‹ La locomotion chez les animauxChapitre 33 sur 130 · NATATION DE L'OURS MARIN · texte numérisé non relu

NATATION DE L'OURS MARIN

son des pieds palmés. Par celte torsion et cette détorsion, les bords étroits et les portions plus larges des palmes s'appliquent alternativement à l'eau. La rotation et l'inclinaison des extrémités antérieures et postérieures, et l'ouverture et la fermeture des mains et des pieds pour le balancement et la natation du phoque, forment une série de mouvements strictement progressifs et très-gracieux. Ils sont cependant accomplis si rapidement et se fondent si rapidement l'un dans l'autre qu'ils rendent leur analyse excessivement difficile.

Chez l'Ours marin {Otaria jubata) les extrémités antérieures acquièrent une taille et une puissance suffisantes pour permettre à l'animal d'avancer avec leur aide seule; les pieds et les parties inférieures du corps se mouvant seulement assez pour maintenir, corriger et changer le

parcours suivi (fîg. 37). Les extrémités antérieures sont aplaties et ressemblent grandement k des ailes, particulièrement à celles du grand et du petit pingouin qui sont ru-

i06 PROGRESSION SUR L'EAU ET DANS L*EAU

dimentaîres. Ainsi elles ont une marge antérieure épaisse et comparativement raide. Elles ont une structure en forme de vis ; et quand elles s'élèvent ou s'abaissent dans l'eau, elles se tordent et se détordent, à la façon d'une vis, précisément comme le font les ailes ou les queues des poissons, de la baleine, du dugong et du lamantin.

Cette remarquable créature que j'ai observée à plusieurs reprises au jardin zoologique ^ à Londres, semble voler dans l'eau, les jointures universelles qui attachent les bras aux épaules lui permettant par leur torsion et leur rotation partielle de présenter la paume ou le plat de la main à l'eau pendant un instant, le bord ou partie étroite, pendant l'autre. Dans la natation les marges antérieures ou épaisses des pattes palmées se dirigent vers le baSy et l'on doit faire des remarques semblables sur les extrémités antérieures du morse, du grand pingouin et de la tortue 2.

Les pieds palmés avancent alternativement, et la torsion, le mouvement hélicoïdal qu'ils exécutent et que j'ai soigneusement noté en plusieurs occasions, a une grande ressemblance avec les mouvements observés dans les nageoires pectorales des poissons. On peut remarquer que la torsion ou mouvement spiral des extrémités anté-

^ Les occasions extraordinaires présentées par cette admirable collection m'ont permis de déterminer avec une grande exactitude les mouvements des ailes et des pieds des oiseaux dans l'eau et hors de l'eau. J'ai aussi étudié dans les circonstances les plus favorableà, les mouvements de la loutre, de l'ours marin, du phoque, du morse, du mar.^ouin , de la tortue, du* triton, du crocodile, du lépidosiren, du protée, de l'axoloti et des diverses classes de poissons.

' C'est le contraire de ce qui a lieu pendant le vol, les marges épaisses antérieures étant invariablement dirigées vers le haut.

rieures est calculée pour utiliser Teau le plus possible, l'opération graduelle mais rapide de Thélice permettant à l'animal de tenir ferme l'eau et de se dégager avec une étonnante facilité et avec la moindre dépense de puissance. En fait, le mouvement insinuant de la vis est le seul qui puisse s'appliquer avec succès à l'élément liquide; et il me semble que cette remarque est même encore plus vraie pour l'air. Elle s'applique aussi dans certaines limites, comme on l'a expliqué, au sol. L'Otaria ou Ours marin nage, ou plutôt vole, sous l'eau avec une adresse remarquable et en apparence avec égale facilité en haut, en bas, horizontalement, par ses efforts musculaires seuls, observation qui peut être également faite sur un grand nombre de poissons chez lesquels la vessie natatoire est entièrement absente < . Comparez aux figures 83, 34, 35 et 36, p. 101, 102 et 103.

