Grégoire de Tours. Histoire
3. Vingt jours de route et généalogie historique de la famille des~ coches, messageries, diligences, voitures publiques, malles-poste, etc., avec des notes par M. Narratius Viator.
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
palais en palais, de métairie en métairie. Les Rois Fainéants abusèrent étonnamment de ce genre si commode de locomotion. C 'étaient des princes tranquilles et toujours somnolents qui « en un chastel ou en manoir demeuroient toute l’année, jusqu’aux kalendes de mai. Lors issaient hors un char pour saluer le peuple, et pour être salué de lui ; dons et présents recevaient et aussi en rendaient, puis retournaient à l’ostel et étaient ainsi jusqu’aux autres kalendes de mai1. » Ces sybarites mérovingiens sont restés populaires. Boileau, plus tard, leur consacra, dans le Lutrin deux de ses meilleurs vers :
Quatre bœufs attelés, d’un pas tranquille et lent,
Promenaient dans Paris le monarque indolent.
Ces pesants attelages, par une sorte d’ironie de la décadence, portaient encore le nom pompeux de carpentum. Du moins est-ce de ce titre que les historiens baptisent le char grossier dans lequel le roi franc Chilpéric Ier se promenait dans les campagnes de ses domaines 2.
A côté des voitures gallo-romaines démodées et vieillies, subsistaient les voitures des postes impériales. Comme au temps des Césars, ces services postaux avaient continué à appartenir aux souverains.
En 716 3, Chilpéric II ordonna de remettre, chaque année, « par évection » aux envoyés du monastère de Corbie, dix chevaux pris aux « mansions », aux lieux d’étapes, ou requis chez des particuliers; dix paires blancs et vingt de seconde qualité, un muid de vin, dix livres de lard, vingt livres de viande, douze livres de fromage, vingt livres de pois, un chevreau, deux poulets, dix œufs, deux livres d'huile et une livre de garum, probablement pour l’anchois, une once de poivre, deux onces de cumin, du sel, du vinaigre, des légumes et du bois en quantité suffisante... douze charrettes qu’ils trouveront aux endroits accoutumés pour transporter les provisions du monastère. C’est là, comme vous le voyez, une sorte de dîme assez forte, de redevance onéreuse. Ainsi en sera-t-il à travers toute cette partie du moyen âge barbare. Grégoire de Tours4 rapporte