HÉLICE AÉRIENNE OPÉRANT SUR L'EAU
l'aile est menée. L'hélice, de cette manière, s'ajuste d'ellemême, extrait une très-grande proportion de puissance propulsive avec très-peu de force, et avec un glissage d'une faiblesse surprenante.
On obtient un résultat semblable si Ton place bout à bout deux plaques, finement graduées et en forme d'angle, en gutta percha ou en acier, et si on les applique à l'eau (verticalement ou horizontalement peu importe) avec un léger mouvement en forme de 8, analogue à celui accompli parla queue du poisson, du marsouin ou de la baleine. Si Ton dirige en avant le bord épais des lames, et en arrière le bord mince, on produira un pouvoir propulseur d'une extraordinaire efficacité. Cette forme de propulseur est également efficace dans Tair.
Des recherches et des expériences détaillées dans ce volume, on conclura évidemment qu'une remarquable analogie existe entre la marche, la natation et le vol. Il paraîtra de plus que les mouvements de la queue du poisson, de Taile de l'insecte, de la chauve-souris et de l'oiseau peuvent être facilement imités et reproduits. Ces
faits doivent inspirer de la confiance aux pionniers de la navigation aérienne. La terre et Teau ont déjà été subjugués avec succès. Les royaumes de Tair seuls n'ont pas été conquis. Ils sont cependant si vastes et si importants comme grands chemins des peuples, que la science et la civilisation demandent également leur occupation. L'histoire de la progression artificielle porte à croire que les champs élhérés seront un jour traversés par une machine imaginée par le génie humain et construite par l'habileté humaine. Pour construire avec succès une machine volante, il n'est pas nécessaire de reproduire l'aile réticulée de l'insecte, l'aile soyeuse de la chauve-souris, ou l'aile compliquée et hautement différentiée de l'oiseau où l'on peut dire que chaque plume a une fonction particulière, et il n'est pas non plus nécessaire de reproduire la complication de cette machine qui meut l'aile de la chauvesouris, de l'oiseau et de l'insecte : tout ce qu'il faut, c'est distinguer les propriétés, la forme, l'étendue et le mode d'application des diverses surfaces volantes, — tâche qui a été essayée, quoique imparfaitement exécutée, dans les pages précédentes. Quand Vivian et Trevithick ont imaginé la locomotive, et Symington et Bell le bateau à vapeur, ils n'ont pas cherché à reproduire un quadrupède ou un poisson; ils ont simplement visé à produire un mouvement adapté à la terre et à l'eau, d'accord avec les lois naturelles et en présence de modèles vivants. Leur succès peut se mesurer par l'inextricable labyrinthe de chemins de fer qui s'étendent d'un bouta l'autre du monde civihsé ; et par les marines dont les vaisseaux vont, sans frémir, naviguer sur les mers les plus orageuses par les temps les plus incléments. L'aéronaute a une tâche sem-
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blable mais plus difficile à accomplir. En essayant de faire une machine volante, il n'essaie pas une chose nécessairement impossible. Les essaims sans nombre des créatures volantes lui attestent qu'une telle entreprise est possible, et la nature lui fournit des modèles et des matériaux. Si Ton ne pouvait atteindre le vol artificiel, les insectes, les chauves -souris et les oiseaux présenteraient les seuls exemples d'animaux dont on ne peut reproduire les mouvements. L'histoire, l'analogie , l'observation et Texpérience , s'opposent toutes à cette manière de voir. Le succès de la locomotion et du bateau à vapeur est un gage du succès de la machine volante. Si les difficultés à surmonter dans cette construction sont nombreuses , le triomphe et la récompense en seront proportionnés. Il est impossible de surestimer le bénéfice que produirait à l'humanité une telle création. Des nombreux problèmes mécaniques posés aujourd'hui au monde, il n'en est peutêtre pas de plus grand que celui de la navigation aérienne. Il ne faut pas regarder les échecs passés comme les précurseurs de défaites futures, car ce n'est que dans ces quelques dernières années que le sujet du vol artificiel a été repris avec un esprit véritablement scientifique. Dans une période relativement courte, on a réuni une masse énorme de précieuses données. Comme des sociétés pour l'avancement de l'Aéronautique se sont étabhes en Angleterre, en Amérique, en France et dans d'autres pays, on a des raisons de croire que notre connaissance de ce département le plus difficile de la science ira s'accroissant jusqu'à ce que le problème compliqué soit résolu. Si ce jour doit jamais venir, ce n'est pas trop d'affirmer qu'il inaugurera une nouvelle ère dans l'histoire de l'huma-
nité ; et que si grandes qu'aient été jusqu'ici les destinées de notre race, elles seront complètement mises dans l'ombre par la grandeur et la magnificence des événements & venir.