’eau de l’oasis, la bonne bête sait qu’elle doit marcher, et elle marche.
Les dromadaires employés en Syrie pour la locomotion, sont issus de plusieurs races. H y a les dromadaires de Damas; les dromadaires du désert (venus du Ghor méridional); les vulgaires chameaux de charge (d’importation égyptienne). Ces derniers sont surtout d’un usage fréquent. Dans les villes du Nil, on les utilise à peu près dans tous les travaux. Les paysans leur font traîner la charrue, porter les fardeaux, tourner les roues hydrauliques. Les autres sont mieux considérés. On les emploie dans les caravanes à l’usage des voyageurs. Ce sont ceux que l’on voit, dans les tableaux, agenouillés timidement aux portes des villes orientales. Des esclaves leur sellent le palanquin solidement sur le dos, et, dans ce
1. Montures et animaux de transport, d’après les dessins de Marilhat tirés du Voyage en Orient de de Labohde.