Lépreux
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
Quoi qu’il en soit, la richesse de ce genre d’appendice ne fit que s’accroître et se perfectionner. Toute la coquetterie des cavaliers se porta à soigner le choix des éperons \ La forme varia avec les époques. A partir du xme siècle jusqu’à la fin du xvie on vit successivement les éperons en rosette , les éperons en étoiles, les éperons à molette tournante. La façon en fut toujours riche en ciselures et en niellé; les tiges très longues s'allongèrent davantage encore quand il s’agit de traverser l’enveloppe de fer et de cuir dont on se plut à habiller les chevaux. Ainsi étaient les éperons de Godefroy de Bouillon et tout le monde se souvient que, parmi les 4 000 paires d’éperons d’or que les Flamands recueillirent sur le champ de bataille de Courtray, bon nombre offraient un luxe incomparable de décoration.
Suivant les époques et les mœurs du pays, les chevaliers firent subir à leurs montures diverses mutilations. C’est ainsi que les chevaux des cavaliers français se trouvèrent privés de crinières et d’oreilles; ceux des cavaliers allemands de la crinière et de la queue1 2.
Les chevaux étaient cuirassés. Cette cuirasse des chevaux portait le nom de harnachement; les lames de fer et de cuir souvent employées s’appelaient bardes; les autres pièces chanfrein, nasal, flançois, etc. Mais, où le luxe surtout domina, ce fut dans le travail des selles. Elles furent primitivement hautes et profondes, construites de façon à emboîter solidement les reins et les cuisses, à l’aide de grands étriers3, servant d’appui aux pieds. Elles furent successivement peintes et dorées, agrémentées de passementeries et de pompons les plus riches. Au retour des croisades, nombre de chevaliers avaient en guise de selles de ces merveilleuses œuvres
1. Du temps de Louis le Débonnaire, on disait spouro qui est devenu sporen en allemand, sperone en italien, spur en anglais, éperon en français.
2. Ces mutilations se trouvaient justifiées, selon Carrion Nisas, par la disposition de l’armure et l’embarras du harnachement.