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Racinet. Les Costumes historiques

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

animaux à tuer et surtout du sanglier, l’une des « cinq bestes noires ».

Si le chasseur, au contraire, poursuivait le gibier au vol, certaines modifications s’introduisaient dans son costume : Yesclavine remplaçait le peliçon, et les gants de chasse, à poignets découpés, paraient les mains du porteur de faucon.

Dès le xne siècle, tout l’habillage de la selle est de cuir jaune et le fjaez (harnais) de la mule, rouge et rose, décoré de houppes de soie.

Au xme, le harnais, lui, subit des modifications : la bâte du devant de la selle est supprimée; on ne conserve qu’une cuiller très fermée ce qui force le cavalier à se tenir sur ses reins ; la selle se trouve retenue par la sangle et la courroie de poitrail; les étriers sont circulaires et attachés dans le plan des étrivières; les mors sont à branches.

Avec la chevalerie, ces costumes et ces armements se font plus compliqués encore. Il fallut pouvoir adapter les rudes emmanchures de fer et les jointures difficiles des casques, de façon presque hermétique, mais qui pût laisser libre le mouvement des membres et qui dût ne pas gêner l’équitation.

La chevalerie, dit M. le marquis de Yarenne 1 , — dont les exercices étaient l’image de la guerre, — fit de l’équitation un art nouveau, qui fut toujours inséparable de l’éducation de la noblesse, et chevalier ne tarda pas à devenir synonyme d’homme de bonne naissance. Nulle part nous ne trouverons aussi bien détaillés les exercices demandés au jeune gentilhomme de bonne naissance que dans Le livre des faits du bon chevalier Messire Jean le Mainfre, dit Boucicaut, maréchal de France, publié vers le xve siècle. « Il s’essayait, dit le maréchal, à saillir (sauter) sur un coursier tout armé : item, saillait sans mettre le pied à l’étrier sur un coursier armé de toutes pièces; item, à un grand homme monté sur un grand cheval, saillait de terre à chevauchon (califourchon), sur ses épaules, en prenant ledit homme par la manche aune main sans autre avantage (aide); item, en mettant une main sur l’arçon de la selle 'd’un grand coursier et l’autre auprès les oreilles; le prenait par les crins et saillait de l’autre part (côté) du coursier, etc. »

Le Loyal Serviteur rapporte ailleurs comment Bayard, âgé seulement de 17 ans et encore page du duc de Savoie, sut, dans la plaine d’Arnay près de Lyon, charmer le roi Charles VIII en caracolant devant lui, sur son « roussin ».

1. Voir Paul Lacroix (Bibliophile Jacob). Les Arts au moyen âge.

DU MOYEN AGE A LA RENAISSANCE

« Roussin » était le nom donné au cheval des pages.

Brunetto Latini nous apprend en effet1, dans son encyclopédie, « qu’il y a chevaux de plusieurs manières; les uns sont destriers (ou grands chevaux) pour le combat2 ; les autres, pour chevaucher à l’aide de son corps , sont palefrois qui s’appelaient aussi amblans ou haquenées ; les autres sont « roussins » (ou courtauts) pour somme3 porter... Les juments et les bâtiers 4, réservés à la culture. Ces derniers, conservés aux paysans et interdits aux chevaliers. Faire monter chevalier sur jument était comme la privation des éperons. Nul qui aimât son honneur n’eût touché ce chevalier déshonoré, non plus qu’un fol tondu 5... »

Les éperons du chevalier étaient d’or comme ceux de l’écuyer étaient d’argent.

Il fallait, pour que l’écuyer reçût les éperons d’or, qu’il commît quelque action d’éclat. Toute cérémonie d’investiture commençait par le don des éperons. Fût-on roi ou prince, c’était un honneur que d’être appelé à nouer les éperons aux talons de l’écuyer que sa bonne fortune portait à ce rang élevé. La dégradation, par contre, amenait la perte ou le changement des éperons. Il n’était pas rare que, pour une infraction légère, on obligeât le chevalier à reprendre les éperons d’argent et à redevenir écuyer.

Lorsqu’il s’agissait de plus haute « forfaicture », un bourreau ou un cuisinier coupait les courroies des beaux éperons, ou mieux les tranchait avec une hache sur un fumier. En ce cas c’était la dégradation la plus ignominieuse. Les éperons non seulement étaient marque de noblesse et de bravoure, mais ils étaient aussi un témoignage d’indépendance; on était obligé, avant de se présenter devant un suzerain pour lui rendre hommage, de laisser cet ornement qui eût pu le choquer dans sa prépondérance et de venir s’agenouiller devant lui dépourvu du signe distinctif des chevaliers.

Il advint que cette mode des riches éperons employés par les nobles et les guerriers tenta aussi le haut clergé et que les évêques et les prélats ne tardèrent pas d’en chausser « pour monter à mule » . Il y eut même des édits qui interdirent aux prêtres l’usage de ces ornements chevaleresques.

1. Brunetto Latini. Le Trésor cle toutes choses, xiu' siècle.

2. D’où l’expression, dit le bibliophile Jacob, « monter sur ses grands chevaux ».

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