LIVRE V
Le sujet du vol artificiel, malgré la grande part d'attention qu'on lui a accordé, a été spécialement vide de résultat. C'est d*autant plus à regretter que l'intérêt que l'on y a pris depuis les premiers temps de la Grèce et de Rome, a été universel. On peut attribuer l'état peu satisfaisant de la question à un grand nombre de causes dont les principales sont :
1° L'extrême difficulté du problème;
2° L'incapacité ou les tendances théoriques de ceux qui se sont consacrés à son élucidation ;
3° La grande rapidité avec laquelle les ailes, spécialement celles des insectes, sont miseà en vibration, et la difficulté que l'on trouve à analyser leurs mouvements ;
4« Le poids de tous les êtres volants comparés à celui d'un égal volume d'air ;
5° La découverte des ballons, qui a retardé la science de l'aéroslalion en fourvoyant les esprits, et en faisait
chercher la solution du problème dans une machine plus légère que Tair, qui n*a pas d'analogue dans la nature.
Le vol a été extraordinairement malheureux quant à ceux qui s'y sont dévoués. Il a été médité d une part par de profonds penseurs, spécialement des mathématiciens, qui ont fabriqué d'innombrables théorèmes, mais qui ne les ont jamais soumis à l'épreuve de l'expérience ; d'autre part, par des charlatans ignorants qui, méprisant les abstractions de la science, ont fait les plus ridicules essais d'une solution pratique du problème.
Sur la question du vol, existent en ce moment deux opinions principales, représentées par deux grandes sectes ou écoles :
1» Les ballonistes ou ceux qui plaident pour remploi d'une machine spécifiquement plus légère que l'air;
2*» Ceux qui croient que le poids est nécessaire au vol. La seconde école peut se subdiviser en deux :
(a) Ceux qui plaident pour l'emploi de plans rigides inclinés poussés en avant en droite ligne, ou des plans tournants (hélices aériennes) ; et (b) ceux qui ont confiance pour l'élévation et la propulsion dans le battement vertical des ailes.
Ballon. — Le ballon, comme le savent mes lecteurs, est construit d'après ce principe évident qu'une machine spécifiquement plus légère que l'air doit nécessairement s'y élever. Les frères Montgolfîer ont inventé cette machine en 4782. Leur ballon consistait en un globe ou cylindre de papier, le moteur étant de l'air chauffé fourni par la combustion d'esprit-de-vin placé au-dessous. La montgolfière ou ballon à feu, comme on l'appela, fut rem-