CARROSSE DE VOYAGE, COUVERT. — XVIH SIÈCLE
grappes figurant des fruits de palmier pour lesquels on avait employé les diamants les plus beaux de Golconde.
Maffei ajoute : « Lorsque le roi est en grand cortège, il a, à sa suite, de cinq à six mille hommes, avec des éléphants et des palanquins, une musique militaire. Il est précédé de deux poètes chantant ses louanges. »
Mais ce sont là des moyens de locomotion à l’usage des rajahs riches.
Les autres moyens de transport nationaux, quoique d’un luxe peu commun, ne sont pas à comparer avec ces trônes.
Les femmes de l’Inde, ainsi que les favorites des harems où le tapis magique nous a déjà menés, ne sortent publiquement que complètement voilées. Leur mode favori de transport porte le nom de dôli ou de hackernj. Il consiste dans une petite voiture traînée par des bœufs et recouverte d’un vaste voile blanc. Des bohis ou porteurs accompagnent à pied la dame dans ses visites. Ces hommes, pour
la plupart mulâtres ou métis, sont choisis parmi ceux d’une grande vigueur. Leurs principales qualités doivent être l’agilité et l’adresse. Leur réputation est grande et de bon aloi. Les bohis jouissent de la considération publique. Depuis longtemps, ils se sont organisés entre eux et forment une corporation analogue à celle des cochers. Bien qu’ils appartiennent à la caste des souriras (artisans), on les assimile à celle des vaysias (commerçants) *. C’est dire dans quelle estime on les tient!
Quand de nombreux porteurs sont ensemble, on dit que cela forme un jeu de bohis. Ce jeu de bohis est placé sous les ordres d’un chef ou porteur principal qui a pouvoir sur les autres.
Dans l’Inde, il arrive souvent qu’on déploie aux cérémonies publiques ou privées le luxe le plus grand et les plus somptueux cortèges de dignitaires et de prêtres. Une noce ordinaire, dure, dans ce pays, paraît-il, quelquefois jusqu’à trente jours entiers. Et, pendant trente jours, amis, parents, alliés, au doux cahot des palanquins, suivent le jeune couple dans toutes ses réjouissances.
Le palanquin employé pour les cérémonies de mariage est le chaupal. C'est une lilière somptueuse du type le plus riche et le plus ancien. Des fleurs sculptées et de grandes lanternes en décorent l’extérieur joliment.
Le jalledar1 2, lui, est le palanquin des rajahs et des seigneurs princiers. Il est réservé aux usages de cour; il n’y a que les souverains qui puissent s’en servir, car il nécessite l’emploi d’un nombreux personnel et d’une suite riche et luxueuse. Quand un monarque se déplace en jâlledar, un corps de trompettes, de crotales, de tambours et de hautbois le précède. Des bayadères, alentour, dansent des danses lascives ; tout un peuple se presse, en poussant des acclamations et en jouant des instruments sonores3.
Le même véhicule a également l’honneur des bûchers.
A la mort d’un rajah de condition, celui-ci est placé sur le jâlledar, décoré magnifiquement de gerbes et de tentures. Les mains et la face du cadavre sont peintes. Des huiles odoriférantes sont versées; des parfums brûlent et les grandes flammes, en s’étirant comme des langues de fauves, montent, de feu et d’or, et transforment en un brasier ardent le beau char de triomphe où dort le cavalier.