Le Morse, dont j'ai eu l'occasion d'examiner fréquemment un spécimen vivant, est proche parent du phoque et de Tours marin, mais diffère de tous les deux par sa manière de nager. La natation de ce rare et singulièrement intéressant animal est, comme j'ai eu beaucoup de peine à m'en assurer, effectuée par un mouvement mixte, les parties antérieures et postérieures y participent à peu près à un égal degré. Les extrémités antérieures des pieds palmés du morse ressemblent morphologiquement à celles du phoque mais physiologiquement à celles de l'ours de mer; les e](trémités postérieures possèdent plusieurs des particularités des pieds de derrière de l'ours marin, mais développent les mouvements particu-

* La vessie natatoire manque chez les dermoptères, les plagiostomes, et les pleuronectides. — Owen, op. cit., p. 2^«

liers à ceux du phoque. En d'autres termes les extrémités antérieures ou pieds palmés du morse se meuvent alternativement et réciproquement comme chez Tours marin ; tandis que les extrémités postérieures frappent latéralement par un mouvement curviligne de torsion, précisément comme chez le phoque. Le morse peut donc^ en ce qui concerne la physiologie de ses extrémités, être trèsjustement regardé comme occupant une position intermédiaire entre les Phoques, d'une part, les ours ou lions marins de l'autre.

Natation de Vhomme. — La natation de l'homme est artificielle de sa nature et par conséquent ne rentre pas, strictement parlant, dans le cadre de cet ouvrage. J'en parle principalement en vue de montrer qu'elle ressemble dans ses traits généraux à la natation des animaux.

Le corps humain est plus léger que Teau, fait d'une importance pratique considérable, comme montrant que chacun possède en lui-même ce qui l'empêchera de se noyer, s'il respire naturellement et s'abstient de lutter.

La catastrophe de la noyade doit être ordinairement rapportée à une agitation nerveuse, et aux efforts spasmodiques et mal dirigés des extrémités. Tous les nageurs ont un vivant souvenir de la grande difficulté qu'ils ont éprouvée à se tenir sur l'eau, quand ils se sont pour la première fois livrés aux exercices et aux amusements aquatiques. Ils se rappellent spécialement les coups courts, vigoureux, désordonnés, mal dirigés et par conséquent inutiles qui, au lieu de leur faire raser la surface, les conduisaient fatalement au fonds. Imprimés d'une manière aussi indélébile dans son souvenir, sont encore

ses vains efîorts pour respirer, aspirer, souffler, et l'eau avalée par mégarde au lieu d'air.

Pour bien nager, l'opérateur doit être parfaitement calme. Il doit de plus savoir comment appliquer ses extrémités à l'eau en vue d'avancer. Gomme on Ta déjà dit, le corps flottera si on l'abandonne à lui-même; on peut cependant accroître grandement le soutien qu'il reçoit en le projetant le long de la surface de l'eau. On peut, comme tous les nageurs le savent, prouver ceci par expérience. C'est le même principe qui empêche de plonger une pierre mince plate projetée avec force contre la surface de l'eau. On obtient un résultat précisément semblable si Ton se place le corps incliné dans un fort courant en se tenant par les mains à une pierre ou une branche. Dans ce cas le corps s'élève à la surface par l'action de l'eau courante, et reste lui-même sans mouvement. La quantité d'eau qui dans ces circonstances heurte contre le corps dans un temps donné est beaucoup plus grande que si le corps était simplement immergé dans Teau tranquille. Pour augmenter la surface de soutien, le milieu supportant ou le corps supporté doivent se mouvoir. Le corps est supporté dans Teau à très -peu près comme un cerf- volant est supporté dans l'air. Dans les deux cas, le corps et le cerf-volant reçoivent le choc de l'air suivant un petit angle dirigé vers le haut. Quand les extrémités sont mises en mouvement dans une direction horizontale ou légèrement descendante, elles poussent immédiatement et soutiennent le corps. Quand cependant elles agissent dans une direction ascendante, comme dans le plongement, elles submergent le corps. Gela montre que les mouvements de la natation peuvent, suivant leur direc-

tion, augmenter ou diminuer la faculté de surnager. Les surfaces natatoires permettent au phoque, à Fours marin, à la loutre, à rornithorhynque, à l'oiseau, etc., de disparaître sous la surface de l'eau et d'y revenir. On peut faire de semblables remarques sur la baleine, le dugong, le lamantin et le poisson.

