SCÈNE VIL
RAYMOND, ANNETTE, descendant le grand escalier■; Puis JACOB.
ANNette, allant à la loge.
Jacob , les lettres de Madame.
JACOB
Voilà, mademoiselle Annette ; ... ces gens là sont bien heureux d'avoir appris l'écriture... si j'en savais autant, je vous écrirais tous les jours.
ANNETTE
A moi , Jacob !
JACOB
Mais c'est la faute de ma mère, qui ne veut pas que faille à la classe du soir.
ANN Et TE.
Il me semble que vous pouvez vous en passer, puisque j'ai la complai-ance de vous donner de temps en temps des leçons d écriture.
JACOB
Oui , mais c'est si rarement... je finirai par oublier*
ANNETTE
Eh bien ! tantôt , aw boudoir de Madame , où je tra - Taille toute la matinée.
JACOB , avec joie.
Ah ! oui, mademoiselle Annette!
ANNETTE
Et , surtout, ne passez pas par le grand escalier et par l'antichambre, il y a toujours là Philippe , le valet-dechambre , et les autres domestiques... ce n'est pas certainement qu'on fasse du mal... mais il n'est pas nécessaire que tout le monde sache... ces gens-là sont si mauvaises langues.
JACOB
Oui... surtout ce monsieur Philippe... allez , j'ai de bons yeux, je suis sur qu'il vous fait la cour , et qu'il ne vous est pas indifférent... dieux ! que je suis malheureux!
ANNETTE
Allons , Jacob , vous êtes un enfant , vous n'êtes pas raisonnable.
Raymond , à part.
C'est clair ; le fils de la portière aime la femme-dechambre... intrigue subalterne qui ne me regarde pas.
JACOB
Aussi si ma mère l'avait voulu . il y a long-temps que j'a urais pris du service.
ANNETTE
Du service , Jacob ?
JACOB
Oui , je voulais me faire jockei , pour rapprocher les distances ; mais madame Jacob a des idées d'orgueil et de fierté... elle dit que quand depuis cinquante ans on est portier de père en fils, il ne faul pas déroger, elle fait des phrases! elle dit comme ça que l'esclavage de la livrée ne au t pas l'indépendance du cordon... est-ce que je sais... elle a un tas de raisonnements qui seront cause que là , devant mes yeux, je vous verrai en épouser un autre.... dieux !... ce monsieur Philippe, que je le déteste ! il est bien heureux d'être valet-de-chambre, si j'avais le bonheur d'être son égal !
IO ANNETTE
Jacob , je vous ordonne d'être sage... de vous modérer ! déjà ce matin , je n'ai pas été contente de vous... je vous défends bien de recommencer, et si ces enfantillages- là vous arrivent encore.
JACOB
Comment! mademoiselle Annette... qu'est-ce que j'ai donc fait?
ANNETTE
Je vous ai bien entendu de grand matin dans le corridor , qu'est-ce que cela signifie ? vous savez bien que ma chambre est à côté de celle de ces dames, et vous allez marcher, vous arrêter devant ma porte , soupirer... et surtout vous faites un bruit en descendant le grand escalier.
RAYMOND
Oh! oh!
JACOB
Moi, Mademoiselle!
ANNETTE
Oui, sans doute , croyez-vous que je n'ai pas distingué les pas d'un homme ?
JACOB
Ce n'était pas moi, je vous jure, et la preuve... c'est que je dormais , et je rêvais à vous.
ANNETTE
Ce n'était pas vous.
JACOB
Attendez... m?y voilà... il n'y a pas de doute... c'était le monsieur de ce matin... le jeune homme au beau manteau.
ANNETTE
Un jeune homme qui sortait de chez nous, à une pareille heure !
RAYMOND, avançant.
Heim !.. Qu'est-ce que cela signifie!
JACOB » ci jQnnetïe.
C'est ma mère ; taisez-vous... je vous raconterai tout cela.
RAYMOND
Eh bien! à la bonne heure !,.. voilà un commencement qui promet.