‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 90 sur 247 · LA LOCOMOTION SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES · texte numérisé non relu

LA LOCOMOTION SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES

Lorsque Clovis eut manifesté l’intention d’épouser Clotilde, les députés lui amenèrent celle-ci dans une basterne1. Plus tard, quand la reine Denteric, d’abord maîtresse, puis femme de Théodebert, premier roi de Metz (vie siècle), craignait que ce prince n’en vînt à lui préférer une fille extrêmement belle qu’elle avait eue d’un premier lit, la fit mettre dans une basterne à laquelle on attacha de jeunes bœufs indomptés qui la traînèrent dans la Meuse où elle se noya2. Ces récits indiquent que l’usage des véhicules romains dura longtemps encore sous le règne des nouveaux maîtres. C’est encore à l’aide d’un de ces chars « ancien modèle » que Dagobert se rendait à Saint-Denis et dans les villes de son royaume. Qui ne se souvient de cette histoire où il est dit que Dagobert se disposait à monter sur son char, quand il aperçut un de ces poètes, assez vulgaires dans ce temps de latin et d’église, et dont le talent principal consistait à improviser des vers sur-le-champ. Le monarque promit au rimeur de lui faire don des bœufs et de la voiture, si, avant qu’il y fût monté, il avait peint en vers l’action qu’il lui voyait faire. Le poète aussitôt de dire :

Ascenclat Dagobert, veniat bos unus et alter,

c’est-à-dire « que Dagobert monte et que les deux bœufs me viennent ». Le roi, vaincu e.t charmé, tint parole et donna les bœufs3. L’équipage dont Dagobert se plut à combler si généreusement le poète servit longtemps à ses successeurs pour se rendre de

1. « Venientes cum cèleritate Franci, Chlotechildem a Gundebaldo acceptam levantes in basternam, cum multis thesauris ad Chlodovicum dirigunt. » Frédégaire (chap. 18.)

Page 1