‹ La locomotion chez les animauxChapitre 39 sur 130 · VOL DU POISSON VOLANT · texte numérisé non relu

VOL DU POISSON VOLANT

doit se précipiter avec violence contre la surface inférieure de Taile étendue mais immobile. Ou les ailes et le corps qui les porte, ou l'air doivent être en mouvement rapide.

L'un d'eux doit être actif. Il n'y a pas d'exception. Pour faire voler un cerf- volant dans l'air tranquille, l'opérateur doit courir. Si le vent souffle, l'opérateur n'a pas besoin de changer de position, le vent fait tout l'ouvrage. Il en est de même pour les ailes. Dans Tair tranquille un oiseau, ou tout être qui cherche à voler, doit battre énergiquement des ailes jusqu'à ce qu'il ait acquis une vitesse initiale, après quoi il peut interrompre les battements ; ou il doit se précipiter d'une hauteur, dans lequel cas la* vitesse initiale est produite par le poids du corps agissant sur les plans inclinés formés par les ailes sans mouvement. L'action battante ou glissante des ailes constitue la différence entre le vol ordinaire et ce qu'on appelle le vol glissant ou planant. Le vol du poisson volant peut être regardé comme un exemple du dernier plutôt que du premier, le poisson transportant dans l'air la vitesse acquise par de vigoureux coups de queue dans l'eau, disposition qui le dispense en grande partie de battre les ailes, agissant ainsi par une action combinée de parachute et de coin. La membrane volante du poisson-volant attaque l'air par-dessouSy en s'élevant au-dessus du corps. Elle n'a pas de corps descendant, la position et les attaches de la nageoire l'empêchant de descendre au-dessous du niveau du corps du poisson. Sous ce rapport la nageoire volante du poisson diffère légèrement de l'aile de l'insecte, de la chauve-souris, de l'oiseau. L'expansion graduelle et l'élévation des nageoires du poisson, en môme temps que

ce fait, que les nageoires ne descendent jamais au-dessous du corps, rendent compte de l'absence admise de battement, et ont sans doute donné lieu à la croyance que les nageoires pectorales ne sont que des organes passifs. Si cependant elles n'agissent pas comme de véritables ailes dans les limites prescrites, il est difficile et même impossible de comprendre comment de si petites créatures peuvent obtenir la quantité de mouvement nécessaire pour se projeter à une distance de 200 yards ou plus, et d'atteindre, comme le font quelques-unes, une élévation de plus de vingt pieds au-dessus de l'eau. M. Swainson, en passant la ligne en 1816, a tenté avec zèle de découvrir la véritable action des nageoires en question, mais le vol du poisson est si rapide qu'il échoua complètement. Il donne, comme son opinion, que le vol s'accomplit de deux manières, — d'abord par un bond ou saut, et ensuite par l'expansion des nageoires pectorales, qui servent à pousser le poisson en avant, soit par un battement, soit par un mouvement analogue au planer des hirondelles. Il rapporte ce fait important que le poisson volant peut changer son parcours après avoir abandonné l'eau, ce qui prouve d'une manière satisfaisante que les nageoires ne sont pas simplement des organes passifs. M. Lord, de l'Artillerie Royale S parle ainsi de ces remarquables spécimens de la classe des porte-nageoires : — « Il n'y a pas de spectacle plus, enchanteur que la vue d'une troupe de poissons volants, quand ils s'élancent de l'onde vert foncé en une masse étincelante, comme les oiseaux d'argent de quelque joyeux conte de fée, rayonnant de lumière à la

^ Nature et Art, novembre 1866, p. 173.

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clarté du soleil, et venant parfois toucher à peine la crête de la vague élevée, pour voltiger encore ranimés et rafraîchis. »

Avant d'en arriver à la considération des gracieuses et, à quelques égards, mystérieuses évolutions des citoyens de Tair, et des ailes largement déployées qui les produisent, il ne sera pas mal à propos de récapituler en quelques mots ce qui regarde retendue et la nature des surfaces qui assurent la progression sur le sol, sur Teau et dans l'eau. C'est d'autant plus nécessaire que les surfaces motrices employées par les animaux en marchant et en nageant, ont une parenté certaine, sinon constante avec celles qu'emploient pour voler les insectes, les chauvessouris et les oiseaux. En revenant en arrière, nous sommes immédiatement frappés de ce fait remarquable à quelques égards, que les surfaces motrices, soit pieds, palmes, nageoires ou ailes, s'accroissent, règle générale, en proportion avec la ténuité du milieu sur lequel elles sont destinées à opérer. Chez le bœuf (fig. 18, p. 54) nous observons un corps pesant, des extrémités minces, et des pieds extraordinairement petits. Les pieds s'élargissent légèrement chez la loutre (fig. 12, p. 48), et augmentent considérablement chez l'ornithorhynque (fig. 11, p. 48). La surface motrice augmente chez le phoque (fig. 14, p. 48, fig.36,p.l03),lepingouin(fig.46et47,p.l26etl31),l'ours marin (fig. 37, p. 105) et la tortue (fig. 44, p. 123). Chez le triton (fig. 45, p. 123), une vaste queue natatoire s'ajoute aux pieds, — la queue devient plus grande, et les extrémités antérieures diminuent chez le lamantin (fig. 34, p. 101) et le marsouin (fig. 33, p. 101), jusqu'à ce que nous arrivions au poisson (fig. 30, p. 91) où non-seulement la queue.

mais la moitié inférieure du corps sert activement à la natation. Passant de Teau à Tair, nous observons une remarquable modification dans les larges nageoires pectorales du poisson-volant (fig. 51, p. 135) qui permet à ces créatures de faire des sauts énormes et servent comme de fausses ailes. Passant de même de la terre à Tair, nous rencontrons les immenses expansions tégumentaires du dragon- volant (fig. 15, p. 50) et du galéopithèque (fig. 16, p. 50) dont la surface de suspension ou de support dépasse de beaucoup celle de quelques-uns des insectes volants. Chez les animaux qui volent comme la chauve -souris (fig. 17, p. 51), les insectes (fig. 57 et 58, p. 172 et 173) et les oiseaux (fig. 59 et 60, p. 174), les surfaces motrices, à cause de l'extrême ténuité de Tair, sont prodigieusement augmentées ; elles dépassent en bien des cas la surface effective du corps d'une manière notable. Donc, les mouvements qui produisent la marche, la natation et le vol, se rapportent d'abord au raccourcissement et à rallongement dés tissus musculaires, élastiques et autres opérant sur les os, et à leurs surfaces articulaires spéciales ; il faut ensuite les rapporter à l'étendue et à la configuration de ces surfaces motrices, qui sont, en toutes circonstances, exactement adaptées à la capacité et à la force de l'animal, et à la densité du milieu sur lequel ou dans lequel il doit se mouvoir. Ainsi le sol fournit la résistance, et présente le support nécessaire pour empêcher les petits pieds des animaux terrestres de s'enfoncer à de dangereuses profondeurs ; l'eau immensément moins résistante fournit le milieu particulier requis pour soutenir le poisson, et pour exposer sans danger, et à son plus grand avantage, la large surface offerte par sa puissante

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