Deharme. Les Merveilles de la locomotion
A TRAVERS L’UNIVERS
palanquin aux riches franges et aux lourdes tentures, prennent place les belles favorites; quelquefois le palanquin est plus modeste et il ne s’agit que de pèlerins qui se rendent à la Ville Sainte.
Les marchands de dromadaires portent le nom de gellàbys; à diverses époques de l’année on les voit arriver au Caire, à Alger et à Tunis, suivis de nombreuses têtes de ce bétail d’élite.
Les meilleurs conducteurs de chameaux sont encore les Touaregs. Montés sur ces sortes de citadelles vivantes, ils parcourent les espaces avec une vitesse vertigineuse et se placent hors de l’atteinte de ceux qui chassent. Il y a les Touaregs blancs et les Touaregs noirs. Ces deux races habiles à la locomotion rapide des sables donnent à leur cavalier le nom de Targui. Le Targui ordinaire est, généralement, enveloppé de trois blouses flottantes dont le lebni, celle de dessus, se trouve être d’un bleu foncé presque noir. Le Touareg brun, baptisé de l’appellation de Poutre, nom qui lui a été donné par les Arabes, porte à peu près le même costume. L’un et l’autre se servent, pour monter, de la méharas, sorte de selle ronde, revêtue de peau rouge, quelquefois d’une richesse très grande de travail. Le Targui passe, dans la narine du dromadaire méhari , une sorte de lanière qui lui sert de guide.
Ainsi est sa monture.
Mais, en Syrie, comme en Turquie, comme en Egypte, d’ailleurs, le dromadaire employé aux travaux de la campagne et des voyages, le cède, dans les cités, aux ânes et aux mulets. Ces sortes d’animaux sont très fréquents dans les villes et les ports levantins. Là aussi sont fréquents les cornacs et les selliers de toute espèce. Les selles arabes et berbères sont, paraît-il, très semblables à celles des. Turcs. Elles sont douces et commodes; l’étrier est tenu court, la semelle est lai’ge et le pied peut facilement y reposer.
Le cheval est l’ami, le compagnon familier de l’Arabe. Celui-ci l’a toujours tenu en affection. 11 n’est point d’Arabe qui ne soit avec son coursier, comme il serait avec son frère. A eux deux, ils bravent facilement les périls les plus graves et les plus dangereux; à eux deux, la vie est douce, elle est légère, elle est rapide aussi.
Nombre de voyageurs savent que les chevaux de l’Arabie sont considérés, par leurs maîtres, comme des créatures nobles et belles. Beaucoup ont rapporté que ces peuples se transmettaient précieusement, sur des feuilles de parchemin, la généalogie de ces compagnons fidèles. Cela n’est-il pas touchant et simple, d’une beauté et d’une religion sublime?
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
Les Égyptiens, eux aussi, ont ce culte du cheval. Comme au temps des Pharaons, ils l’entourent, ainsi que le bœuf, l’âne, le mulet, d’une sorte de vénération profonde. Au Caire, les chevaux et les ânes sont entretenus coquettement. On les recouvre de belles étoffes, on les orne de joyaux, on leur passe les oreilles au henné, on les oint de fards comme les courtisanes1...