Pour savoir nager, l'homme doit l'apprendre. Il doit subir un apprentissage plus ou moins long de cette nouvelle forme de locomotion, et acquérir un nouvel ordre de mouvements. Il en est autrement de la majorité des animaux. Presque tous les quadrupèdes peuvent nager dès la première fois qu'ils sont immergés^ comme on peut facilement s'en assurer en jetant dans l'eau un chat ou un chien nouveau-né. On peut en dire autant d'un grand nombre d'oiseaux. On peut s'en rendre compte par ce fait que les quadrupèdes et les oiseaux sont à volume égal plus légers que l'eau, mais plus spécialement parce que les mouvements faits par leurs extrémités en marchant et en courant sont précisément ceux requis pour la natation. Tels qu'ils sont, ils n'ont rien à apprendre. Ils flottent naturellement, et s'ils remuent tant soit peu leurs jambes, ce qu'ils font naturellement, ils nagent nécessairement. Il en est autrement de l'homme. Les mouvements qu'il fait en marchant et en courant ne sont pas ceux qu'il fait en nageant ; et aucune des positions qu'il prend pendant la natation ne le caractérise sur la terre. Sa position verticale ne convient pas à l'eau, et en conséquence il doit l'abandonner et en prendre une horizontale ; il lui faut, en effet, se jeter à plat sur la mer, soit sur un côté, soit sur la face dorsale ou ventrale. Celte position l'assimile au quadrupède, à l'oiseau, au poisson

et à tout ce qui nage, le tronc de tous les animaux nageurs prenant une position inclinée. Quand il s'est placé horizontalement, le nageur peut avancer dans la direction qui lui plaît. Ses extrémités sont tout à fait libres et n'ont qu'à se mouvoir dans une direction définie pour produire des résultats définis. Le corps peut être poussé par les deux bras ou les deux jambes, ou par la jambe et le bras droit ou par la jambe et le bras gauche, ou par le bras droit et la jambe gauche, ou par le bras gauche et la jambe droite. On avance le plus vite en employant les deux bras et les deux jambes. Un adroit nageur peut faire ce qa*il veut dans l'eau. Ainsi, il peut se jeter sur le dos et étendre ses bras obliquement au-dessus de sa tête jusqu'à ce qu'ils soient dans le même plan que le corps, et peut flotter sans aucun effort; ou gardant cette position croiser ses bras sur la poitrine, et fléchissant et étendant ses extrémités inférieures se pousser avec facilité et considérable vitesse ; ou gardant ses jambes étendues et sans mouvement, il peut s'avancer en tenant ses bras collés au corps, et faisant agir ses mains comme de petites rames de manière à faire dans l'eau des boucles en forme de 8. Ce mouvement ressemble beaucoup à celui que font les ailes natatoires du pingouin. Il est plus efficace quand les mains sont tournées légèrement vers le haut et donnent un coup plus ou moins fort en arrière chaque fois qu'elles reviennent. La progression est d'abord lente, mais elle devient ensuite très-rapide, la rapidité croissant avec la quantité de mouvement préalablement acquise. Le nageur outre les méthodes précédentes peut se jeter sur la face et, en fléchissant ou étendant alternativement ses bras et ses jambes, peut flotter et se pousser pendant longtemps

avec parfaite sécurité et relativement peu d'efforts. Il peut aussi prendre la position verticale, en restant parfaitement immobile ou en frappant Teau de ses pieds sans risquer de s'enfoncer; bien plus, il peut faire la culbute dans l'eau soit en avant soit en arrière. La position la plus communément adoptée en nageant est celle de la pronation, où la surface ventrale du corps est dirigée vers l'eau. Dans ce cas, les extrémités antérieures et postérieures sont simultanément fléchies et rapprochées lentement du corps, puis rapidement étendues.

La natation de la grenouille donne une idée de ce mouvement i. Dans la natation ordinaire, quand les extrémités antérieures et postérieures sont simultanément fléchies, et en'Suite successivement étendues, les mains et les pieds décrivent quatre ellipses; disposition qui, comme on Ta expliqué, accroît la surface et le support présentés par les parties mobiles. Les ellipses se voient fig. 38; les lignes continues représentent l'extension, les pointilléesla flexion.

