‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 80 sur 247 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

Puisque nous sommes en Angleterre, et que, sans nous arrêter à la France féodale, nous devons rejoindre le pays des Niebelungen, quel mode de locomotion ultra-hâtive nous servira mieux que le charmant carrosse de la mignonne reine Mab? — Celui de Cendrillon n’oserait nous accompagner au delà du Rhin. Quant au tapis magique du vieux mage musulman, du diable s’il serait capable de nous mener proprement au pays de Wotan et de ITrminsul!

Donc la mignonne reine Mab nous a conduits en Germanie.

Disons tout de suite que son léger carrosse n’a rien de commun avec les attelages allemands des anciens siècles.

Ceux-ci sont lourds, massifs, sans confort et sans grâce. Il semblerait qu’ils aient été taillés dans la charpente de ceux que le roi des Huns y abandonna, lors de la grande invasion des Barbares d’Asie.

.Sosomène 1 rapporte que dès la seconde moitié du ivc siècle, Athanaric ordonnait de mener dans une voiture l’image du dieu des Goths devant les habitations de tous ceux suspectés d’appartenir au christianisme. Le mot de âpg,à{/.a?;a dont se sert Sosomène dans cette occasion, dit Ramée, indique une voiture couverte et rappelle le vehiculum veste contectum, char couvert d’un voile, dont parle déjà Tacite dans scs récits 2. Nous verrons, dans le chapitre suivant, que la plupart des modes de transport de l’Europe, à cette époque arriérée, se rapprochaient, par la grossièreté et par la lourdeur, de ces chariots barbares. Le fameux char de gala, le Karrâsche, encore en honneur au xve siècle, est d’une structure à peu près semblable, quoiqu’un peu plus décorative.

L’empereur Charles IV ne pouvant, à cause de ses infirmités, monter à cheval, le roi Charles V dut lui envoyer, lors de son voyage en France, un de ses chars richement orné. Ce char, disent les historiens, était attelé de quatre belles mules blanches et de deux coursiers « avec une des plus élégantes et des plus riches litières de la reine3 ».

Ces précautions, si honorables de la part du roi de France, sont peu en faveur de la locomotion allemande du moyen âge. Si l’empereur Charles IV avait eu, en effet, à sa disposition, dans son propre

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