Ainsi quand les bras et les jambes s'éloignent du corps, les bras décrivent les côtés intérieurs des ellipses (fîg. 38, aa), les jambes les côtés extérieurs {ce). Quand les bras et les jambes se rapprochent du corps, les bras décrivent les côtés extérieurs des ellipses (66), et les jambes les côtés intérieurs (dd). Quand le corps avance, les ellipses s'ouvrent et forment des boucles, comme en ee, //"(fig. 39). Si la vitesse atteinte est suffisamment élevée,

* La grenouille nageant à loisir fait souvent mouvoir ses extrémités en diagonale et alternativement. Mais quand elle est poursuivie et alarmée, elle replie ses pattes de devant, et fait exécuter simultanément et avec une grande vigueur à celles de derrière une série de saccades semblables à celles que faitThomme en nageant sur le dos.

les boucles se convertissent en lignes ondulées, comme dans la marche et le vol. (Voyez gg ; hh^ fig. 40, et comparez aux fig. 18, p. 54, et 71 et 73, p. 199.) La natation de

Fig. 38.

Fia» 39.

Fig. 40.

rhomme, comme la marche, la natation et le vol des animaux, s'effectue en fléchissant et étendant les membres, comme on le voit dans la fig. 41, A, B, G.

Fig. 41. — A montre les jambes elles bras fléchis ou plies et rapprochés de la ligne médiane du corps. — Originale,

B montre les jambes et les bras écartés ou étendus et éloignés de la ligne médiane du corps. — Originale.

C montre les bras et les jambes dans une position intermédiaire, c'està-dire, quand ils ne sont ni fléchis ni étendus. Les bras et les jambe:) doivent avoir la position représentée en A avant de pouvoir prendre celle représentée en By et il mr faut passer par la position B avant d'arriver à la position C, Qa&nd les bras et les jambes prennent successivement les positions indiquées en A, B et C, ils se meuvent, comme on l'a expliqué, suivant des ellipses. — Originale,

Pettigrew. o

En fléchissant et étendant les membres, les angles faits par les diverses parties diminuent et augmentent, disposition qui diminue et augmente le degré de résistance éprouvée par les surfaces natatoires, qui par ce moyen évitent et saisissent Veau tour à tour. Ce résultat est en outre assuré par les membres mis en mouvement plus lentement pendant la flexion que pendant l'extension, et par les membres mis en rotation dans la direction de leur longueur de manière à diminuer la résistance éprouvée dans le premier mouvement et à l'accroître pendant le second. Quand les bras sont étendus, les paumes des mains et les surfaces intérieures des bras sont dirigées vers le bas, et aident à faire surnager la partie antérieure du corps. Les mains se tournent légèrement vers la fin de l'extension, les paumes agissant vers le bas et l'extérieur (fig. 41, B). Les surfaces postérieures des bras prennent part à ce mouvement. Les paumes et les portions postérieures des bras contribuent à la propulsion du corps. Pendant que les bras sont fléchis, le plat de la main est dirigé vers le bas (fig. 41, G). Vers la fin de la flexion, les mains s'abaissent légèrement, ce qui a pour effet de pousser le corps en haut et de produire ce balancement ou mouvement ondulatoire vertical que Ton observe chez la majorité des nageurs i.

Pendant la flexion, les surfaces postérieures des bras agissent puissamment comme propulseurs en frappant l'eau obUquement en arrière. J'évite les termes de coup d'avant et de coup d'arrière parce que les bras tant qu'ils

^ Les nageurs de profession évitent ce balancement, et reposent le côté de la tête sur l'eau pour diminuer son poids et accroître la vitesse.

se meuvent, soutiennent et poussent. Il n'y a pas, ni dans Textension ni dans la flexion, de période où ils soient ineffectifs. Quand les jambes sont éloignées du corps ou étendues (mouvement qui s'effectue rapidement et avec grande énergie, comme on le voit fig. 41, B), les plantes des pieds, les surfaces antérieures des jambes, et les surfaces postérieures des cuisses sont dirigées extérieurement et en arrière. Cela leur permet de saisir l'eau avec une grande énergie et de pousser le corps en avant. L'efficacité des jambes et des extrémités comme organes propulseurs pendant Textension s'accroît parce qu'elles deviennent plus ou moins droites, et se meuvent avec plus de rapidité que dans la flexion; il y a un coup général en arrière de tou9 les membres dans leur ensemble, et un coup en arrière particulier de leurs diverses parties 1. A ce mouvement les surfaces intérieures des jambes et des cuisses agissent comme organes de support et aident la partie postérieure du corps à surnager. La position légèrement inclinée du corps dans Teau, et le mouvement acquis en nageant contribuent à ce résultat. Quand les jambes et les pieds sont rapprochés du corps ou fléchis comme on le voit fig. 41, G, A, leurs mouvement sont ralentis, disposition qui réduit les degrés de frottement éprouvés par les diverses parties des mem-

^ La plus grande puissance possédée par les membres pendant l'extension, et plus spécialement vers la fin de Textension, se montre bien dans la ruade du cheval ; les pieds de derrière du cheval donnant de terribles coups quand ils ont acquis leur maximum de distance du corps. Les garçons d'écurie le savent bien, et en pansant un cheval ils se tiennent toujours très-près de ses membres postérieurs, de manière que, s'il rue, ils seront poussés mais non blessés.

bres, en donnant à Teau un mouvement préparatoire à une seconde extension.

Il y a plusieurs graves objections à la vieille méthode habituelle de natation qu'on vient de décrire. Premièrement, le corps est en pronation sur l'eau, ce qui expose une large surface de résistance (fig. 41, A, B, G, p. 113). Deuxièmement les bras et les jambes sont étendus de chaque côté du tronc , de manière qu'ils s'appliquent très-indirectement comme organes propulseurs (fig. 41, B, G). Troisièmement, la partie la plus effective du choc des bras et des jambes correspond à quelque chose comme un quart d'eUipse, les trois autres quarts étant consacrés à ramener dans leur position les bras et les jambes. Gette disposition fait perdre de la force et augmente notablement le frottement ; les attitudes prises par le corps en B et en G (fig. 41) étant les plus mauvaises possible pour avancer dans l'eau. Quatrièmement, les bras et les jambes sont ramenés vers le corps à un instant (fig. 41, A) et en sont éloignés au suivant (fig. 41, B). Gela donne lieu à des points morts à une période où aucune des extrémités ne bouge. Le corps est donc poussé par une série de secousses, la masse nageante acquérant et perdant de la force vive à chaque coup.

Afin de remédier à ces défauts des nageurs scientifiques ont, dans ces dernières années, adopté une tout autre méthode. Au lieu de faire agir les bras et les jambes en même temps, ils meuvent d'abord le bras et la jambe d'un des côtés du corps, puis le bras et la jambe du côté opposé. On appelle cela battre la brasse; cette manière correspond exactement à la marche naturelle de la girafe, h l'amble du cheval et à la natation de Tours marin. Elle

est adoptée par les Indiens. Dans ce mode de natation, le corps se jette plus ou moins sur le côté à chaque coup, se tord et roule dans la direction de sa longueur, comme on le voit fig. 42, disposition grandement calculée pour réduire la quantité de frottement éprouvée dans le mouvement en avant.

Le mouvement de brasse permet au nageur de se jeter en avant sur l'eau et de mouvoir ses bras et ses jambes dans une direction à peu près verticale au lieu d'une horizontale; les extrémités, dans ce cas, agissant audessus et au-dessous du tronc au lieu d'agir de chaque côté. Les extrémités sont en conséquence utilisées de la meilleure manière possible pour développer leur puissance, et réduire le frottement dans le mouvement en avant causé par leur action. Cette disposition accroît notablement la longueur du coup effectif des bras et des jambes, laquelle devient à peu près égale à la* moitié d'une ellipse. Ainsi quand le bras et la jambe gauche

Fig. Aï. — Nageur battant la brasse.

frappent en avant, le bras décrit la courbe a b (fig. 42), et la jambe e, une courbe semblable. Comme le côté droit du corps recule virtuellement quand l'autre avance, le bras droit décrit la courbe e d, tandis que le bras gauche décrit la courbe ab; la jambe droite f décrit une courbe

opposée à celle décrite par e (comparez les flèches). L'avancement alternatif des côtés gauche et droit, suivant une Ugne à peu près droite, contribue beaucoup à la continuité du mouvement, l'impulsion étant appliquée tantôt à droite tantôt à gauche, et les membres étant disposés de manière à diminuer le frottement et à empêcher

les points morts ou haltes. Quand le bras et la jambe gauche se projettent en avant (ab, e, fig. 42) la jambe et le bras droit frappent à très -peu près directement en arrière (cd, f, fig. 42). La jambe et le bras droits et la résistance qu'ils éprouvent de la part de l'eau forment un point d'appui pour la jambe et le bras gauches; les deux côtés du corps se tordant et se vissant dans un corps d'appui mobile (l'eau), disposition qui assure le maximum de propulsion et le minimum de résistance et de glissement. La puissance propulsive est augmentée parce que les surfaces concaves des mains et des pieds sont dirigées en arrière pendant le coup effectif, et parce que les bras repoussent l'eau postérieure légèrement en dehors afin de ne pas empêcher la progression des jambes. La méthode de nager en battant la brasse est la plus expéditive découverte jusqu'ici, mais elle est fatigante et on ne peut la pratiquer que pour de courtes distances.

Un perfectionnement de la précédente pour les longues distances est la natation sur le côté. Dans cette méthode, le corps comme le terme l'indique se projette plus décidément sur le côté. On peut employer l'un ou l'autre; quelques personnes préfèrent nager sur le côté droit, d'autres sur le gauche; d'autres nagent alternativement sur l'un ou sur l'autre. Quand on nage sur le côté (soit le gauche par exemple) le bras gauche s'avance en

courbe et décrit le côté supérieur d'une ellipse, tel qu'on le représente en ab, fig. 43. Ceci fait, le bras droit et les jambes sont employés comme propulseurs, le bras droit et les jambes donnant un puissant coup en arrière, dans lequel la concavité de la main est dirigée en arrière et en dehors, comme on le voit en c d de la même figure i.

Fig. 43. Natation sur le côté.

Le bras droit, dans ce mouvement, décrit le côté inférieur d'une ellipse, et agit à peu près dans un plan vertical. En avançant la jambe et le bras droit, quelques nageurs soulèvent le bras droit hors de l'eau pour diminuer le frottement — Tair étant pénétré plus aisément que l'eau. Le soulèvement du bras hors de Teau n'est ni gracieux ni confortable, et inonde à chaque coup la tête du nageur. D'autres gardent le bras droit dans l'eau et retendent ainsi que la main de manière à couper l'eau droit en avant. Dans le coup de côté le bras gauche (si l'opérateur nage sur le côté gauche) agit comme un coin (fig. 43, 6). Il s'avance quand le bras gauche et les jambes sont refoulés en arrière (fig. 43, cb). Le bras droit et les jambes se meuvent ensemble et alternent avec le bras gauche qui se meut seul. Le bras droit et les jambes se

* La direction en dehors donnée au bras et à la main leur permet d'écarter Teau du corps et des membres, et de réduire ainsi le frottement dans le mouvement en avant.

portent en avant tandis que le bras gauche est fléchi et refoulé en arrière, et vice versa. Le bras gauche se meut toujours dans une direction opposée au bras droit et aux jambes. Nous avons ainsi dans le coup de côté trois membres qui se meuvent en même temps dans le même sens et en mesure, le quatrième se mouvant toujours dans le sens opposé et en contre-temps avec les trois autres. Le membre qui se meut ainsi à contre- temps est le gauche si l'opérateur nage sur le côté gauche, et le droit s'il nage sur le côté droit. En nageant sur le côté gauche, le bras droit et les jambes avancent lentement pendant un instant et sont refoulés en arrière avec beaucoup d'énergie et de rapidité pendant le suivant. On doit faire de semblables remarques sur le bras gauche. Quand le bras droit et les jambes frappent en arrière, elles communiquent au corps une puissante impulsion en avant, qui, comme le corps est couché sur le côté et avance en carène, lui fait franchir une grande distance. Cette disposition réduit le montant de la résistance au mouvement en avant, conserve l'énergie du nageur, et assure dans une grande mesure la continuité du mouvement, le corps étant dans la meilleure position possible pour glisser entre les coups.

Quand on nage bien de côté, on fait diverger les jambes quand on les étend ou qu'on les éloigne du corps de manière à renfermer un coin liquide dont le sommet est dirigé en avant. Quand elles sont tout à fait étendues, les jambes convergent de manière à pousser le corps loin du coin et contribuent ainsi à sa propulsion. Par ce moyen, les jambes, pendant l'extension, donnent ce qu'on peut appeler un double coup, c'est-à-dire un en dehors et un

en dedans. Quand ce double coup a été donné, les jambes se fléchissent et se rapprochent du corps en se préparant à un nouveau coup. Quand on nage sur le côté gauche, le bras gauche, celui qui coupe Teau, s'étend ou s'éloigne du corps de manière que la concavité de la main gauche soit dirigée en avant, et décrive la partie supérieure d'une ellipse verticale. Il rencontre ainsi comparativement peu de résistance de la part de l'eau. Quand cependant le bras gauche se fléchit et se rapproche du corps, la concavité de la main gauche se dirige en arrière et décrit la moitié inférieure d*une ellipse, de manière à creuser et à saisir l'eau, et contribue ainsi à la propulsion du corps. Le bras gauche, celui qui coupe l'eau, aide matériellement à flotter les parties antérieures du corps. Le coup donné par le bras gauche s'étend un quart de cercle, celui fait par le bras droit un demi-cercle. Le bras droit, quand l'opérateur nage sur le côté gauche, est donc le plus puissant propulseur. Le bras droit, comme le gauche, aide à soutenir la portion antérieure du corps. Dans la natation sur le côté gauche, les propulseurs les plus efficaces sont la main et le bras droits, les pieds, et les jambes gauches et droites. La natation par coup de côté est dans son ensemble la plus utile, la plus gracieuse et la plus efficace imaginée jusqu'ici. Elle permet au nageur de tenir tète contre le vent, le courant et les vagues d'une manière très-remarquable. En effet, un adroit nageur de côté peut avancer là où serait entraîné un vigoureux nageur sur le ventre. Dans l'eau tranquille un nageur habile, mais non professionnel, doit faire un mille dans trente à trente-cinq minutes. Un nageur de profession peut le faire beaucoup plus vite. Ainsi M. J.B. Jonhson, en nageant à toute force»

le 5 août 1872, dans le lac d'eau douce de Hendon près de Londres, a fait le mille entier en vingt-six minutes. Le premier demi-mille fut fait en douze minutes. Toutes cho^ ses égales d'ailleurs, plus courte est la distance plus grande est la vitesse. En août 1868, M. Harry Parker, nageur de profession bien connu , parcourut 500 yards dans la Serpentine en sept minutes cinquante secondes. Parmi les nageurs amateurs, mérite une mention honorable M. J. B. Booth qui, en juin 1871, nagea 440 yards en sept minutes quatorze secondes dans le lac d*eau douce de Hendon déjà cité. Je suis redevable des détails relatifs aux temps à M. J. A. Cowan d'Edimbourg, lui-même reconnu comme un des plus agiles nageurs de l'Ecosse. La vitesse atteinte par l'homme dans l'eau est faible quand on tient compte de sa taille et de sa force. Elle contraste très-défavorablement avec celle des phoques, et encore plus avec celle des poissons. Elle est due à la petitesse de ses pieds et de ses mains, à la lenteur des mouvements de ses bras et de ses jambes, à la manière désavantageuse dont ils saisissent et évitent l'eau.

Natation de la Tortue, du Triton, du Crocodile, etc. La natation de la Tortue diffère à quelques égards de toutes les autres manières de nager. Tandis que les extrémités antérieures de ce bizarre animal se meuvent alternativement , et s'inclinent ou tournent partiellement pendant leur action, comme dans le phoque et le morse, les extrémités postérieures se meuvent également à tour de rôle. Comme de plus les extrémités droite antérieure et gauche postérieure se meuvent ensemble et alternent avec les extrémités gauche antérieure et droite posté-

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